La réalité des feux de forêt au Canada n’est plus ce qu’elle était en raison des réchauffements climatiques causés par l’activité humaine. Son effet est déjà tangible sur la santé humaine, les coûts de santé et la vigueur de l’économie selon une analyse menée par l’Institut climatique du Canada.
Les feux de forêt font partie du cycle de vie normal de la forêt boréale, mais les changements climatiques ont déjà augmenté leur fréquence, leur intensité et l’étendue du territoire touché par ceux-ci, au point où l’on est objectivement dans une nouvelle réalité quant à leurs impacts, argumente une nouvelle analyse de l’Institut climatique du Canada.
« Nous vivons carrément dans un monde différent qu’il y a 20 ans », illustre Dave Sawyer, auteur de l’analyse. « Les feux se sont étendus aux endroits où ils n’étaient pas, comme à Terre-Neuve, et les fréquences d’épisodes de mauvaise qualité de l’air causés par ceux-ci sont incomparables à ce qu’on voyait », précise-t-il.
« C’est toute la population est affectée, pas seulement les enfants et les personnes âgées. »
Dave Sawyer, Institut climatique du Canada
Les particules fines issues de la fumée des feux de forêt font ainsi beaucoup plus que de teinter le ciel d’orange, celles-ci seraient responsables de 5,4 milliards $ de coûts liés à des événements de santé aigus (problèmes respiratoires ayant nécessité une visite dans un établissement de santé) dans les douze dernières années. Toutefois, ces coûts ne seraient que la pointe de l’Iceberg, qui ne représenteraient que 3 % de la facture totale en frais de santé liés à ces épisodes, selon l’analyse.
En effet, les coûts liés aux problèmes de santé chroniques causés par la fumée des feux de forêt seraient de 19 milliards $ en moyenne par année durant la période étudiée (226 milliards $ sur douze ans).
Ce n’est que le début
En se concentrant sur les provinces de l’Alberta, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique qui possèdent des données fiables et constantes dans le temps, l’analyse permet de constater que ces effets s’intensifient.
De 2014 à 2016, les coûts de santé dans ces trois provinces étaient de 256 millions $ par année en moyenne, ce qui correspond à ce qu’on aurait pu s’attendre dans les décennies précédentes.
Puis ceux-ci se sont intensifiés entre 2017 et 2020 pour atteindre 302 millions $ annuellement au même moment où le Canada qui se réchauffe quatre fois plus vite que la moyenne planétaire a réellement commencé à sentir les effets des changements climatiques.
Puis les coûts ont continué à progresser pour atteindre 409 millions $ annuellement durant la période 2021-2024. Notamment, en 2023, la pire saison de feux de forêt jamais enregistrée a marqué les esprits avec les ciels orangés qui ont couvert la majorité des grandes villes américaines durant des semaines.
Toutefois, les coûts n’ont pas réellement redescendu par la suite, demeurant à 399 millions $ en 2025, suggérant que l’année 2023 est désormais plus près de la normale que de l’exception, selon Dave Sawyer.
Bien sûr, les coûts de santé liés aux feux de forêt sont aussi influencés par des facteurs comme le vieillissement de la population et l’inflation, mais l’analyse statistique montre un lien clair avec les épisodes de qualité de l’air, précise le chercheur.
« Ce qui pousse ces résultats, c’est vraiment la mauvaise qualité de l’air, plus fréquente et plus intense, et ce qu’on voit, c’est que toute la population est affectée, pas seulement les enfants et les personnes âgées », souligne-t-il.
En plus de ces coûts de santé, les épisodes de mauvaise qualité de l’air sont l’un des principaux facteurs qui mènent au ralentissement de l’économie canadienne par les changements climatiques, ajoute Dave Sawyer.
« Nous vivons carrément dans un monde différent qu’il y a 20 ans. »
Dave Sawyer, Institut climatique du Canada
« Il y a un impact clair sur la productivité. Quand l’air est vraiment mauvais, on ne peut plus travailler à l’extérieur, les chantiers arrêtent, les gens restent chez eux, ça réduit les revenus des commerces et du même coup, les dépenses des ménages », explique-t-il.
Des effets qui auraient réduit la taille de l’économie de 25 milliards $ en 2025 selon une autre analyse de l’Institut climatique du Canada.
« Et si l’on ne fait rien pour réduire considérablement nos émissions, tous les modèles disent que ça sera bien pire en 2050 », ajoute-t-il.
