La planification de l’expansion des réseaux électriques au Canada doit être significativement améliorée si l’on veut faire face à la croissance de la demande dans les prochaines années, selon une nouvelle étude récemment publiée par l’Institut climatique du Canada. D’après l’analyse, de meilleurs réseaux s’appuyant sur le solaire et l’éolien accompagnés de cibles climatiques claires, et conçues en collaboration avec les communautés autochtones pourraient s’avérer un grand moteur économique au pays.
La demande en électricité est appelée à augmenter exponentiellement dans les prochaines années, en raison de l’électrification des transports, de la demande industrielle et des centres de données, mais l’approche actuelle en matière de planification des réseaux de transport d’électricité ne permettra pas de répondre efficacement à celle-ci, prévient une récente analyse de l’Institut climatique du Canada.
À l’échelle du pays, en plus des expansions déjà prévues par les provinces, il faudrait environ doubler la capacité actuelle du réseau d’ici 2035 pour pouvoir fournir l’électricité nécessaire à seulement la moitié de la demande industrielle prévue pour cette date.
« La question n’est plus si on doit développer le réseau électrique, mais comment on doit le faire », résume Kate Harland, co-autrice de l’étude.
Une question d’efficacité
L’impact du manque de capacités du réseau pourrait s’intensifier à mesure que la production électrique au pays s’appuiera davantage sur l’éolien et le solaire, deux solutions qui deviennent incontournables en raison de leur grande abordabilité, remarque le rapport.
« Le Canada a pris beaucoup de retard dans l’ajout de solaire et d’éolien », souligne d’ailleurs Marisa Beck, chargée de recherche à l’Institut climatique du Canada. « Ce n’est pas les énergies renouvelables elles-mêmes qui sont en cause, mais la structure du réseau », ajoute Kate Hardland.
Par exemple, en 2025, ces technologies ne comptaient que pour 9 % de l’approvisionnement au Québec et 4 % en Colombie-Britannique, contrairement à l’Allemagne (60 %), le Royaume-Uni (48 %) et la province australienne de New-South-Wales (51 %) qui ont déjà investi massivement dans ces technologies. L’Alberta fait classe à part au pays avec 33 % de son énergie qui provient de la force du soleil et du vent, cependant, environ 10 % de l’énergie produite par ces méthodes est gaspillée puisque le réseau ne peut pas la prendre en charge, selon l’étude.
C’est un problème structurel que rencontrent la plupart des réseaux électriques, souligne l’étude. Au fur et à mesure que s’ajoutent du solaire et de l’éolien, la capacité additionnelle fournie par de nouveaux projets n’arrive pas à trouver preneur, le réseau n’arrivant pas à acheminer l’électricité aux points de demande ou à la stocker pour être utilisé ultérieurement. Une situation qui peut justement être évitée par une meilleure planification et une plus grande flexibilité des réseaux, conclut l’étude.
« Mais la flexibilité ne se crée pas d’elle-même, elle est causée par des actions gouvernementales délibérées », remarque Kate Harland. « Et la flexibilité doit être la priorité des programmes, plutôt qu’un ajout intéressant auquel on pense en second temps », prévient-elle.
La collaboration comme levier
L’analyse souligne aussi l’importance jouée par les nations autochtones dans le présent et l’avenir de la production et du transport électrique au pays. Déjà, des collectivités autochtones détiennent des parts dans 546 projets au pays dont la valeur des infrastructures combinées totalise 260 milliards $. En 2024, elles étaient impliquées directement dans 31 % des projets hydro-électriques, 30 % des projets éoliens et 19 % des projets solaires d’un océan à l’autre.
Selon les calculs de l’Institut, une collaboration efficace avec les peuples autochtones pourrait permettre de dégager jusqu’à 17 milliards $ de capitaux supplémentaires qui pourraient être utilisés pour améliorer les réseaux et augmenter la production d’énergie renouvelable au pays d’ici 2033.
« Les cibles de décarbonation inscrites dans la loi agissent comme une véritable étoile polaire pour l’industrie.»
Marisa Beck, Institut climatique du Canada
Toutefois, comme le souligne le rapport : « des différences importantes persistent entre les gouvernements et les sociétés des Premières Nations, des Inuits et des Métis en termes de ressources financières, de ressources humaines et d’aptitudes organisationnelles. Bon nombre de ces différences sont le fruit d’inégalités structurelles historiques et actuelles. ».
« Pour être efficaces, les approches de planification et de développement du secteur de l’électricité devront respecter l’autodétermination des peuples autochtones et soutenir les priorités et les atouts définis par la communauté. »
Des cibles strictes, un plus pour l’industrie
Le rapport met aussi en lumière l’effet du désengagement politique envers les changements climatiques des dernières années sur les niveaux d’investissements en énergies renouvelables. « Même si ces technologies sont de moins en moins chères, les entreprises hésitent à investir parce que les politiques qui les entourent sont très imparfaites, surtout du point de vue de leur prévisibilité », souligne Marissa Beck.
« Les cibles de décarbonation inscrites dans la loi agissent comme une véritable étoile polaire pour l’industrie et les changements de cibles ont un fort impact négatif sur celle-ci », ajoute-t-elle.
Une mécanique qui passe par la réduction du risque des projets d’énergies renouvelables et d’amélioration du réseau électrique lié à la mise en œuvre de politiques telles que la tarification du carbone et les incitatifs fiscaux, d’après le rapport.
« La question n’est plus si on doit développer le réseau électrique, mais comment on doit le faire. »
Kate Hardland, Institut climatique du Canada
Une dimension où le Canada et ses provinces ont connu un grand recul dans les dernières années, avec l’abandon et l’affaiblissement de plusieurs politiques phares par le gouvernement fédéral, notamment en ce qui concerne la tarification du carbone.
Le Québec fait toutefois encore bonne figure du point de vue de la prévisibilité de ses politiques climatiques, malgré plusieurs reculs annoncés durant la dernière année, dont le report de ces cibles de réductions de gaz à effet de serre de 2030 à 2035. « Il faut rappeler que le fait que le marché du carbone du Québec soit commun à celui de la Californie augmente de beaucoup la stabilité de ses politiques par rapport à celles des autres provinces », explique Marissa Beck.
