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Débat des chefs : Legault se félicite de défendre les femmes, mais se trompe

Piqué sur le recul des conditions des femmes sous son mandat, François Legault a coupé la parole à Anglade et l’a ignorée pour s’adresser aux hommes dans la salle.

« C’est pas une blague! » Dominique Anglade a rappelé à l’ordre François Legault jeudi lors du débat des chefs. Le leader de la CAQ s’est montré offensif, voire condescendant envers la cheffe libérale pour contester l’augmentation des inégalités vécues par les femmes… pourtant bien réelle.

« Monsieur Legault, sous votre gouverne, il y a eu un recul des femmes. Un recul important », a lancé Dominique Anglade lors du Débat des chefs de Radio-Canada, jeudi soir.

Il n’en aura pas fallu plus pour que M. Legault proteste et coupe net la parole à la cheffe libérale. « Ah ouais? On a augmenté les salaires des enseignantes de 15 %… » a-t-il voulu protester, avant de se faire reprendre par ses adversaires et l’animateur Patrice Roy : « Laissez-la parler deux minutes! »

Mais Mme Anglade a semblé exaspérée par le comportement nonchalant du chef caquiste en face d’elle, qui niait de la tête et levait les bras pour souligner son désaccord. « Non, mais c’est sérieux, là! C’est sérieux! », a martelé la cheffe libérale.

« Je sais qu’elle aime ça, sortir cette phrase-là… », a minimisé le chef caquiste en se tournant vers les hommes présents dans la salle.

Puis, accordant de nouveau son attention à Dominique Anglade, il a riposté : « Que les femmes on les a pas traitées équitablement, c’est le contraire! On a augmenté le salaire des enseignants, des éducatrices, des préposés de 15 %! », a argumenté le premier ministre sortant.

Dominique Anglade a toutefois fait valoir que certaines femmes ne peuvent pas retourner sur le marché du travail, car elles n’ont pas accès aux services de garde, dont les listes d’attentes ont augmenté sous le règne de la CAQ.

En point de presse à la fin du débat, Dominique Anglade est revenue à la charge : « Il sous-estime les enjeux liés aux femmes. […] Le gouvernement de François Legault ne prend pas la pleine mesure des impacts des décisions sur les femmes. »

Elle a aussi commenté le comportement du chef de la CAQ lors du débat, le jugeant « paternaliste ».

Un recul durant la pandémie

Ce que l’on sait, c’est que les conditions des femmes ont reculé durant les dernières années, affectées par la pandémie et sa gestion.

Un rapport de l’Observatoire québécois des inégalités publié quelques jours avant le débat montre comment les deux années de pandémie ont inégalement affecté les Québécoises les moins bien nanties.

Sandy Torres, co-auteure de ce rapport, explique : « Les femmes sont surreprésentées dans les emplois moins bien payés, à temps partiel et dans les petites entreprises des services. Ce sont ces emplois qui ont été le plus touchés. » Elles étaient aussi plus susceptibles de perdre leur emploi puisqu’elles occupent majoritairement des postes précaires.

Les Québécoises, prédominantes dans les services de santé, ont été plus exposées aux risques d’infection.

Et ce n’est pas tout : « les femmes ont davantage pris en charge les enfants lors des fermetures » des écoles et des services de garde, explique Sandy Torres.

Surtout, si les mesures sanitaires ont renforcé l’isolement et l’exclusion des femmes du milieu du travail, bien peu a été fait par le gouvernement Legault pour compenser les effets néfastes touchant spécifiquement les femmes et les personnes vulnérables, comme le montraient de précédentes recherches de l’Observatoire. Les relances économiques ont aussi renforcé le fossé des inégalités en favorisant les secteurs majoritairement masculins.

La dernière étude, qui s’est portée sur les années de pandémie, « ne dit rien de fondamentalement nouveau », selon la chercheuse. « La pandémie a été un révélateur de ces inégalités concernant les femmes et qu’il y avait déjà au travail », explique-t-elle. Sous le gouvernement Legault et avec le coup de la pandémie, les inégalités se sont renforcées, mais elles ne se sont pas créées.

La cheffe libérale s’est donc offensée à juste titre du recul des conditions des femmes durant les dernières années. Mais des groupes déploraient déjà les conditions des femmes sous les politiques d’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard. À l’époque, un rapport de l’ONU s’inquiétait aussi de la précarité des postes occupés par les femmes ainsi que de leurs conditions générales de vie au Canada et au Québec.

Si la cheffe libérale a déploré les conséquences sur les femmes de la politique de la CAQ lors du débat, elle n’a pas mentionné le bilan du PLQ sur le même terrain.

Correction : Le rapport de l’Observatoire québécois des inégalités est sorti le mardi 20 septembre 2022, et non le jeudi 22 septembre, jour du Débat des chefs.

Le texte a également été modifié pour être nuancé. Le rapport de l’Observatoire québécois des inégalités ne répond pas directement aux déclarations du chef de la CAQ ni ne fait le bilan du dernier mandat du gouvernement. (27-09-2022)