Éric Duhaime lors d'un événement du RLQ avec Joanne Marcotte, Jeff Fillion et Ezra Levant | Montage : Pivot
Analyse

De la plateforme du RLQ à celle du PCQ

En plus des personnalités et des militant·es, le Parti conservateur reprend aussi les idées libertariennes du Réseau Liberté-Québec.

Il y a dix ans, le Réseau Liberté-Québec, cofondé par Éric Duhaime, revendiquait la fin du fameux « modèle québécois » : diminution de la taille de l’État, privatisation de la santé et mise au pas des mouvements syndical et étudiant. Force est de constater que le Parti conservateur du Québec de 2022 est devenu le porte-étendard de plusieurs des idées libertariennes de ce défunt Réseau. Pivot a comparé les plateformes de ces deux organisations.

Le RLQ a publié, en 2012, une plateforme sur les grands enjeux de la campagne électorale. Il s’agit en fait d’un recensement des résultats d’un sondage effectué auprès des membres du Réseau. Bien que les idées les plus radicales, comme celles autour de la diminution du pouvoir des syndicats, aient été mises au rancart, beaucoup d’autres propositions se trouvent désormais dans la plateforme du PCQ.

Les idées libertariennes s’invitent dans la campagne électorale
Du défunt Réseau Liberté-Québec au nouveau Parti conservateur, en passant par l’Institut économique de Montréal, la nébuleuse est toujours bien active. D’où vient-elle, quelles sont ses idées?

Lisez la suite de ce dossier :
« Éric Duhaime le libertarien, du Réseau liberté-Québec au PCQ »
« L’étrange liberté des libertariens »

Économie et climato-scepticisme

Le RLQ déclarait que « pour libérer l’énergie créatrice et entrepreneuriale des Québécois, il n’y a pas trente-six moyens : il faut couper drastiquement dans la réglementation et la paperasserie tatillonnes ».

Le PCQ, dans sa plateforme électorale, promet qu’il « s’abstiendra […] de maintenir et surtout d’alourdir les réglementations ».

Fidèle aux convictions libertariennes, qui refusent de voir l’État favoriser une entreprise plutôt qu’une autre, le RLQ réclamait une réduction drastique des subventions aux entreprises.

Le PCQ, pour sa part, déclare que « le Québec […] se distingue par sa lourdeur et sa propension à choisir les gagnants et les perdants à l’aide de subventions et de programmes gouvernementaux coûteux et peu efficaces ».

Le RLQ se disait favorable à « la protection de l’environnement », mais que cela « ne doit pas empêcher le Québec de développer le plein potentiel de ses ressources minières et énergétiques, incluant les hydrocarbures ».

Près de la moitié des membres étaient également d’avis que « les lobbies écologistes, réchauffistes et syndicaux » étaient les « acteurs principaux du manque de dynamisme » du développement économique. Le terme « réchauffiste » est parlant. Il revient fréquemment dans les pages du Québécois Libre.

Le sismologue climato-sceptique Reynald Du Berger était l’un des conférenciers au premier événement du RLQ en octobre 2010. Le communiqué diffusé par le RLQ citait ce dernier : « Ce dogme écologiste et alarmiste [les changements climatiques] est fortement implanté dans l’univers médiatique qui n’accorde aucune place au discours climato-sceptique, pourtant documenté et appuyé par de nombreux scientifiques [sic] ».

Reynald Du Berger | Capture d’écran : Twitter

Ezra Levant était venu présenter au RLQ son livre Ethical Oil, faisant la promotion des sables bitumineux. Un autre conférencier que les lecteur·trices de Pivot reconnaîtront est Michael Binnon, PDG de l’entreprise d’exploration d’hydrocarbures Questerre, également impliqué dans le financement du groupe de pression Québec Fier.

Aujourd’hui, la section environnementale de la plateforme du Parti conservateur commence par « le PCQ reconnaît les effets de l’activité humaine sur le climat mondial, mais […] ». Ce « mais » en dit long. Les pages suivantes parlent principalement d’exploitation des hydrocarbures et autres ressources naturelles. On y promet notamment de relancer le projet de gaz naturel GNL-Québec et de revoir à la baisse les cibles de réductions de gaz à effet de serre.

La santé, une affaire privée

En santé, « le patient doit avoir le choix et la liberté de se faire offrir ses soins par un système public ou par des établissements privés », clamait le RLQ. Pour y arriver, le Réseau proposait alors de revoir le « panier de services » actuellement couvert par la RAMQ, qui était « trop étendu », selon ses membres.

