Reportage

Le nouveau propriétaire rend la vie de plus en plus difficile au Mont-Carmel

Les locataires dénoncent les pressions exercées par le nouveau propriétaire, qui coupe dans les services de base de la résidence pour aîné·es.

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Malgré une décision de la Cour supérieure du Québec qui oblige le propriétaire à maintenir les services aux ainé·es, la situation se dégrade à la résidence du Mont-Carmel. Tapis arrachés, perte de locaux communautaires et inquiétude pour la sécurité : les locataires de la résidence privée pour ainé·es certifiée (RPA) dénoncent les pressions exercées par le nouveau propriétaire.

Les résident·es de la RPA du Mont-Carmel mènent une bataille judiciaire contre le nouveau propriétaire. Rappelons qu’en janvier dernier, ils et elles avaient reçu un avis annonçant la fin des services de RPA au 31 juillet 2022, avec une augmentation de loyer en prime. Le 27 juillet, la Cour supérieure a ordonné que la certification soit renouvelée et maintenue temporairement jusqu’au prochain rendez-vous en Cour, le 19 septembre prochain.

« Une nouvelle firme est arrivée le 1er août », explique Suzanne Loiselle, membre du comité des résident·es du Mont-Carmel. Cette firme, Leyad, gère maintenant le bâtiment. Elle appartient à Henry Zavriyev, un spéculateur immobilier, qui est également propriétaire de l’immeuble.

Locaux communautaires vidés

« Ça s’est accéléré, la catastrophe », soupire Suzanne Loiselle. « Eux autres, leur agenda, c’est : fini la RPA! »

Le premier matin, la première action des employé·es de Leyad a été de retirer les chaises devant les ascenseurs à tous les étages, rapporte-t-elle. Depuis, les tapis ont également été enlevés dans les corridors. Ces changements causent des difficultés aux résident·es ayant des problèmes de mobilités.

Des espaces communautaires ont aussi été fermés. « Les locaux communs, dont la salle des loisirs, ça fait partie des exigences d’une RPA », explique pourtant Mme Loiselle. La salle des loisirs et le salon de l’amitié ont été vidés.

Le salon de l’amitié après qu’il ne soit vidé. | Photo : Oona Barrett

Le salon de l’amitié était important, car c’était le seul lieu qui permettait aux locataires de se réunir toutes les semaines, souligne-t-elle. Le 29 août, cette salle a été vidée. « Ils ont tout défait! Ils ont enlevé les chaises, ils ont tout enlevé », dit Mme Loiselle, exaspérée.

Le salon de l’amitié avant qu’il ne soit vidé. | Photo : Mercédez Roberge

Au même moment, le propriétaire a également vidé le local servant de chapelle, explique la résidente. « Il y a des personnes âgées qui sont bouleversées par ça. Où est-ce qu’ils ont mis le matériel? Je ne sais pas. »

Les résident·es déplorent également que le propriétaire ait entreposé pêle-mêle dans un garage les casse-têtes et jeux appartenant à l’Association des résident·es. Le même sort a été réservé à des livres et revues qui se trouvaient dans les locaux maintenant fermés : ils ont été entreposés dans un local, car il n’y avait plus de place dans la bibliothèque.

Matériel de la salle des loisirs empilé dans le garage. | Photo : Mercédez Roberge

La bibliothèque est le seul local de loisir qui n’a pas encore été touché.

« C’est de la violence envers des personnes âgées qui voient leur milieu de vie se défaire comme un nœud coulant », dit Mme Loiselle.

La salle des loisirs vidée de son contenu. | Photo : Mercédez Roberge

Inquiétude pour la sécurité

Assurer la sécurité des résident·es fait partie des obligations d’une RPA. Depuis l’arrivée de Leyad, les résident·es rapportent que la réception a souvent été laissée vacante. Certains visiteurs ont eu de la difficulté à entrer alors qu’à d’autres moments, la porte aurait été laissée grande ouverte, sans surveillance.

« C’est rendu au point que quelqu’un a trouvé une personne itinérante à sa porte », rapporte Mme Loiselle. En effet, dans un journal de bord qui recense les observations des résident·es et que Pivot a pu consulter, une locataire raconte avoir entendu quelqu’un tenter de forcer la poignée de la porte de son logement, au petit matin. Lorsque la locataire est allée voir, l’individu s’est sauvé et la locataire a noté une flaque d’urine au sol.

« Je pense constamment à ce qui nous arrive et les journées deviennent ainsi de plus en plus longues. »

Un résident s’inquiète que depuis deux semaines, sa pression artérielle, habituellement bien contrôlée, soit de plus en plus haute. Le stress causé par les événements récents nuit également à son sommeil. Dans le journal de bord, on peut lire : « Je pense constamment à ce qui nous arrive et les journées deviennent ainsi de plus en plus longues. »

Portes d’entrée ouvertes. | Photo : Mercédez Roberge

Leyad n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

Les résident·es du Mont-Carmel seront de retour en Cour supérieure le 19 septembre prochain, toujours en vue d’obtenir le maintien permanent des services de RPA. La Cour devra décider si elle accepte de traiter ce cas, ou si le dossier doit plutôt aller au Tribunal administratif du logement.

Correction 8/09/2022: L’article a été modifié pour corriger le prénom de Mme Loiselle.