La reprise discrète de la COVID-19

Julien Simard Chroniqueur · Pivot
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La reprise discrète de la COVID-19

L’attendiez-vous, ce retour prévisible et saisonnier de la COVID?

Après une bonne accalmie depuis la mi-avril, les indicateurs ont recommencé à monter sérieusement. La mesure des eaux usées effectuée par l’Institut national de santé publique (INSPQ) indique une hausse exponentielle de la prévalence de la COVID-19 à Montréal.

Les données sur la COVID-19 au Québec sont très imparfaites en ce qui concerne les cas confirmés, car elles sont restreintes au milieu de la santé, mais elles nous montrent une tendance haussière des hospitalisations liées au virus, qui atteignent maintenant près de 1000 personnes, soit à peu près le niveau de mars 2022. Le taux de positivité est également en hausse marquée depuis juin.

Dur à dire si cette vague plafonnera, ou si elle continuera de s’étendre jusqu’aux fêtes, comme les dernières années.

Désinformation d’État

Dans tous les cas, il aurait fallu faire un point de presse, quelque chose!

Rappeler que le virus se transmet dans l’air – non, le gouvernement n’osera jamais –, qu’il est important de se tester et surtout de ne pas fréquenter des lieux clos ni même sortir de la maison si on est infecté·es et positif·ves, ce que beaucoup de gens semblent avoir oublié…

Ou alors, peut-être a-t-on affaire à une certaine désinformation de la part du gouvernement? En effet, ce dernier recommande aux gens infectés de « porter un masque » et de « garder ses distances avec les autres » et « d’éviter les évènements sociaux non essentiels », ce qui veut dire, au fond, que le gouvernement trouve normal que vous assistiez à des évènements essentiels en étant malades et symptomatiques.

Qui le gouvernement blâmera-t-il cette fois pour s’exonérer de ses responsabilités?

Des informations aussi vagues ne servent pratiquement à rien. D’abord, le port du masque chirurgical, même s’il est mieux que rien, ne vaudra jamais le KN95 en matière d’efficacité.

Ensuite, le gouvernement ne mentionne nulle part, de manière claire, qu’il faut éviter de respirer le même air que d’autres personnes non infectées. « Garder ses distances » reste très métaphorique quand il s’agit en fait d’éviter d’envoyer des micro-particules invisibles de virus dans l’air d’un endroit donné. On recommande encore de « tousser dans son coude », comme si cette mesure évitait de répandre des aérosols. Le paradigme de la « gouttelette », archaïque et dépassé, guide encore les mesures à suivre.

Heureusement, à quelques endroits, les autorités semblent avoir intégré timidement une compréhension du comportement des aérosols, en recommandant « d’aérer les pièces » lors d’une visite auprès d’une personne vulnérable.

Se donner les moyens

Une récente lettre publiée dans Pivot par Lyne Filiatrault et Nancy Delagrave indiquait qu’il faut se méfier des réinfections. Chaque fois qu’une personne attrape le virus, le système immunitaire semble s’affaiblir assez durablement.

Comment limiter la propagation, alors? La réponse passe encore une fois surtout par les tests.

Or, le gouvernement fédéral posséderait dans ses entrepôts plus de 39 millions de tests rapides. Pourquoi ne pas les transférer gratuitement aux provinces? Québec, de son côté, en possède 65 millions. Quelle proportion de ces tests passera date avant la fin de l’année? Impossible à savoir, encore une fois.

Il aurait fallu faire quelque chose.

Le fait qu’il faille généralement payer pour des tests rapides, au Québec, doit certainement limiter la capacité de la population à se tester, et donc à prévenir la propagation de la COVID-19.

Je n’appellerai jamais au retour des mesures liberticides et inefficaces, de la répression, des couvre-feux, de la stigmatisation ou autres lubies autoritaires, au contraire.

Mais pour bien se protéger, il faut 1) de l’information fiable, 2) des moyens fiables, 3) des outils. Trois choses qui font malheureusement défaut au Québec en ce moment.

Quand craqueront les urgences                     

La question qu’il faut se poser est la suivante : que ferons-nous si les urgences débordent à nouveau cet hiver? Qui le gouvernement blâmera-t-il cette fois pour s’exonérer de ses responsabilités?

Et surtout, n’êtes-vous pas intéressé·es à avoir de meilleurs outils contre la COVID-19? Des filtres à air à haute efficacité dans les écoles?

Ce gouvernement ne fera rien s’il n’est pas forcé de le faire. Dommage que les syndicats, pourtant normalement assez réactifs sur les questions de santé et sécurité, dorment complètement au gaz. Ils auraient pu faire d’importants gains politiques en talonnant le gouvernement sur son inaction.