La plateforme du PCQ est silencieuse sur ce point et ne parle pas de réduire les services couverts par l’assurance maladie universelle. Le parti propose toutefois de permettre aux gens de souscrire à une assurance privée pour des services couverts par la RAMQ. Contrairement au principe libertarien selon lequel l’État ne devrait pas choisir de « gagnant ou de perdant », le PCQ veut « faciliter l’émergence de ce marché d’assurance privé » à l’aide de subventions sous forme de crédits d’impôts.

Le RLQ proposait également d’introduire de la « concurrence dans le système » de santé en « permettant des hôpitaux privés financés à la fois par le public et des contributions privées [et] en libérant les directions d’établissement des conventions collectives ».

Le PCQ s’engage, s’il est élu, à confier la gestion de certains hôpitaux à des entreprises privées. De plus, il s’engage à lancer un projet pilote d’hôpital entièrement privé.

Il propose également d’introduire le financement à l’activité des établissements, afin de favoriser « une meilleure expérience patient et la concurrence entre les centres hospitaliers pour renforcer l’approche client ». Malheureusement, ce mode de financement à surtout tendance à augmenter les coûts, la bureaucratie, sans garantie d’une amélioration des services.

Selon le RLQ le programme d’assurance-médicaments ne devait servir qu’à « couvrir les assistés sociaux ».

Le programme d’assurance-médicaments n’est pas mentionné dans la plateforme électorale du PCQ.

La liberté, mais pas trop de démocratie

Les membres du RLQ semblent avoir été un brin traumatisés par le printemps 2012. Selon eux, la grève étudiante « a mis à rude épreuve les institutions démocratiques du Québec. On l’a vu, “la rue” a défié le système judiciaire, les forces de l’ordre, le parlement québécois et donc, la démocratie elle-même. »

Le RLQ rappelait que, pour ses membres, « une des missions fondamentales de l’État est d’être le gardien de la démocratie, de la justice, de la loi et l’ordre. En ce sens, par exemple, les libertés fondamentales de circuler, d’accéder à sa formation ou à son travail doivent primer. »

Les associations étudiantes, surtout dans le contexte alors récent de la grève étudiante, sont vues d’un mauvais œil par le RLQ. Elles « ne devraient pas être des “clubs-école” pour syndicats », peut-on lire sur le site du Réseau. De plus, une association étudiante « ne peut en aucun cas encourager des actions qui auraient pour résultat de brimer la liberté et l’accès aux cours par quelque moyen que ce soit ».

Les associations étudiantes sont aussi dans la mire du PCQ. Bien que le mouvement étudiant n’ait pas connu de débrayage massif depuis maintenant dix ans, le parti déclare que « ce sont également ces associations qui imposent aux étudiants des grèves illégales qui les privent d’un parcours académique normal. » Le parti s’engage donc à revoir la loi 32 sur l’accréditation et le financement de celles-ci. On veut entre autres limiter la capacité des associations de « subventionner des causes souvent externes à la vie étudiante ».

Conférence Libérez-nous des syndicats! d’Éric Duhaime au RLQ

Le RLQ n’était pas un fan des syndicats. Dans sa plateforme, il réclamait une « révision du rôle, du financement et du pouvoir des syndicats au Québec ». De plus, dans son désir de réduire les dépenses publiques, il croyait nécessaire de revoir les conventions collectives de façon à pouvoir congédier plus facilement les employé·es de l’État.

Le Parti conservateur, dont le chef actuel a écrit le livre Libérez-nous des syndicats, ne mentionne pas les mots « conventions collectives » ou « syndicat » dans sa plateforme.

La proposition de la plateforme du PCQ qui s’approche le plus du sujet concerne le milieu de la construction : « Des économies significatives [pour la construction de logements] pourraient être obtenues […] en révisant certaines dispositions du Code de construction qui restreignent inutilement la polyvalence des travailleurs sur les chantiers », peut-on lire.

Le logement sans protection

La plateforme du RLQ ne mentionne pas le logement. On peut par contre se faire une petite idée de l’orientation du Réseau sur ce sujet en consultant le site de son association locale de la région de Montréal.

Dans une publication intitulée « Qui coupera verra! », l’association demande à ses lecteur·trices de lui soumettre des suggestions « visant à abolir ou à réduire substantiellement certaines dépenses gouvernementales ». L’exemple donné par le RLQ-Montréal est l’abolition de la Régie du logement. Cette mesure permettrait, selon l’association, de rétablir les « règles naturelles du marché dans le domaine de l’immeuble locatif » et le « respect réel du droit à la propriété privée ».

Le Parti conservateur propose de déréglementer le coût des loyers pour les « loyers élevés » et ceux ayant été « complètement rénovés ». Il prévoit également revoir la façon dont sont déterminées les normes encadrant les hausses de loyer.