Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Depuis 2002, le gouvernement fédéral a permis la destruction de 92 milieux hydriques, contenant chacun plusieurs lacs et rivières, pour l’entreposage de déchets miniers. Une pratique qui est profitable à l’industrie, mais qui a un fort impact sur les écosystèmes.

En vertu de la Loi sur les pêches, il est interdit au Canada pour une entreprise d’altérer, de polluer ou de détruire des plans d’eau, rivières ou lacs qui servent d’habitat à la reproduction de poissons et par le fait même, d’une multitude d’autres espèces aquatiques. Par contre, une exception incluse dans le Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) a permis à des minières opérant au pays d’y rejeter des déchets miniers équivalant à au moins 4640 hectares de milieux aquatiques depuis 2002, selon le recensement mené par le groupe de défense de l’environnement Eau Secours.

Pour pouvoir rejeter leurs déchets dans des lacs et rivières, les minières doivent en faire la demande au ministre fédéral de l’Environnement. Depuis l’entrée en vigueur du règlement, 92 de ces exceptions ont été accordées à 37 projets miniers distincts. Onze de ces autorisations ont été accordées à cinq minières situées au Québec. De plus, le ministère n’aurait jamais refusé une telle demande, selon des demandes d’accès à l’information réalisées par Eau Secours.

Puisque les exceptions concernent des zones géographiques qui peuvent contenir plusieurs lacs et rivières, ce sont au moins 37 lacs, 29 ruisseaux, 209 cours d’eau et plus d’une centaine de plans d’eau et d’étangs qui auraient été ainsi détruits pour y entreposer des déchets miniers.

« Souvent les minières vont promettre des compensations monétaires pour donner l’impression sur papier que cette destruction-là [est] compensée… mais détruire un lac, c’est irréversible », explique en entrevue Émile Cloutier-Brassard, analyste en projets miniers chez Eau Secours.

Sans oublier que la destruction de ces plans d’eau survient dans le contexte d’écosystèmes qui sont déjà hautement affectés par la présence de la mine elle-même, et notamment de son important impact sur les réseaux hydriques qui l’entoure.

« Tristement, les entreprises utilisent souvent l’argument contraire, avançant que la faune ne fréquente plus les lacs en question depuis l’arrivée de la mine et que leur destruction aura donc un impact limité, mais elles sous-estiment définitivement les effets à la chaîne qui peuvent survenir pour les écosystèmes », souligne l’analyste.

Sacrifier la biodiversité pour sauver des coûts

« Pour les minières, se débarrasser de ses déchets dans des lacs offre plusieurs avantages économiques », explique Émile-Cloutier Brassard. « D’abord, un lac, c’est toujours en contrebas par rapport au terrain qui l’entoure, donc tu peux juste laisser couler par gravité les résidus plutôt que devoir utiliser des pompes pour les faire avancer en hauteur ou ce genre de chose. Puis si tes résidus sont au fond d’un lac, il y a peu de chances qu’ils se déversent ailleurs comme avec une rupture de digue par exemple », explique-t-il.

« En somme, ça l’évite beaucoup d’enjeux techniques », résume-t-il.

« Et les minières vont généralement avancer que ça va être plus sécuritaire pour la population et l’environnement, mais d’un autre côté, les technologies existent pour [entreposer des déchets] sans détruire de lac, même au Québec, il y a des mines qui le font. Le principal enjeu, c’est le coût de le faire », souligne-t-il.

Rappelons que la gestion des déchets n’est pas un enjeu mineur pour les minières, puisque celles-ci en génèrent beaucoup, et de plus en plus, alors qu’elles doivent se tourner vers des gisements où le minerai est de moins en moins concentré. « Les meilleurs sites miniers ont tous déjà été exploités depuis longtemps », souligne l’analyste.

« Une mine, c’est principalement une entreprise de gestion des déchets. »

Émile Cloutier-Brassard, Eau Secours

Par exemple, une mine de fer va créer 3 à 10 tonnes de résidus pour chaque tonne de minerais extraits, un ratio qui passe de 20 à 40 tonnes pour le lithium et monte jusqu’à 500 tonnes pour le Zinc. Pour l’or, un minerai dont l’extraction est bien implantée au Québec, on parle plutôt d’un million de tonnes de déchets miniers pour chaque tonne extraite. La grande majorité des mines ayant obtenu les autorisations de détruire des plans d’eau pour y entreposer leurs déchets sont des mines d’or.

Des tonnes de roches qui peuvent en elle-même avoir des grands effets sur la santé d’un lac ou d’une rivière, notamment en acidifiant l’eau et qui sont généralement accompagnés de substances chimiques toxiques utilisées pour traiter la roche.

« En gros, une mine, c’est principalement une entreprise de gestion des déchets », ironise Émile Cloutier-Brassard.

Des déchets qui n’ont pas à se retrouver dans des cours d’eau pour autant que les gouvernements décident d’intervenir pour contraindre les entreprises à faire autrement, rappelle-t-il. « En plus, c’est ce que 82 % de la population québécoise souhaite, selon un sondage, nous sommes bien au-delà de la majorité », conclut-il.

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