Chaque année, des citoyen·nes se soulèvent pour faire entendre leur voix dans des luttes à l’échelle locale ou internationale, mais 2023 a été une année particulièrement forte en revendications parfois historiques.
En soutien à la Palestine

Une des mobilisations les plus marquantes de l’année 2023 est sans doute celle en soutien au peuple palestinien.
Depuis le 7 octobre, presque chaque jour, des manifestations réunissant des milliers de personnes, des actions, des blocages, des projections ou des pétitions s’organisent afin de demander un cessez-le-feu et la levée du siège à Gaza, ainsi que la fin de la complicité du Canada dans les potentiels crimes de guerre commis par son allié israélien.
Parmi ces nombreuses mobilisations, on compte notamment la manifestation du 27 novembre dernier, où plusieurs dizaines de milliers de personnes sont venues depuis partout au Canada pour manifester devant le parlement à Ottawa. Ce rassemblement a été qualifié d’« historique » et a été celui qui a réuni le plus de personnes dans une manifestation pro-palestinienne au Canada.
Contre le projet de loi 31, pour le droit au logement

Cette année, des milliers de personnes ont pris la rue pour protester contre le projet de loi 31 déposé en juin dernier par la ministre responsable de l’Habitation, France-Élaine Duranceau.
Le projet de loi a été fortement critiqué, car il prévoit une restriction des cessions de bail et ne favorise pas les droits des locataires sur plusieurs autres points. L’article sur les cessions de bail a été adopté en novembre, mais l’adoption finale du projet de loi devra attendre la session d’hiver.
Tout l’été et l’automne, des citoyen·nes, des comités logement et des militant·es ont continué de demander la démission de la ministre et l’abandon du projet de loi 31.
Deux grèves du secteur public

La grève du secteur public a marqué cette fin d’année 2023, alors qu’environ un demi-million de syndiqué·es du secteur public travaillant dans les écoles et les hôpitaux ont débrayé dans le but de faire pression sur le gouvernement Legault, dans le cadre de longues et ardues négociations pour de nouveaux contrats de travail. Il s’agit de la plus grande grève du genre dans l’histoire de la province.
Lors des nombreux piquetages de cette fin d’année, la revendication principale des grévistes est l’obtention d’une augmentation de salaire tenant compte de l’inflation. Les travailleur·euses cherchent aussi à améliorer leurs conditions de travail pour contrer l’épuisement et le départ de la main-d’œuvre, tandis qu’inversement, le gouvernement demande plutôt plus de « flexibilité » à ses employé·es.
Après des semaines de négociation difficile, onze jours de grève des 420 000 syndiqué·es du Front commun, huit des infirmières de la FIQ et trois semaines de grève générale illimitée pour les profs de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) – à certains moments, 570 000 employé·es des services publics débrayaient, un record dans l’histoire du Québec –, la plupart des groupes syndicaux ont finalement obtenu des ententes préliminaires de la part du gouvernement, tant sur les conditions travail que les salaires. Ce sera aux travailleur·euses de se prononcer, en janvier, sur ces ententes dont les détails sont encore inconnus.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’en avril dernier, des dizaines de milliers de travailleur·euses de la fonction publique fédérale avaient aussi fait grève pendant une douzaine de jours pour des raisons similaires.
Attaques et contre-attaques LGBTQ+

L’année 2023 aura également vu une levée de boucliers face à la menace d’un recul pour les droits des personnes trans et non-binaires.
En mai et en septembre, le Parti populaire et le Parti conservateur du Canada avaient révélé leurs prises de position, voulant notamment restreindre ou interdire l’accès aux soins médicaux d’affirmation de genre et empêcher l’accès à certains lieux pour les femmes trans.
L’automne dernier, en réponse aux mobilisations anti-trans orchestrées à travers le Canada par le mouvement 1 Million March 4 Children, des centaines de contre-manifestant·es ont répondu présent·es à Montréal afin de défendre les droits des minorités de genre.
Face aux mobilisations, le gouvernement de la CAQ a cru bon de mettre sur pied un Comité de « sages » qui aura pour mission de se pencher sur « les questions sensibles » liées à l’identité de genre. Cette initiative est fortement critiquée par les groupes LGBTQ+, qui voient un recul dans la composition du comité, formé de trois personnes cisgenres sans expertise sur le sujet, certaine·es ayant même entretenu des liens avec un groupe transphobe ou tenu des propos défavorables aux personnes trans et non-binaires.
Contre les violences sexuelles dans les écoles

