Le blocage du chemin forestier de la rivière Morice par le clan Gidimt'en. | Twitter.

La nation autochtone Wet’suwet’en ordonne à une entreprise gazière d’évacuer son territoire

En septembre, les Wet’suwet’en avaient déjà bloqué une opération visant à faire passer un gazoduc sous une rivière, à travers un site sacré.

La nation Wet’suwet’en a ordonné dimanche à Coastal GasLink (CGL) d’évacuer son territoire traditionnel, où l’entreprise tente de construire un gazoduc. Mais le personnel de CGL est plutôt resté sur les lieux, bloquant un pont pour se barricader dans les installations de l’entreprise.

Dimanche matin, à 5 h (heure locale), le clan Gidimt’en de la nation Wet’suwet’en a fait parvenir un avis d’éviction à CGL. L’entreprise avait jusqu’à 13 h pour évacuer pacifiquement le territoire, situé dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, avant que les routes d’accès ne soient bloquées. Le clan Gidimt’en exigeait aussi que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne s’approche pas en territoire Wet’suwet’en.

Vidéo diffusée par le clan Gidimt’en

À midi, la nation autochtone rapportait que trois agents de la GRC avaient violé ces conditions en s’avançant sur le territoire et en déployant un drone. La GRC n’a toutefois pas été aperçue sur le territoire Wet’suwet’en depuis ce moment, confirme en entrevue Jennifer Wickham, coordinatrice média du poste de contrôle Gidimt’en.

À 13 h, CGL a demandé un délai supplémentaire de deux heures pour procéder à l’évacuation. Or, le personnel de l’entreprise est plutôt demeuré sur place, rapporte le clan Gidimt’en. « CGL a choisi de garder ses travailleurs sur le territoire. Ils ont bloqué la route en installant des camions et de la machinerie lourde sur un pont » menant à des campements de travailleurs, peut-on lire dans une mise à jour publiée dimanche soir sur les réseaux sociaux.

En parallèle, le clan Gidimt’en prenait aussi le contrôle du chemin forestier de la rivière Morice, qui donne accès au territoire et aux installations de CGL. « La route est impraticable », confirme Jennifer Wickham.

Jennifer Wickham dit ignorer les motivations et les plans de l’entreprise. « Comme ils se sont eux-mêmes bloqués sur place, je présume qu’ils n’ont aucune intention de partir. » La représentante Wet’suwet’en explique qu’en temps normal, les installations et les campements de travailleurs de CGL sont régulièrement ravitaillés par la route, notamment pour alimenter des génératrices, unique source d’électricité sur place.

« Je ne comprends vraiment pas leur logique. Pourquoi font-ils une chose pareille? » s’exclame-t-elle, lâchant un rire incrédule.

« Ce sera une semaine vraiment très intéressante », conclut Jennifer Wickham.

Une lutte de longue date

L’avis d’éviction transmis à CGL par le clan Gidimt’en vise à faire respecter un premier ordre d’évacuation, datant de janvier 2020 et émis par les chefs héréditaires des cinq clans de la nation Wet’suwet’en. Ce premier avis avait donné lieu à des affrontements avec la GRC ainsi qu’à une grande vague de solidarité à travers le pays. De nombreux blocages ferroviaires avaient été érigés pour soutenir les Wet’suwet’en et exiger que la GRC quitte leur territoire.

Plus récemment, à la fin du mois de septembre dernier, CGL a entrepris des travaux en vue de faire passer son gazoduc sous la Wedzin Kwa (rivière Morice), sur un lieu sacré pour la nation Wet’suwet’en. Les membres du clan Gidimt’en ont toutefois repris le contrôle du site, qu’ils occupent depuis le 25 septembre. Avec l’aide de nations alliées, ils ont aussi expulsé la GRC du territoire à la mi-octobre, après avoir rapporté une série d’interventions brutales de la part du corps de police.

Les chefs héréditaires Wet’suwet’en contestent l’autorisation accordée à CGL par le gouvernement de Colombie-Britannique pour la construction d’un gazoduc sur leur territoire.

Suite à un processus de consultation contesté, le gouvernement de la Colombie-Britannique a obtenu l’approbation des conseils de bande. Il n’a cependant pas consulté les représentants traditionnels. Or, c’est le système de gouvernance traditionnel qui détient le pouvoir légitime, estiment les opposants au projet.

« Les chefs héréditaires Wet’suwet’en n’ont jamais cédé, abandonné ou perdu leur droit sur ce territoire. Cela signifie que ce qu’ils disent s’applique bel et bien.

La loi Wet’suwet’en est antérieure à la loi coloniale canadienne. Elle existe depuis le début des temps dans nos territoires, et nous avons le même esprit combatif que nos ancêtres ont préservé pour que nous puissions défendre nos générations futures, cette terre et cette eau. »

Sleydo’, porte-parole Gidimt’en, à propos du nouvel avis d’éviction

La nation Wet’suwet’en affirme sa souveraineté sur un territoire de 22 000 km2, que le gazoduc de CGL traverserait d’est en ouest.

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