Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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En un peu plus d’un mois de compétition, l’édition 2026 de la Coupe du monde de soccer devrait générer autant de gaz à effet de serre (GES) qu’une ville de taille moyenne pendant un an. Des émissions records pour un événement de ce type qui mettent en lumière le poids climatique lié aux voyages en avion.

L’édition 2026 de la Coupe du monde de soccer, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, s’ouvre cette semaine avec des matchs distribués dans 16 villes nord-américaines, dont Toronto et Vancouver. L’événement qui doit durer 39 jours sera directement responsable de l’émission d’environ 7,8 mégatonnes d’équivalent CO₂, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 750 000 Français ou de 2,6 millions d’automobiles, selon une analyse de Greenly, une firme logicielle spécialisée dans les solutions de suivi des impacts sociaux et environnementaux des entreprises.

C’est plus de deux fois les émissions reliées à la dernière édition de la Coupe du monde qui avait eu lieu au Qatar. Rappelons que cette dernière édition avait nécessité la construction de sept nouveaux amphithéâtres et d’importants coûts environnementaux reliés à la climatisation puisque l’événement était tenu dans une région désertique dont la production d’électricité dépend principalement des énergies fossiles.

Cette fois, pas de nouveaux amphithéâtres (même si certains stades ont connu d’importantes rénovations pour accueillir l’événement), mais une véritable explosion des émissions reliées aux déplacements des fans venus de partout dans le monde pour encourager leur équipe.

Ces voyages, surtout effectués par avion, représentent près de 88 % de l’ensemble des émissions engendrées par l’événement, une augmentation de 233 % par rapport à celles associées au déplacement des partisans lors de l’édition d’il y a quatre ans.

 « Les stades, l’énergie, la logistique, ce sont les postes que les organisateurs maîtrisent le mieux, mais ce ne sont pas eux qui font le chiffre », souligne Arnaud Delubac, co-fondateur de Greenly. « La vraie question, c’est d’où viennent les fans, à quelle distance, et comment ils voyagent ».

Plus d’équipes, plus disséminées

Un des facteurs qui ajoute à l’impact environnemental de cette Coupe du monde selon l’analyse est simplement l’augmentation de l’envergure de l’événement.

Alors que la dernière édition avait mis en scène 32 équipes qui ont disputé 64 matchs sur 28 jours, le tournoi 2026 rassemblera 48 équipes (+16) qui joueront 104 matchs (+40) sur 39 jours (+11). Tout cela devrait amener environ 6 millions de spectateurs à assister aux matchs en personne, soit 2,6 millions de plus que la dernière fois (+76 %). Toutes des personnes qui émettront des émissions pour se rendre sur place, surtout pour les 2,6 millions d’entre eux qui devront prendre l’avion selon Greenly.

Un phénomène amplifié par la géographie particulière de cet événement disputé sur 16 villes réparties entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, plutôt que cinq villes réparties dans un pays de taille relativement réduite, comme le Qatar, fait exploser la distance parcourue pour la plupart des supporters. En plus de devoir se promener d’une ville à l’autre dans le cas où leur équipe étire sa présence dans le tournoi en accédant aux rondes finales, les partisans doivent généralement parcourir une beaucoup plus grande distance que dans les éditions passées, l’Amérique du Nord étant plus éloignée que le Qatar de la plupart des pays dont l’équipe participe au tournoi.

« La vraie question, c’est d’où viennent les fans, à quelle distance, et comment ils voyagent. »

Arnaud Delubac, Greenly

Résultat net, les 2,6 millions de spectateurs qui prennent l’avion devront parcourir en moyenne 19 400 km pour aller voir leur équipe sans compter les déplacements entre les villes hôtes, c’est 6 400 km de plus par voyage que lors de la dernière édition.

Une distance additionnelle parcourue presque exclusivement en avion devrait à elle seule engendrer l’équivalent de près de 5 mégatonnes d’émissions de CO₂, soit l’équivalent de près de 1,7 million de véhicules durant un an, selon les tables d’équivalences de ressources naturelles Canada.

Une réalité qui n’est pourtant pas inévitable, rappelle Arnaud Delubac : « L’effet n’est pas théorique : l’édition 2030 menée par l’Espagne, plus ramassée géographiquement, est estimée autour de 6 millions de tonnes, contre 9 pour 2026 ».

« À l’inverse, étaler une compétition sur tout un continent, c’est verrouiller mécaniquement un niveau d’émissions élevé avant même le coup d’envoi. Le format n’est pas un détail logistique, c’est la première décision climatique du tournoi », poursuit-il.

Un angle mort de l’économie mondiale

Au-delà de la Coupe du Monde, les émissions reliées au transport en avion des personnes sont une réalité qui est souvent laissée pour compte par les entreprises qui cherchent à améliorer leur performance environnementale, souligne l’entrepreneur.

« Les voyages d’affaires sont plutôt bien suivis, justement parce que la donnée est accessible via les notes de frais et les agences de voyage. Ce qui est beaucoup plus souvent négligé, c’est le reste de la mobilité des personnes : les trajets domicile-travail, et surtout les déplacements des visiteurs, clients ou prestataires, qu’on oublie presque systématiquement alors qu’ils peuvent être loin d’être négligeables. »

Une réalité qui est demeurée presque inchangée malgré l’avènement du télétravail. « La visio a bien capté une part des réunions internes, qui ne reviendront sans doute pas, mais les déplacements à forte valeur, commerciaux et relationnels, sont repartis très fort. On ne constate pas de baisse structurelle durable, plutôt un déplacement de la nature des voyages », explique-t-il.

« Le format n’est pas un détail logistique, c’est la première décision climatique du tournoi »

Arnaud Delubac, Greenly

Et pour la Coupe du Monde, s’il concède que ce type d’événement vient nécessairement avec de fortes émissions, il croit qu’il y a une grande place à l’amélioration. « Viser une vraie carboneutralité, au sens physique du terme, n’est pas réaliste avec les technologies actuelles sans s’appuyer massivement sur la compensation, qui a ses propres limites de crédibilité. Cela dit, entre “neutre” et le statu quo, il y a énormément de marge », remarque-t-il.

« La bonne logique, c’est de réduire d’abord, le plus fort possible, puis de traiter le résiduel avec [des actes de compensation], et surtout d’être transparent », conseille-t-il. Une transparence qui n’a pas été l’apanage de la FIFA jusqu’à maintenant, soutient-il, rappelant que l’association a été sanctionnée pour écoblanchiment par la Suisse après avoir prétendu que la Coupe du monde tenue au Qatar avait été carboneutre.

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