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« Les banques canadiennes ne font que des actions symboliques pour la réconciliation »

C’est le temps d’arrêter les actions superficielles et de créer du réel changement, selon Robert Houle, auteur du rapport Redwashing.

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En août dernier, l’Institut Yellowhead, affilié à l’Université métropolitaine de Toronto, a publié un rapport accablant sur les actions de réconciliation envers les communautés autochtones par les cinq plus grandes banques canadiennes. L’enquête détaille comment ces banques se cachent derrière des initiatives symboliques pour continuer à financer des projets d’extraction de ressources qui nuisent aux communautés autochtones.

On a discuté avec Robert Houle, auteur principal du rapport et membre de la communauté de Wapsewsipi (Swan River), des tactiques que les banques utilisent pour éviter leurs responsabilités envers les communautés autochtones, ainsi que des meilleures manières de les tenir responsables.

M. Houle a décidé de commencer à rédiger ce rapport en 2020, en plein milieu d’une vague de résistance autochtone contre l’exploitation environnementale. « On a vu de la résistance et de la mobilisation contre la construction de pipelines et d’autres projets d’extraction de ressources naturelles », affirme-t-il. Pour rappel, en février 2020, des communautés autochtones et d’autres personnes solidaires à la cause bloquaient des chemins de fer à travers le Canada, en soutien à la nation Wet’suwet’en qui lutte contre le passage d’un gazoduc sur son territoire non cédé.

« Donc à l’Institut Yellowhead, on a commencé à discuter du rôle que les grandes banques ont à jouer dans ces projets. On voulait savoir si leurs actions suivaient leurs discours publics de réconciliation. »

Transparence quasi inexistante

M. Houle a examiné à la loupe les cinq plus grandes banques canadiennes : la Banque Royale du Canada (RBC), la Toronto Dominion (TD), la Banque Scotia, la Banque de Montréal (BMO), et la Banque CIBC. Il a constaté qu’il y avait un grand manque de transparence sur les opérations de ces banques dans les communautés autochtones.

« Seule une des cinq banques a dévoilé publiquement le montant qu’elle avait investi dans les communautés autochtones. BMO a affirmé qu’elle avait fait un investissement de six milliards $ dans les communautés autochtones », dit M. Houle. « Les autres banques n’ont divulgué aucun chiffre de la sorte. Comment une personne autochtone ordinaire peut-elle connaître l’état de sa relation avec ces institutions financières s’il n’y a aucune information sur ce que ces banques font dans leur communauté? »

Réconciliation purement symbolique

L’auteur du rapport est aussi critique envers les actions symboliques de réconciliation posées par les banques.

Une action typique consiste à créer un comité consultatif autochtone au sein de l’institution, pour la conseiller sur les meilleures approches à adopter pour la réconciliation. Mais dans les faits, les banques n’ont aucune obligation d’écouter leur comité aviseur.

« Elles peuvent faire le choix d’ignorer ses conseils. Les Autochtones dans ces comités aviseurs sont là juste pour ajouter une saveur autochtone à l’institution sans aucun changement réel », affirme M. Houle.

« Il y a un manque de partenariat réel avec les communautés. On sait que les succursales présentes dans les communautés ont l’opportunité de donner du financement à des projets autochtones, de soutenir des commerces autochtones, et d’éduquer les membres de la communauté sur la finance personnelle. On n’a rien vu de ça. »

Assauts bien réels contre les territoires

M. Houle ne croit pas que les banques prennent la réconciliation au sérieux. Pour lui, un réel engagement envers la réconciliation signifie cesser de financer les projets d’extraction de ressources naturelles, surtout ceux qui n’ont pas le consentement éclairé des communautés affectées.

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« Mais au lieu de faire ça, les institutions financières se contentent de dire qu’elles soutiennent les Equator Principles – une échelle de mesure des impacts environnementaux et sociaux de l’industrie de la finance – et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) sans clarifier quelles actions concrètes elles font pour arrêter le bafouement des droits des peuples autochtones », grogne-t-il.

Alors que des défenseur·es de la terre autochtones se font arrêter par les autorités pour avoir protégé leur territoire des grands projets d’extraction de ressources naturelles, les cinq grandes banques canadiennes ont donné un total de 558 milliards $ de financement à ces projets depuis 2016.

Sur papier, le gouvernement fédéral oblige les entreprises à consulter les peuples autochtones avant d’entreprendre ces projets. « Mais dans les faits, la consultation est juste une autre relation transactionnelle qui ne reflète pas les relations autochtones qui existaient avant la colonisation. Ça ne reflète pas ces relations réciproques », explique M. Houle. « Les consultations, c’est juste un autre mécanisme du gouvernement et de l’industrie pour pousser ces projets – des projets dont on connaît les conséquences négatives. »

Faire monter la pression

L’auteur du rapport veut rappeler qu’il y a toutefois de l’espoir. Il encourage fortement les allochtones à se mobiliser pour tenir leurs institutions financières responsables. Il leur suggère d’amorcer des discussions avec leurs conseiller·ères financier·ères sur ce que leur argent finance réellement.

En exemple, il cite un des actionnaires de la Banque Scotia qui a proposé à la banque de retirer ses investissements de l’industrie de l’extraction des ressources et d’appliquer la DNUDPA en arrêtant de financer des projets qui violent les droits humains.

« Cette demande a ultimement été refusée par le conseil d’administration de la banque en faveur de mesures symboliques », explique M. Houle. « Mais je crois que si les gens commencent à poser ces questions et placent leur argent dans des projets qui ne font pas autant de mal, les banques vont le remarquer. Parce que l’argent, ça parle. »