Peu de groupes ont fait preuve d’autant de persévérance que les militantes du collectif La Voix des jeunes compte. Depuis plus de six ans, elles demandent une loi-cadre contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires du Québec, à l’image de celle déjà en vigueur dans les cégeps et les universités. Une telle loi obligerait les établissements scolaires à se doter de protocoles adaptés afin de prévenir et de combattre les violences sexuelles ainsi que d’offrir un soutien adapté aux victimes.
En mars, elles étaient avec les partis d’opposition lorsqu’ils ont présenté un projet de loi, mais le ministre de l’Éducation Bernard Drainville a plutôt commandé une enquête sur la situation, au grand dam des jeunes du collectif.
En novembre dernier, elles se sont de nouveau indignées de l’inaction du gouvernement caquiste plus d’un mois après la parution d’un rapport d’enquête qui a mis en lumière les dysfonctionnements du Protecteur de l’élève, censé recueillir et traiter les dénonciations.
Alors que les dénonciations de violences sexuelles à l’école se sont multipliées cette année, impliquant des enfants dès la maternelle quatre ans, le collectif affirme que le statu quo est délétère. Un projet de loi pour une loi-cadre déposé par Québec solidaire, avec l’appui du Parti québécois et du Parti libéral, attend toujours sous l’orme à l’Assemblée nationale.
À la défense du territoire et du climat

Les peuples autochtones ont été à l’avant-garde des luttes environnementales. Des défenseur·es du territoire atikamekw et innu·es ont tenu plusieurs blocus cette année pour stopper des coupes forestières sur leur territoire traditionnel.
Après les grands feux de forêt qui ont ravagé plus d’un million d’hectares cette année au Québec, une coalition a aussi exigé un moratoire sur les coupes forestières et les activités minières au nord du fleuve Saint-Laurent, afin que la forêt puisse se régénérer.
Pendant ce temps, les Wet’suwet’en ont continué de s’opposer à la construction d’un gazoduc sur leur territoire, tandis que l’entreprise a pu compter sur le soutien des forces de l’ordre canadiennes pour mater la résistance.
On a aussi vu nombre de mouvements de mobilisation contre des projets industriels, comme la plateforme de conteneurs Ray-Mont Logistiques, qui continue de gruger des espaces verts dans Hochelaga-Maisonneuve, la fonderie Horne, qui rejette de l’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda, ou la future usine de batteries Northvolt, qui ne sera pas soumise à une évaluation environnementale même si elle inquiète les gens de la Montérégie.

Enfin, la mobilisation climatique a elle aussi été menée par les organismes communautaires et des groupes de jeunes et d’étudiant·es, qui ont mené des grèves, des semaines d’action, des coups d’éclat et des manifestations tout au long de l’année.
Droit des sans-papiers et des demandeur·euses d’asile

Alors que les déportations de personnes sans statut ont explosé en 2023, plusieurs mobilisations ont eu lieu pour sauver des personnes menacées d’expulsion. En plus de demander l’arrêt des déportations, les manifestant·es revendiquaient l’instauration d’un programme de régularisation des personnes sans papiers, promis par le gouvernement Trudeau il y a maintenant deux ans et qu’on attend maintenant pour le printemps prochain.
Des migrant·es détenu·es à Laval par les services frontaliers ont aussi mené une grève de la faim cet automne pour dénoncer leurs conditions d’emprisonnement et exiger des alternatives à la détention.
Des manifestations ont aussi eu lieu en réaction à la fermeture du chemin Roxham, emprunté par de nombreuses personnes venant demander l’asile au Canada. En effet, en mars dernier, l’entente entre les États-Unis et le Canada a été durcie et ces migrant·es sont désormais bloqué·es à la frontière. Cette fermeture mettrait en péril la sécurité et les droits des migrant·es, puisque les États-Unis sont loin d’être un pays sûr pour elles et eux, ont dénoncé les organismes de droits humains.