Affiche à Montréal appelant à la défense du territoire (yintah) des Wet'suwet'en | Photo : Alexis Ross
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Les Wet’suwet’en bloquent à nouveau la construction d’un pipeline sur leur territoire

C’est la seconde fois cette année que la nation autochtone parvient à paralyser le projet, qui n’a jamais obtenu l’accord des chefs héréditaires.

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Tôt dimanche matin, en Colombie-Britannique, des membres de la nation autochtone Wet’suwet’en ont à nouveau chassé l’entreprise Coastal GasLink (CGL) et repris le contrôle d’un site stratégique sur leur territoire, où l’entreprise gazière cherche à construire un gazoduc.

Les employés de CGL ont été évacués du site, une plateforme de forage destinée à faire passer le gazoduc sous la Wedzin Kwa (rivière Morice), source d’eau sacrée pour les Wet’suwet’en. Un blocage a ensuite été instauré par des membres du clan Gidimt’en accompagné·es d’allié·es, a annoncé le poste de contrôle du clan.

« Coastal GasLink n’a pas et n’aura jamais le consentement du système de gouvernance héréditaire Wet’suwet’en et doit s’attendre à ce que notre loi prévale sur nos terres. Aucune violence de la part de l’État ne suffira à nous faire oublier notre responsabilité de protéger l’eau pour les générations futures », a déclaré lundi Sleydo’, porte-parole du poste de contrôle Gidimt’en.

Le site occupé est celui du camp Coyote : un campement y avait déjà été établi en septembre, stoppant les activités de CGL durant plusieurs semaines. Puis, à la mi-novembre, le clan Gidimt’en avait finalement ordonné à l’entreprise d’évacuer complètement son territoire. Mais en retour, la GRC avait rapidement envoyé des dizaines d’agents lourdement armés et accompagnés de chiens pour prendre d’assaut le territoire. Le camp Coyote avait été évacué et une trentaine de personnes avaient été arrêtées.

Cette fois, l’objectif est encore d’occuper à long terme le camp Coyote, dans l’espoir d’empêcher définitivement le forage et le passage du gazoduc, explique en entrevue Jennifer Wickham, coordonnatrice média du poste de contrôle. Lundi midi, les forces policières n’avaient pas pénétré sur le territoire, mais avaient patrouillé à sa frontière.

Un territoire non cédé

Les interventions de la GRC au profit de CGL s’appuient sur une injonction obtenue en 2020 par l’entreprise auprès de la Cour suprême de Colombie-Britannique. Elle permet à CGL de poursuivre la construction de son gazoduc en territoire Wet’suwet’en, malgré l’opposition ferme des chefs héréditaires de la nation, qui n’ont pas été consultés.

La Cour suprême du Canada a reconnu en 1997 que la nation Wet’suwet’en détenait bel et bien un titre exclusif sur son territoire, qui n’a jamais été cédé et où la loi ancestrale s’applique toujours. Ce territoire est situé dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique et s’étend sur 22 000 km2. Il serait traversé d’est en ouest par le gazoduc de CGL.

Début 2020, les chefs héréditaires Wet’suwet’en avaient remis un premier ordre d’évacuation à CGL. La GRC était déjà intervenue à ce moment pour contrer la résistance autochtone. Cela avait donné lieu à une vague de solidarité à travers le pays, menant au blocage durable de nombreuses voies ferrées.

Appel au désinvestissement

Au cours des derniers jours, les Wet’suwet’en ont aussi réitéré leurs demandes auprès des banques qui apportent un soutien financier au projet de gazoduc (dont la Banque royale, la Banque nationale et la Banque de Montréal), exigeant qu’elles retirent leurs investissements.

« Comment réconciliez-vous la prétendue adhésion de votre compagnie à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones avec le financement d’un projet qui est illégal, qui provoque des violations des droits humains et qui perpétue l’oppression des peuples autochtones au nom de l’extractivisme colonial? » a demandé jeudi le chef héréditaire Dinï ze’ Woos, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de la National Australia Bank.

Un appel à l’action a aussi été lancé par le clan Gidimt’en, qui demande à ses allié·es de faire pression sur les investisseurs au cours des prochains jours.