Gaza s’enfonce dans une catastrophe humanitaire et sanitaire sans précédent, où l’effondrement du système de santé coïncide avec une aggravation rapide de la crise alimentaire et une hausse continue du nombre de victimes.
Selon des sources médicales dans la bande de Gaza, le bilan de l’agression israélienne a atteint 72 302 morts et 172 090 blessés depuis le 7 octobre 2023, dont 7 martyrs et 17 blessés au cours des dernières 24 heures. Depuis le cessez-le-feu du 11 octobre 2025, 723 personnes ont été tuées, 1 990 blessées, tandis que 759 corps ont été extraits des décombres, preuve que même après la guerre, la mort continue de surgir sous les ruines.
Un système de santé au bord de l’effondrement
Le ministère palestinien de la Santé à Gaza alerte sur une situation « dangereuse et sans précédent », résultat d’une guerre prolongée et d’un blocus strict qui ont considérablement réduit la capacité des hôpitaux à assurer les soins essentiels.
Le Dr Alaa Helles indique que cette pénurie menace directement plus de 10 000 interventions chirurgicales, faute de médicaments et de fournitures médicales.
Les chiffres illustrent l’ampleur de la crise :
- 321 médicaments essentiels indisponibles (52 % de déficit)
- 710 fournitures médicales totalement épuisées (71 % de déficit)
Dans les services vitaux :
- 38 % de déficit dans les soins d’urgence et de réanimation
- 200 000 patients privés de soins d’urgence
- 100 000 patients privés d’interventions chirurgicales
- 700 patients sans accès aux soins intensifs
La pénurie de traitements pour les maladies chroniques atteint 70 %, privant au moins 1 000 patients de soins, certains étant déjà décédés faute de traitement.
La quête d’un médicament devenue un combat quotidien
Pendant neuf heures consécutives, Moataz Aziz, 44 ans, souffrant de myasthénie grave, a parcouru des pharmacies et cliniques à Khan Younis à la recherche d’un médicament essentiel pour sa maladie chronique. Son état s’est gravement détérioré en raison de l’indisponibilité des médicaments et du manque de traitements appropriés, ce qui l’a obligé à se rendre à l’hôpital Al-Amal. Son cas n’est plus exceptionnel, mais reflète désormais une réalité quotidienne pour des milliers de patients dans la bande de Gaza. Il raconte : « Je vis dans un état de peur et d’inquiétude constant. Je passe des heures à chercher une dose, sans résultat. Les médecins m’ont averti que toute interruption pourrait mettre ma vie en danger à tout moment. »
Selon des spécialistes, cette situation constitue une forme de guerre silencieuse contre les patients, les exposant à des complications graves pouvant être fatales.
Cette situation ne se limite pas à la pénurie de médicaments. Elle s’inscrit dans une crise plus large, où l’accès à la nourriture devient, lui aussi, un défi quotidien.
Une crise alimentaire qui s’aggrave, sur fond de crainte d’un retour de la famine.
Alors que la pénurie de médicaments continue de menacer des milliers de patients, l’accès à la nourriture est, lui aussi, devenu un combat quotidien pour la population de Gaza. Bien que l’accord de cessez‑le‑feu prévoie l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour, aucun jour depuis le début de la trêve n’a atteint ce niveau, et les données des Nations Unies indiquent que le nombre réel reste en moyenne bien en dessous de cet objectif.
Dans les marchés qui ont réémergé au milieu des destructions, les produits disponibles sont principalement transformés : pâtes, conserves, boissons sucrées et aliments industriels, avec une valeur nutritionnelle limitée. Les fruits et légumes frais sont rares et coûteux, tandis que les sources de protéines, comme la viande, les œufs et les produits laitiers, sont presque inexistantes.

La viande reste inaccessible pour la majorité de la population, en raison des restrictions qui empêchent son entrée dans le cadre de l’aide humanitaire. Elle n’est disponible que via des importations commerciales à des prix très élevés : un kilo de poulet congelé atteint environ 80 shekels (25 dollars), un coût hors de portée dans une économie dévastée. Dans ce contexte, il devient parfois plus facile d’acheter du chocolat que des œufs, ou des boissons industrielles que du lait. Face à cette situation, la crainte d’un retour de la famine grandit, notamment chez les familles les plus vulnérables, déjà fragilisées par des mois de privations.
Mona Abou Awda, 30 ans, mère de trois enfants, dont le mari est porté disparu depuis le début de la guerre, raconte : « Je ne sais toujours pas ce qu’il est devenu. Chaque jour, j’attends de connaître son sort. Je n’ai pas de travail et je dois subvenir seule aux besoins de ma famille. Je rêve seulement de pouvoir acheter de la viande pour mes enfants, mais c’est impossible. La peur de la faim et de ne pas pouvoir nourrir mes enfants ne me quitte jamais. »
Mona n’est pas seule. Des milliers de personnes sont portées disparues depuis le début de la guerre, laissant de nombreuses familles dans l’angoisse et la pénurie alimentaire. C’est la réalité quotidienne de beaucoup de Gazaouis, où la faim et l’incertitude pèsent sur chaque foyer.
Avec l’approche de l’été, une grave crise environnementale et sanitaire s’aggrave dans les camps de déplacés de la bande de Gaza. L’accumulation massive de déchets, l’absence de collecte régulière et la prolifération d’eau stagnante et d’eaux usées autour des tentes ont créé un terrain idéal pour les mouches, les moustiques et les rongeurs.

« La vie dans les camps est devenue une veille nocturne. Je reste éveillée pour protéger mes enfants et nos provisions. Les rongeurs ne sont pas le seul danger : les insectes provoquent également des piqûres douloureuses et des maladies de peau irritantes. »
Rats et rongeurs envahissent les tentes sans pitié, s’emparant du moindre recoin. Les familles ne dorment plus, passant leurs nuits à veiller sur leurs enfants, terrorisées, craignant d’être attaquées par ces petites bêtes.
Le pire que j’ai entendu parmi les tentes : un énorme rat serait entré dans la tente d’un homme âgé diabétique et aurait commencé à lui ronger le pied sans qu’il s’en aperçoive, un récit qui m’a rempli d’une peur et d’une horreur inimaginables. Les rongeurs ne s’arrêtent pas là : ils dévoreraient les provisions des familles, menaçant leur survie et aggravant leurs souffrances quotidiennes. Les ordures s’accumulent, les tentes sont déchirées et délabrées, et les insectes et les scorpions y pénètrent sans entrave. Dans ce chaos, les rats règnent en maîtres, tandis que la faim, la maladie et la peur restent omniprésentes.
Où est le monde face à tant d’horreurs? Comment peut-on laisser l’humanité dans une telle situation? Ici, la vie quotidienne est suspendue entre la peur, la faim et la maladie, illustrant l’urgence humanitaire extrême qui frappe Gaza.
