Gidimt’en Checkpoint (Facebook)
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Déployer des tireurs d’élite et des équipes d’assaut face aux Autochtones, c’est « plus pratique » selon la GRC

Selon les experts, les opérations menées par la GRC dans le nord de la Colombie-Britannique représentent une escalade dans la militarisation de la police.

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En Colombie-Britannique, la GRC justifie sa décision de déployer des unités tactiques – incluant des tireurs d’élite et des équipes d’assaut lourdement armées – contre des défenseurs du territoire Wet’suwet’en non armés, en insistant sur le fait qu’il est « plus pratique » d’être plus équipé que nécessaire.

La semaine dernière, l’équipe d’intervention d’urgence (ERT) de la GRC a effectué une descente dans le Camp du Coyote en territoire Wet’suwet’en. Ce camp a été établi pour défendre la Wedzin Kwa (rivière Morice) contre la construction d’un pipeline par l’entreprise Coastal GasLink. La GRC a déjà orchestré des opérations similaires en 2019 et 2020.

Questionnée sur le déploiement de tireurs d’élite contre les défenseurs autochtones non armés, la GRC de la Colombie-Britannique a déclaré à PressProgress qu’elle préférait toujours être plus équipée que nécessaire.

« Il est plus pratique de déployer des ressources et des unités spécialisées puis de réduire les effectifs si ces ressources ne sont plus nécessaires », a expliqué un porte-parole de la GRC en Colombie-Britannique.

« Comme vous pouvez l’imaginer, il est difficile de prédire quels types de compétences et d’équipements pourraient être utiles pour intervenir dans ces incidents »

Malgré cette explication, des experts sont préoccupés par l’approche de la GRC.

« Les équipes d’intervention d’urgence sont utilisées de façon inappropriée dans le but de réprimer les manifestations pacifiques des Autochtones sur leurs propres terres », a déclaré à PressProgress Chris Madsen, professeur au Collège des Forces canadiennes. « L’usage de ces équipes ne devrait pas avoir sa place dans une telle situation car les manifestants ne sont pas armés et n’offrent pas de résistance, à part peut-être verbalement. »

« Les équipes d’intervention d’urgence existent pour faire usage de la force et tuer, si nécessaire » a déclaré Madsen. « Ils sont généralement envoyés pour défoncer des portes derrière lesquels se trouveraient des occupants armés ou prêts à recourir à la violence. »

Les ERT ont été « conçus au milieu des années 1970 pour faire face à des prises d’otages », a expliqué le professeur. Aujourd’hui, ils se composent généralement de tireurs d’élite, d’officiers de soutien et de logistique, et d’équipes d’assauts. Ces dernières sont vêtues de treillis militaires comme on le voit dans les images partagées sur les réseaux sociaux à partir du poste de contrôle Gidimt’en, où la GRC a procédé à plusieurs arrestations la semaine dernière.

Gidimt’en Checkpoint
Gidimt’en Checkpoint (Facebook)

Selon The Narwhal, APTN et les témoignages d’opposants qui souhaitent défendre le territoire, la GRC a déployé des snipers et des chiens contre les Wet’suwet’en.

« Tous ceux qui étaient sur place ont été arrêtés, » a rapporté Jennifer Wickham, coordinatrice média du poste de contrôle Gidimt’en. Mardi matin, « 20 personnes [étaient] toujours détenues, cinq d’entre elles ont été arrêtées jeudi, et les quinze autres vendredi. »

Le contingent de l’ERT, selon Wickham, comprenait plusieurs autobus remplis d’agents de la GRC, des hélicoptères, des voitures banalisées et des véhicules de location.

Les comptes du poste de contrôle Gidimt’en ont diffusé sur les réseaux sociaux que l’une des jeunes femmes arrêtées par la GRC « a tenu bon aussi longtemps qu’elle le pouvait devant deux tireurs d’élite de la GRC qui pointaient leurs armes sur elle. »

Selon Jennifer Wickham, la GRC a brouillé électroniquement les signaux radio et Internet lors d’opérations précédentes : « Cela compliquait la communication à propos de ce qui se passe sur le terrain. » Cette fois, la police a détruit leurs principales lignes de communication au poste de contrôle et au camp.

« Nous utilisons une antenne satellite pour nous connecter à Internet, la GRC a coupé le câble reliant l’antenne au modem et la ligne reliant l’antenne à la radio » a dit Wickham. « Depuis, on ne peut communiquer que par radio portative. »

« C’est odieux qu’ils aient déployé autant de policiers et utilisé autant de ressources alors que la Colombie-Britannique est en état d’urgence, » a déclaré Wickham. « Il y avait des gens piégés dans des coulées de boue qui avaient besoin d’être secourus. »

Kevin Walby, professeur en justice pénale à l’Université de Winnipeg, estime que la GRC a été réduite à jouer le rôle « d’agents de sécurité privés violents » pour le compte d’une compagnie pétrolière et gazière.

«Je pense que l’emploi de l’ERT et des tireurs d’élite est clairement un abus de pouvoir destiné à intimider. C’est conçu pour traumatiser les gens. »

Ce point de vue est partagé par Chris Madsen.

« L’ERT est utilisé pour intimider, pour imposer les intérêts politiques et économiques de l’État », a déclaré Madsen.

Il a ajouté penser que les commandants de la GRC en charge de l’opération devraient être imputables des « décisions qu’ils ont prises. »

« La GRC, dans son rôle de police contractuelle provinciale, ne semble rendre de comptes à personne », a ajouté Madsen, notant que le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, continue de pointer du doigt les tribunaux tandis que les tribunaux renvoient la balle au gouvernement fédéral.

En septembre, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a refusé de prolonger une injonction contre les manifestants à Fairy Creek, notamment parce qu’elle jugeait que le mauvais comportement de la GRC de la Colombie-Britannique nuisait à la réputation des tribunaux.

« Des policiers restés anonymes sont intervenus envers les manifestants et nombre d’entre eux portaient des badges arborant la thin blue line », a déclaré la Cour suprême de la Colombie-Britannique dans sa décision. Elle notait que les « méthodes d’exécution de l’ordonnance du tribunal par la GRC ont conduit à une atteinte grave et substantielle aux libertés civiles, y compris une atteinte important à la liberté de la presse. »

« Les facteurs qui pèsent en faveur de l’extension [de l’ordonnance] ne l’emportent pas sur l’intérêt public à protéger le tribunal contre le risque d’une nouvelle atteinte à sa réputation. »

Gidimt’en Checkpoint
Gidimt’en Checkpoint (Facebook)

En 2019, après une opération policière contre les Autochtones Wet’suwet’en lors de laquelle des tireurs d’élite avaient également été déployés, The Guardian a divulgué des documents qui révélaient que les hauts gradés de la GRC avaient préparé les officiers à « surveiller l’usage de la force meurtrière » et à « utiliser autant de violence que nécessaire envers le barrage ».

Suite à la publication de l’article, la GRC a publié un long communiqué affirmant que le terme « surveiller l’usage de la force meurtrière » ne signifiait pas autre chose que « l’observation avec la capacité d’utiliser la force licite si une menace se présentait. »

Selon CBC News, la GRC a dépensé plus de 13 millions $ pour faire appliquer une injonction pour le compte de Coastal GasLink. Le Capital Daily a également rapporté que la GRC avait dépensé 3,75 millions $ supplémentaires pour faire appliquer une injonction à Fairy Creek pour le compte de la société forestière Teal Jones.

Coastal GasLink n’a pas répondu aux demandes de commentaires de PressProgress.

Cet article est d’abord paru en anglais sur PressProgress. Traduction et adaptation par Pivot.