Marche climat MontrealMarche pour le climat du 27 septembre 2019, à Montréal | Photo : Rebecca Lessard (CC BY 2.0)

Justice climatique : « Si ça prend un appel à la grève sociale, ça va être ça »

Les urgences écologiques et sociales sont intimement liées. Les syndicats doivent s’engager dans les questions environnementales pour garantir une transition socialement juste, selon la nouvelle organisation Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique.

Un tout nouveau groupe écologiste vient de voir le jour, réunissant des membres de syndicats qui souhaitent « brasser la cage » de leurs organisations pour qu’elles contribuent davantage à la lutte environnementale. Le programme de Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) va de la sensibilisation… à la grève sociale. Pivot a discuté avec Claire Dumouchel, l’une des membres fondatrices du groupe.

La grande marche pour le climat du 27 septembre 2019 avait réuni près d’un demi-million de personnes dans les rues de Montréal. Mais, peu de temps après, la pandémie a soudainement envoyé un dur coup à la mobilisation écologiste québécoise. Elle s’est retrouvée quasiment paralysée.

Tout indiquait pourtant que la volonté d’agir était sérieuse dans la population. C’étaient non seulement des associations étudiantes qui s’étaient mises en grève le 27 septembre, mais aussi plusieurs syndicats locaux. C’est-à-dire que des travailleur·euses s’étaient permis de défier la loi pour tenir une rare journée de « grève sociale ».

C’est dans l’espoir de donner un nouveau souffle à cette détermination collective qu’a été créée l’organisation Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique. L’initiative est née de conversations entre des personnes issues de toutes sortes de milieux de travail, avec le soutien du mouvement citoyen La Planète s’invite au parlement.

Son objectif : stimuler et coordonner la participation du monde du travail dans les prochaines mobilisations environnementales.

Une rencontre de fondation, le 21 novembre dernier, a réuni quelques dizaines de volontaires issu·es de nombreux secteurs allant de l’éducation à la construction. Toute personne membre d’un syndicat était la bienvenue, qu’elle soit élue ou non à un poste officiel. « On veut être le plus accessible possible, on souhaite être une organisation de la base », explique Claire Dumouchel, membre fondatrice de TJC et enseignante de psychologie au cégep.

« C’était encourageant de voir qu’autant de gens sont convaincus de l’importance de passer à l’action », témoigne Claire Dumouchel.

Le « pouvoir d’agir » à travers les syndicats

Pourquoi passer par les syndicats pour favoriser la mobilisation écologiste? D’abord, tout simplement, parce que ces organisations rejoignent de très nombreuses personnes aux profils variés, explique Claire Dumouchel. La stratégie, c’est aussi de s’engager dans « des structures importantes, des bonnes structures qui sont déjà là, plutôt que de réinventer la roue ».

Les syndicats, dans ce contexte, « c’est un pouvoir d’agir », croit la militante.

Évidemment, il peut être difficile de faire bouger d’aussi grosses organisations, qui sont parfois timides sur certains enjeux politiques. Le succès de la mobilisation « va vraiment dépendre de l’adhésion des membres de la base », estime Claire Dumouchel. C’est précisément là qu’intervient TJC. L’organisation veut sensibiliser les syndiqué·es et créer un mouvement assez important pour « brasser la cage » et « radicaliser les positions des centrales syndicales » sur la question climatique.

Dans les prochaines semaines, les membres de TJC vont plancher sur des revendications communes qui pourront être diffusées largement. Ils et elles rencontreront d’ailleurs ce dimanche des représentant·es des milieux étudiant et communautaire pour échanger à ce sujet. 

Mais il ne s’agit pas simplement de prendre position : TJC veut aussi favoriser la mobilisation concrète. La grève climatique est au centre de la stratégie de TJC, qui compte bien l’intégrer dans ses possibilités d’actions.

« Si pour faire avancer la cause environnementale, ça prend un appel à la grève sociale, ça va être ça », lance Claire Dumouchel.

En effet, la grève met de la pression sur les gouvernements et les entreprises, les forçant à poser certains gestes nécessaires à la lutte contre les changements climatiques. Elle permet aussi de libérer du temps pour que les travailleur·euses puissent participer aux actions citoyennes, comme lors de la manifestation du 27 septembre 2019.

La plupart des personnes présentes à la fondation de TJC ont confirmé qu’elles seraient prêtes à défendre des journées de grève auprès de leurs syndicats, rapporte Claire Dumouchel. Là encore, la détermination des militant·es est cruciale : « les centrales n’ont peut-être pas la capacité d’exiger que leurs membres prennent des risques avec la loi », convient l’enseignante. Mais les syndiqué·es ont déjà montré par le passé qu’ils et elles pouvaient lancer leur propre mouvement, rappelle-t-elle.

Cela dit, d’autres stratégies existent pour les travailleur·euses pour qui la grève ne serait pas une option. Les membres de TJC vont notamment se pencher sur des propositions de demandes écologistes pouvant être intégrées dans des conventions collectives. De plus en plus de syndicats obtiennent des clauses vertes dans les contrats de travail, grâce auxquelles les employeurs doivent par exemple rembourser une partie du coût des laissez-passer mensuels des employé·es qui choisissent d’aller travailler en transport en commun.

Pour une transition écologique juste

L’idée d’une mobilisation écologiste dans le monde du travail rencontre tout de même une certaine opposition. « On entend autant des collègues que des gens des centrales nous dire : “On n’est pas là pour faire de la politique, on est là pour parler de nos jobs!” Si ça ne concerne pas directement les salaires ou les conditions de travail, ça ne les intéresse plus », raconte Claire Dumouchel.

TJC veut convaincre ces sceptiques et leur montrer que les enjeux écologiques et syndicaux ne sont pas si indépendants qu’ils le semblent : c’est toute la question de la justice climatique.

La question climatique est une question de justice, et vice-versa, insiste Claire Dumouchel. « Ce ne sont absolument pas des vases clos. »

La mobilisation environnementale syndicale vise à s’assurer que la nécessaire transition écologique ne se fera pas sur le dos des travailleur·euses. C’est pourquoi l’idée de « transition juste » est déjà mise de l’avant par différents syndicats à travers le monde. Ceux-ci plaident pour que la transformation profonde de certaines industries polluantes se fasse sans détériorer les conditions de travail de milliers de personnes. Selon eux, il serait possible d’éviter cela en exigeant que les groupes syndicaux aient leur mot à dire sur les plans de transition écologique.

« Si on ne fait pas la transition comme il faut, ce sont encore ceux d’en bas qui vont payer », met en garde Claire Dumouchel. « Nous devons être proactifs par rapport aux changements qui vont inévitablement arriver, plutôt que de les subir. »

« La justice climatique, c’est aussi l’idée que les plus coupables de la crise climatique doivent assumer la responsabilité qui leur revient. Ceux qui consomment le plus et qui produisent le plus », précise l’enseignante.

« Il faut que ce soient les plus riches et les plus puissants qui payent », insiste-t-elle.

Enfin, « on sait que la crise écologique va augmenter les inégalités », explique la militante, puisque les plus démuni·es sont aussi les plus vulnérables aux conséquences négatives des changements climatiques. Lutter pour offrir de meilleures conditions de vie aux plus précaires serait donc l’une des principales manières de prévenir les pires aspects de la crise à venir.

« On a le choix entre établir la justice, ou alors faire face aux conflits sociaux » qui seront engendrés par les impacts inégaux des dérèglements du climat, résume Claire Dumouchel.

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