Michael Rousseau

Michael Rousseau, le PDG d’Air Canada, émet à lui seul plus de 1000 tonnes de CO2 par an

Est-ce acceptable alors que les émissions doivent passer à deux tonnes par habitant et par an pour éviter une catastrophe climatique?

Le mépris de Michael Rousseau pour le français a fait couler des litres d’encre. Alors que la COP26 vient de prendre fin, l’occasion est bonne pour rappeler qu’il y a une autre raison de s’indigner : le dirigeant d’Air Canada fait partie de la petite clique de super-riches qui font brûler la planète avec égoïsme et désinvolture. Pendant ce temps, les jeunes cherchent des façons d’arrêter le désastre, songeant même à ne pas avoir d’enfants.

Rappelons que prendre l’avion est la façon la plus rapide de faire griller la planète. L’aviation est responsable d’au moins 6% du réchauffement climatique, une fois pris en compte les émissions de CO2 et les sous-produits comme la suie, qui noircit les banquises, et les traînées de condensation, ces cirrus artificiels qui emprisonnent la chaleur. Sauf exception, voyager en avion est un luxe, pas un besoin essentiel. Chaque année, seulement 2% à 4% de la population mondiale prend un vol international. Les plus riches, eux, prennent l’avion plusieurs fois chaque année; 1% de la population mondiale est responsable de 50% des émissions engendrées par l’aviation.

Michael Rousseau fait partie de cette poignée de privilégiés. D’autres que lui, au Canada, sont beaucoup plus riches, mais il est bel et bien membre de la caste des particuliers touchant plus d’un million de dollars par année. Une caste qui, au Québec, compte 0,06% de la population

Or, l’argent que l’on a, on le dépense. Il y a un lien direct entre le revenu d’une personne et ses émissions de GES.

Pour se donner un ordre de grandeur, on peut rapprocher le revenu et l’émission de GES. Le revenu moyen des Canadien.nes s’élève à environ 50 000$. Selon Environnement Canada, chaque Canadien.ne émet en moyenne une vingtaine de tonnes de GES par année (725 millions de tonnes d’équivalent CO2 pour une population de 38 millions d’habitants). Cela signifie une tonne de GES pour chaque tranche de revenu de 2500$.

En 2019, Calin Rovinescu, le prédécesseur de Michael Rousseau à la tête d’Air Canada, a vu sa rémunération totale grimper à 11,5 millions de dollars. Cette année-là, Rousseau a eu droit à 4,4 millions, en tant que chef de la direction financière. Ses revenus ont baissé en 2020 en raison de la pandémie et de la chute du trafic aérien. Mais depuis, il est devenu le PDG. On peut estimer sans grand risque d’erreur que sa rémunération annuelle sera désormais d’au moins 4 millions de dollars. Cela se traduirait par des émissions annuelles de 1600 tonnes de GES (ou plus de 1000 tonnes de CO2, les autres GES incluant le méthane, l’oxyde d’azote, etc.)

Des revenus annuels supérieurs à un million de dollars permettent d’habiter de vastes demeures, comme l’ancienne résidence de Rousseau à Oakville, en Ontario, un véritable manoir de 8000 pieds carrés (en incluant le sous-sol) comptant cinq chambres à coucher, six salles de bains, un garage de trois portes, une piscine creusée, etc. (Sa résidence actuelle, à Saint-Lambert, est moins somptueuse, mais bien assez spacieuse pour abriter deux ou trois familles…)

Les ultra-riches et le climat

Au Canada comme dans bien des pays, notre esprit a été tellement intoxiqué par l’apologie de la richesse qu’un tel train de vie choquera bien peu de personnes. Ce serait plutôt le contraire.

La culture dominante nous amène à admirer et à envier la richesse. Mais les mentalités pourraient changer très vite, alors que la population prend de plus en plus conscience que la consommation outrancière de l’énergie et des ressources de la planète mène à sa destruction.

