En route vers l’équité reproductive?

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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En route vers l’équité reproductive?

En réaction à l’élection de Donald Trump et dans un effort pour atteindre l’équité reproductive, plusieurs se soulèvent pour la gratuité de la contraception.

Au matin du 6 novembre, la pétition pour l’instauration de la gratuité contraceptive, déposée à l’Assemblée nationale le 26 septembre par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), avait cumulé à peine plus de 1500 signatures.

24 heures plus tard, la pétition avait atteint les 30 000 signatures et, au moment d’écrire ces lignes, elle dépasse les 86 000 noms.

Dans ma chronique réagissant à la défaite de Kamala Harris et à la menace que font planer l’élection de Donald Trump et la montée des discours masculinistes sur les droits et libertés des femmes, j’écrivais qu’il fallait avoir confiance en la solidarité et la résistance, qui trouvent toujours des voies de passage.

Cet élan n’aura pas pris de temps à se mettre en place.

Déjà, la résistance

Au lendemain de la présidentielle, de nombreuses Américaines ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour encourager les femmes à prendre de l’avance pour se protéger contre les potentielles lois portant atteinte à l’équité reproductive, par exemple en se faisant poser un stérilet ou en prenant l’initiative de déjà le remplacer s’il approche sa date d’expiration.

Plusieurs craignent en effet que Trump, après avoir livré une dure bataille contre l’accès à l’avortement lors de son premier mandat à la Maison-Blanche, ne continue maintenant en portant atteinte à l’accès à la pilule contraceptive.

Il faut avoir confiance en la solidarité et la résistance, qui trouvent toujours des voies de passage.

Au Québec, la conjoncture de l’élection de Trump et de l’avance des conservateurs dans les intentions de vote selon de récents sondages a encouragé Élisabeth Labelle à prendre la parole dans une vidéo pour encourager les gens à signer la pétition de la FQPN pour l’instauration de la gratuité contraceptive au Québec, dans le but de mettre en place tous les remparts possibles pour garantir le droit des femmes de disposer de leur corps librement.

Tout assommé·es que nous étions par la défaite de Kamala Harris, l’initiative d’Élisabeth Labelle et la réponse populaire immédiate rappellent la puissance de la solidarité et de l’action militante. Malgré un sentiment d’impuissance légitime devant ce qui se passe chez nos voisins du Sud, nous avons encore la possibilité de poser des gestes concrets de prévention pour tenter de protéger les droits des femmes et avancer vers l’équité reproductive, ici au Québec.

Pour l’équité reproductive

Ce n’est pas un secret, la charge contraceptive qui pèse sur les femmes contribue à accroître les iniquités de genres sur plusieurs plans (charge mentale, monétaire, etc.). Les grossesses non planifiées engendrent aussi des conséquences importantes pour le système public tout comme pour les femmes enceintes.

L’accès à la pilule contraceptive constitue un véritable enjeu de santé publique, d’autant plus que plusieurs femmes l’utilisent comme soin de santé pour répondre à diverses conditions médicales.

En outre, même si le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé plus tôt cette année vouloir instaurer la gratuité de la contraception au Canada, il persiste une urgence de rendre gratuite la contraception au Québec, selon la co-porte-parole de Québec solidaire (QS) Ruba Ghazal, qui parraine la pétition de la FQPN. Rien ne garantit en effet que le gouvernement libéral minoritaire restera au pouvoir suffisamment longtemps pour mettre en place son programme ni que les provinces – qui détiennent les compétences en matière de santé – accepteront son implantation.

Les prochains mois nous éclaireront sur la sincérité du gouvernement caquiste en matière d’équité contraceptive et reproductive.

Et puisqu’il faut toujours, pour les légitimer, rappeler que les mesures pour atteindre l’égalité des genres sont rentables, soulignons que selon la FQPN, chaque dollar investi en contraception peut faire économiser jusqu’à 90 $ de dépenses publiques.

En fait, selon une projection de QS concernant la mise en place d’un programme de gratuité de la contraception semblable à celui adopté par la Colombie-Britannique en 2023, investir les 48 millions $ nécessaires à son implantation pourrait faire économiser plus de 70 millions $ chaque année à la province de Québec.

La CAQ veut protéger l’accès à l’avortement

Dans la foulée de la pétition devenue virale, du contexte politique américain et de la crainte manifeste de plusieurs femmes en matière de santé reproductive si le pouvoir fédéral changeait de mains aux prochaines élections, la ministre responsable de la Condition féminine au Québec Martine Biron a présenté cette semaine le Plan d’action gouvernemental sur l’accès à l’avortement.

Le plan d’action prévoit notamment lutter contre la désinformation entourant l’avortement, encourager la recherche et accroître l’accès aux cliniques d’avortement à l’extérieur de Montréal, puisque les délais de traitement sont inégaux selon les régions.

Il faut mettre en place tous les remparts possibles pour garantir le droit des femmes de disposer de leur corps librement.

La FQPN a accueilli favorablement cette annonce, écrivant que le plan semble proposer « des actions concrètes pour améliorer l’accès aux services d’avortement » et parait favoriser une plus grande justice reproductive. En attendant la mise en œuvre de ce plan, les prochains mois risquent de nous éclairer davantage sur la sincérité du gouvernement caquiste en matière d’équité contraceptive et reproductive.

D’ici là, la pétition pour l’instauration d’un programme d’accès gratuit à la contraception sera déposée le 25 novembre prochain à l’Assemblée nationale par Ruba Ghazal. La FQPN espère atteindre entretemps les 100 000 signatures pour envoyer un message fort au gouvernement.