Plus de 200 résidences privées pour ainés auraient fermé au Québec ces deux dernières années. | Photo : Etan J. Tal (CC BY 3.0))
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Des RPA en danger, mais ignorées par les partis

Alors que les résidences privées pour aîné·es subissent des fermetures à répétition, la CAQ et le Parti conservateur ne pensent pas que le prochain gouvernement devrait intervenir directement.

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Rachats douteux, fermetures à répétition, gouffres financiers : les résidences privées pour aîné·es (RPA) sont aussi touchées de plein fouet par la crise du logement au Québec. Mais certains partis ignorent leurs appels à l’aide, préférant que le prochain gouvernement n’intervienne pas dans des cas comme celui du Mont-Carmel, où les locataires sont menacé·es de tout perdre.

« On a vu ce qu’un changement de vocation comme celui [de la RPA] du Mont-Carmel a créé comme anxiété chez les locataires », constate le directeur des affaires publiques et juridiques du Réseau québécois des OSBL d’habitation (RQOH) Jacques Beaudoin. Depuis le rachat de la résidence privée au début de l’année, ses locataires mènent une bataille judiciaire avec le nouveau propriétaire qui cherche à mettre fin aux services de la RPA et à augmenter le coût du loyer.

Les résident·es du Mont-Carmel ne sont pas les seul·es à subir les pressions de leur nouveau propriétaire suite au changement d’affectation de leur résidence. Selon les chiffres du RQOH, plus de 200 RPA auraient fermé au Québec ces deux dernières années. « On n’a jamais vu ça », constate le directeur des affaires publiques et juridiques du RQOH, Jacques Beaudoin. 

La porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) Véronique Laflamme s’alarme elle aussi de la situation des aîné·es : « Ils vivent des drames épouvantables et sont en détresse. Ils sont complètement abandonnés ».

Jacques Beaudoin sonne l’alarme : « Les RPA n’ont plus d’argent, sont en faillite et accumulent des déficits ». La hausse des loyers, des coûts d’exploitations et le manque de main-d’œuvre ont eu raison de la pérennité des résidences, incapables de survivre dans un tel contexte.

« Pendant ce temps, de grandes RPA en milieu urbain continuent d’ouvrir. Mais qui est capable de se les payer? », questionne M. Beaudoin.

« Les personnes âgées à faible revenu ne sont pas capables d’y vivre », poursuit-il. Ainsi, « les grosses RPA qui ouvrent ne règlent pas la situation des petites qui ferment ».

« Dire qu’on a un plan préétabli : c’est faux »

Cinq candidat·es des principaux partis ont pu défendre leur programme lundi, lors d’un débat organisé par les organismes du milieu du logement.

Questionné·es sur les possibilités d’intervention du prochain gouvernement pour empêcher les fermetures de RPA et éventuellement les transformer en résidences sans but lucratif et communautaires, « aucun n’a vraiment répondu » sur la manière dont ces résidences communautaires seraient soutenues et financées par le nouveau gouvernement, selon M. Beaudoin.

Les candidat·es péquiste, libérale et solidaire se sont néanmoins dit·es favorables à transformer les RPA menacées de fermeture en résidences communautaires et sans but lucratif, afin d’empêcher des changements de vocation. Ils ont aussi assuré vouloir protéger les résidences des hausses des loyers. Mais les organismes réclament des mesures plus détaillées.

Du côté de la CAQ et du Parti conservateur (PCQ), l’engagement est plus modéré : leurs représentantes ne se sont pas engagées à intervenir directement pour empêcher ou prévenir des fermetures.

Le PCQ n’a pas encore dévoilé de propositions concernant les RPA. La candidate conservatrice de la circonscription de Bourassa-Sauvé, Carmel-Antoine Bessard, a affirmé se préoccuper de la situation, mais en ajoutant : « de là à dire qu’on a déjà un plan préétabli : c’est faux ».

La représentante caquiste s’est quant à elle contentée de faire le bilan du gouvernement sortant. « J’étais rassurée de voir que le gouvernement de la CAQ faisait des aînés l’une de ses priorités », a avancé la candidate dans Anjou-Louis-Riel, Karine Boivin-Roy. Elle a assuré que son parti « [était] allé protéger les aînés », notamment grâce à l’adoption, en juin dernier, du projet de loi 37, qui encadre la manière dont les propriétaires peuvent hausser les loyers lorsqu’un établissement hébergeant des aîné·es changent de fonction.

Mais Véronique Laflamme juge les engagements de la CAQ les plus minces après ceux des conservateurs, « complètement déconnectés de la réalité ».

Après l’abandon du programme AccèsLogis par la CAQ, le nouveau Programme d’habitation abordable du Québec (PHAQ) adopté l’hiver dernier met de côté la construction de logements sociaux et communautaires, dont les OSBL d’habitation pour les aîné·es. Jacques Beaudoin déplore que certains projets de changement de vocation de résidences, de privé à social, stagnent depuis le remplacement d’AccèsLogis par le PHAQ.

« C’est ironique, car la CAQ fait campagne sur les aîné·es en disant vouloir les protéger contre la hausse du coût de la vie. Mais elle semble très peu se préoccuper de leur sort dans les RPA, dont le parc se rétrécit à vue d’œil », réagit la porte-parole du FRAPRU.

Des résidences sans but lucratif et subventionnées

Selon Jacques Beaudoin, « il devrait y avoir un soutien gouvernemental pour que l’organisme qui exploite la résidence soit sans but lucratif », afin d’éviter que de nouveaux propriétaires les changent d’affectation. 

Mais M. Beaudoin juge aussi que l’idée de socialiser les RPA qui sont au bord du gouffre financier est « trop rapide ». Si la transformation de ces résidences en OSBL ou coopératives d’habitation est une bonne chose pour empêcher les changements d’affectation, les résidences ne seront « pas plus viables financièrement », s’inquiète-t-il. Une fois transformés, ces modèles d’habitations sont parfois eux-mêmes des gouffres financiers.

Selon M. Beaudoin, l’enjeu principal du prochain gouvernement sera non seulement d’investir dans les résidences sans but lucratif et communautaires, mais surtout d’assurer leur viabilité grâce à des programmes de subventions.