En marge de la COP26, Oxfam soulignait une fois de plus les inégalités de consommation et d’émissions de GES. L’année dernière, l’ONG exposait la responsabilité des Canadiens les plus riches dans le réchauffement planétaire: « Les 1 % les plus riches de la population canadienne ont une empreinte carbone moyenne par habitant 8 fois plus grande que celle des 50 % les plus pauvres du pays et 100 fois plus grande que les 50 % les plus pauvres de la planète. »

Les ultra-riches qui aggravent la crise climatique, qui mentent à la population sur les conséquences de leurs décisions et qui, sur un plan personnel, émettent plus de 1000 tonnes de CO2 chaque année risquent un jour de se voir affublés de l’étiquette de « criminels du climat ». La grogne monte, y compris chez les scientifiques et dans les publications des Nations Unies ou de ses agences.

Ce ne sont pas seulement les magnats du pétrole, leurs mensonges éhontés et leur déni organisé de la crise climatique qui sont mis en cause (y compris par Joe Biden, qui s’est montré favorable à des poursuites judiciaires), mais aussi les dirigeants des corporations qui carburent aux énergies fossiles. Le secteur de l’aviation est entièrement dépendant de ces énergies. Lors d’un dîner au Cercle canadien, Calin Rovinescu a pris la défense de l’industrie pétrolière canadienne en termes véhéments : « Nous devons construire des pipelines! » s’est-il exclamé sur un ton militant. « Ils stimulent notre économie. Il faut régler ça une fois pour toutes. Dans l’Ouest comme dans l’Est. » Il se plaignait du poids « exorbitant » des taxes d’aéroports, des frais de sécurité… et de la taxe carbone.

Air Canada publie régulièrement des communiqués affirmant se dévouer au développement de « technologies de carburant d’aviation durable, d’élimination du carbone et de décarbonisation ». Un piège de relations publiques dans lequel tombent les médias. En pratique, la compagnie est en train de renouveler sa flotte avec des dizaines d’Airbus, de Boeing 707 et de Boeing 737 Max, qui voleront uniquement ou essentiellement avec du kérosène pendant plus de 25 ans, sinon 30 ans.

Air Canada est membre de l’IATA (Association du transport aérien international), puissant lobby de l’aviation qui a une grande influence sur l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale), une agence des Nations Unies dont le siège est également à Montréal. Ce lobby s’exerce aussi directement sur les gouvernements.

Sous sa pression, le Canada et d’autres pays ont signé la International Aviation Climate Ambition Coalition le 10 novembre, au cours de la COP26. Ils s’engagent à limiter les émissions de l’aviation avec des carburants verts inexistants… ou pervers (les biocarburants stimulent la déforestation ou remplacent la culture de plantes alimentaires) et à recourir à des crédits carbone aussi inutiles que funestes (qui entraînent parfois l’expulsion des habitants des forêts tropicales). Greenpeace a aussitôt dénoncé ce programme et demandé, pour la énième fois, de réduire de façon draconienne les vols d’avion.

C’est évidemment une mesure que combat Air Canada : « la réduction du nombre de vols et les restrictions touchant le parc aérien ne sont pas envisageables relativement à la croissance », indique la compagnie dans un mémoire intitulé L’Industrie du transport aérien en tant que moteur de développement économique.

L’immoralité des super-riches n’a pas de limites. En 2020, le gouvernement canadien a accordé 5,4 milliards en prêts à Air Canada, qui avait vu ses revenus chuter à cause de la pandémie. Les dirigeants de la compagnie se sont empressés de se verser des primes, alors qu’ils avaient mis à pied des centaines d’employés. Devant le tollé, ils ont finalement dû y renoncer.

Faut-il cesser d’avoir des enfants ? ont demandé des participants à une récente conférence de Julia Steinberger, autrice principale du GIEC, et Éric Pineault, chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement (UQAM). « Je suis pour la réduction de la population mondiale (silence)… des milliardaires », a répondu Mme Steinberger. Elle aurait pu ajouter : des millionnaires aussi… surtout quand ils dirigent des compagnies qui font griller la planète.

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