Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Le jeudi 11 septembre prochain au Club Soda aura lieu 12 femmes en colère : cabaret des connes, un spectacle littéraire qui traite de la violence que subissent les femmes lorsqu’elles s’expriment dans l’espace public. Onze femmes et un homme monteront sur scène. Au travers de lectures sérieuses entrecoupées de numéros d’humour, les organisatrices espèrent faire changer les attitudes et donner la force à d’autres de continuer à prendre la parole. Pivot s’est entretenu avec l’instigatrice du projet, la romancière et essayiste Mélikah Abdelmoumen.

Mise à jour : La production du Cabaret des connes s’est vue contrainte d’annuler les deux représentations prévues ce jeudi. Dans un communiqué, l’équipe se dit « désolée des inconvénients que cela pourrait causer et remercie le public de l’engouement que ce projet a suscité ». (08-09-2025)

Mélikah Abdelmoumen a elle-même cessé de prendre la parole à propos de sujets politiques sur les réseaux sociaux durant une longue période à la suite d’un déferlement de haine en ligne.

« Dans mon cas, ça m’est arrivé pour un tweet, à l’époque où j’étais encore sur Twitter et où je m’étais prononcée sur les élections québécoises », se remémore-t-elle.

Elle se souvient aussi qu’un autre commentateur masculin avait tenu des propos identiques. « Il n’a eu aucun ennui, et moi, j’ai eu un billet de blogue pour me faire traiter de détesteuse du Québec », raconte-t-elle.

Ce billet de blogue, écrit par un chroniqueur nationaliste bien connu, lui a valu une avalanche de propos haineux, allant jusqu’à des menaces de mort.

Ce phénomène de violence en ligne est omniprésent et cible tout particulièrement les femmes, souligne l’autrice. « J’ai l’impression que quand on est une femme, et plus encore quand on est une femme appartenant à une minorité, on n’est pas ciblée de la même façon que quand on est un homme », constate Mélikah Abdelmoumen.

Cette réalité fait en sorte que beaucoup de femmes s’autocensurent « parce que c’est trop violent. Parce qu’à un moment donné, tu dis “j’ai peur pour ma famille, j’ai des enfants, j’ai peur pour ma sécurité” », explique-t-elle.

« On se fait souvent dire qu’on est violentes de dire qu’on se fait violenter », déplore l’essayiste. « Ou sinon, on se fait dire qu’on a juste à s’endurcir. » Ce n’est pas aux femmes de s’habituer à ces comportements ou de se taire, pose-t-elle.

Les femmes se font aussi reprocher de refuser le débat, note Mélikah Abdelmoumen. « Ce n’est pas un débat d’échanger avec un agresseur ou avec quelqu’un qui provoque son armée [de trolls] », dit-elle. « Débattre, ça se fait entre deux personnes qui sont consentantes et de bonne foi. Personne n’est obligé de débattre avec personne ».

Trouver onze femmes ayant fait l’expérience de la violence et de menaces n’a malheureusement pas été difficile, déplore-t-elle.

Certaines des personnes approchées se sont désistées ou ont refusé de participer « parce que ça demande quand même d’être prête à s’exposer de nouveau. Il y a certaines personnes qui n’avaient pas envie de revivre ça ».

Un cabaret pour forger la solidarité

Mélikah Abdelmoumen a eu l’idée de faire ce cabaret en discutant avec une femme qui a récemment fait les frais d’un autre chroniqueur. « Je me dis qu’il vaut mieux faire du beau avec du laid », déclare-t-elle.

« On ne nomme personne, on n’attaque personne », précise l’instigatrice du projet. « C’est au sujet d’un phénomène de société et ce sont des témoignages de ce que des femmes ont vécu ».

Elle avait déjà fait un spectacle semblable, le Cabaret de la pensée, dans le cadre du Festival international de la littérature en 2023. « J’avais constaté que cette espèce de moment de communion, où il y avait toute la salle, il y avait nous, et le fait de passer par le rire tout en ayant des passages très sérieux, c’était vraiment quelque chose qui faisait du bien », dit l’organisatrice.

« Le fait de joindre sur scène la musique et la littérature faisait qu’il y avait une espèce de communauté, puis de solidarité. »

« Mais aussi, on allait chercher en dehors de nos cercles habituels », ajoute la romancière. Le cabaret est donc une façon pour ces femmes de sortir de la chambre d’écho et de connecter avec des personnes qui ne font pas partie de leur lectorat habituel.

« On veut avoir un moment de communion et espérer faire changer d’idée quelques personnes, même si ce sont quelques rares personnes, ou donner de la force à des personnes qui sont dans la même situation que nous, plutôt que de rester tétanisées chez soi à souffrir », dit Mélikah Abdelmoumen.

L’autrice raconte que c’est dans le fait de se retrouver, avec d’autres, ensemble, qu’elle a trouvé de la force. Aujourd’hui, elle est donc « prête à monter sur scène puis à [se] rouvrir la gueule ».

***

Le cabaret littéraire réunira sur la scène du Club Soda onze femmes — Élise Turcotte, Marie-Élaine Guay, Manal Drissi, Toula Drimonis, Catherine Dorion, Rébecca Déraspe, Martine Delvaux, Marie-Eve Cotton, Josiane Cossette, Gabrielle Boulianne-Tremblay et Mélikah Abdelmoumen — et un homme, Alexandre Dumas.

La réalisatrice Marie-Hélène Panisset est à la mise en scène et le compositeur Charles Papasoff participera comme musicien.

La première représentation, le jeudi 11 septembre à 19 h, est complète, mais une deuxième est prévue le même soir à 22 h.

Mélikah Abdelmoumen espère que ce ne sera pas la dernière représentation et il n’est pas exclu que le Cabaret des connes soit présenté ailleurs au Québec.

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