Le 30 août dernier, j’organisais la tenue d’une convergence antifasciste afin de relancer la mobilisation après l’été. Après toute une journée d’échanges avec la vingtaine de panélistes invité·es, je vous offre quelques réflexions sur les potentiels stratégiques que j’ai vus émerger.
La rentrée politique commence sur les chapeaux de roues et les forces antifascistes n’y font pas exception. C’est près de 200 personnes qui sont passées au Centre St-Pierre pendant la journée et plusieurs dizaines d’autres qui nous ont joints en ligne pour la Convergence transféministe et antifasciste de dimanche dernier.
Pour le Mouvement transféministe, il s’agissait d’un point culminant après deux ans à mailler des solidarités avec les acteur·ices de toute la gauche sociale et politique québécoise. Une démonstration de force par une poignée de femmes trans sans moyens à l’aube du déclenchement des élections provinciales.
Il y a bien sûr un certain spectacle politique qui se donne dans ce genre de rencontre. Manon Massé a dit un mot par exemple, parce qu’elle nous a soutenues dès les premiers jours. La candidate de Québec Solidaire dans Saint-François, Mia Fréchette y a aussi pris la parole pour encourager nos membres à investir comme elle la politique électorale pour mettre en œuvre notre vision.
Toutefois, contrairement aux mises en scène léchées des partis politiques bourgeois, ce qui le rend convaincant ce n’est pas la précision de la chorégraphie, mais la cohérence du mouvement.
Un ennemi commun
Cette cohérence peut avoir l’air spontanée pour les gens qui n’ont pas été témoins du travail de rassemblement des dernières années. Entre les effusions de la rue et l’urgente banalité du quotidien sur les campements, toute une foule d’occasions d’éducation et de partage s’est créée depuis trois ans.
Depuis trois ans de génocide.
Fait en notre nom, avec notre argent, par nos capitalistes et nos politicien·nes avec une arrogance choquante.
Orgueilleux, iels se croient protégé·es par la complicité des journalistes qui défendent le droit au génocide pour l’entité sioniste. Mais nous obtiendrons justice pour leurs crimes.
Cette classe au pouvoir, on doit avoir le courage de la nommer : c’est la bourgeoisie.
Les possédant·es et leurs laquais qui ont pourri le monde jusqu’à le rendre toxique et progressivement inhabitable, ce sont les mêmes qui exterminent les Palestinien·nes. Ce sont les mêmes rapaces qui fabriquent les armes, les composantes, les intelligences artificielles qui violent les souverainetés autochtones. C’est la même police et la même agence frontalière qui pourchassent aux marges de la société une classe ouvrière migrante dépossédée de droits.
Abolir les frontières, ça veut dire restituer les souverainetés autochtones affaiblies par le génocide et l’apartheid, abolir la distinction entre le travail domestique et la production industrielle, entre le travail manuel et intellectuel, entre le privé et le public.
Les partis de droite (PQ, CAQ, PLQ, PCQ, etc.) servent tous ouvertement ou non les intérêts de la bourgeoisie.
Le vol du travail et des ressources communes par la minorité au pouvoir, c’est ce que Martinez-Ferrada appelle « chercher à rassembler » et que Mark Carney appelle « l’intérêt national ». C’est le moteur de la violence.
La contradiction principale
Le meurtre, l’empoisonnement et la misère ne sont pas des conséquences malheureuses, c’est une méthode systématique, rigoureuse et organisée à l’échelle mondiale par la classe des exploiteurs.
La bonne nouvelle c’est qu’ils ont besoin de nous et que nous n’avons pas besoin d’eux.
Nous pouvons bloquer la construction de leurs centres de données, interrompre la production dans leurs usines d’armement, freiner l’extraction de leurs minéraux critiques. Nous pouvons concrètement interrompre le flot du capital impérialiste qui massacre des filles en Iran au nom du féminisme.
Mais pour vaincre, il faut savoir être stratégiques et concentrer notre action sur les points les plus fragiles du front bourgeois, à commencer par l’organisation des milieux de travail.
Pour vaincre, il faut savoir être stratégiques et concentrer notre action sur les points les plus fragiles du front bourgeois, à commencer par l’organisation des milieux de travail.
Il faut aussi savoir reconnaître les forces existantes, leurs points forts et leurs faiblesses, et agir dans les luttes telles qu’elles se forment localement avant de les réinscrire dans le contexte mondial. Si nous voulons combattre efficacement la bourgeoisie, on ne peut pas simplement bloquer un projet minier en territoire non cédé, si en bout de ligne la même entreprise canadienne compense ses pertes en intensifiant la violence contre le peuple colombien. Nous vivons dans le cœur impérial, et notre classe dirigeante a toujours la possibilité de recourir à la déstabilisation de la périphérie pour éponger ses revers ici, ce doit être un constat fondamental de notre action.
Le capital s’organise à une échelle globale. Notre mouvement doit l’être aussi.
Abolir les frontières intérieures
L’œuvre à accomplir, c’est en quelque sorte d’unifier le monde, d’abolir la frontière entre le centre et la périphérie.
Cette limite elle est évidemment très concrète, comme à Ceuta ou sur le chemin Roxham. On la voit dans les murs, les drones, les barbelés qui se multiplient au fur et à mesure que s’intensifie la mise en opposition des États nationaux par une bourgeoisie qui carbure à la violence.
Mais la frontière, elle traverse aussi les corps : migrant·es dont la présence sur le territoire est toujours conditionnelle, toujours suspendue au bénéfice du capital qui tire profit de l’érosion des droits humains.
Les corps racisés, les corps autochtones, les corps transféminisés, etc. qui sont rendus disponibles au travail précaire par une hiérarchie réitérée au quotidien dans un code criminel, des lois de l’immigration, du poliçage, qui excluent les femmes de l’emploi pour leur hijab, endettent celles qui sont privées de soin ou pourchassent celles reléguées au travail du sexe.
Abolir les frontières, ça veut dire restituer les souverainetés autochtones affaiblies par le génocide et l’apartheid, abolir la distinction entre le travail domestique et la production industrielle, entre le travail manuel et intellectuel, entre le privé et le public.
Contrairement aux mises en scène léchées des partis politiques bourgeois, ce qui le rend convaincant ce n’est pas la précision de la chorégraphie, mais la cohérence du mouvement.
Ça veut dire avoir l’humilité d’admettre qu’on vit tous·tes sur du temps emprunté, dans un monde qui ne nous appartient pas, mais dans lequel on doit malgré tout exister.
L’État libéral ne sera pas la solution, il est l’acteur principal qui organise le reste, le légitime, le structure par sa législation, par sa violence, par ses hiérarchies. L’État tel qu’il existe présentement a été créé par la bourgeoisie lorsqu’elle s’est hissée au pouvoir, c’est son outil.
L’avenir est meilleur et c’est à travers le mouvement de l’histoire qu’il nous appartient de lui donner sa forme.