En ce début d’octobre, Pivot fête son troisième anniversaire.
Trois ans à réinventer un journalisme résolument indépendant, rigoureux, critique et progressiste. Trois ans à prouver qu’on peut refuser la fausse neutralité tout en s’engageant à la plus grande rigueur qui soit.
Trois ans à dénicher des sujets négligés par les grands médias ou à trouver l’angle qui jette une nouvelle lumière sur les nouvelles du jour. Trois ans à révéler les conflits qui animent la société, à faire entendre les voix de celles et ceux qu’on ignore trop souvent et à démasquer les faux-semblants du pouvoir.
Avant Pivot
Ces jours-ci marquent également les dix ans de Ricochet, l’un des prédécesseurs de Pivot, qui a tracé la voie que notre média emprunte aujourd’hui.
Lancé en octobre 2014, Ricochet se voulait un média innovant, à la ligne éditoriale différente, notamment en réponse à la couverture du conflit étudiant de 2012, dont d’ancien·nes participant·es se sont inspiré·es pour faire les choses autrement et fonder Ricochet.
Aussi et surtout, Ricochet promettait de couvrir les angles morts de l’actualité. On ne parlait alors pas du tout d’enjeux autochtones, très peu d’environnement et d’enjeux internationaux, et encore moins des injustices sociales et économiques de façon progressiste.
Le jeune média se démarquait aussi en allant au-delà de la couverture immédiate de l’actualité, alors à la mode avec l’émergence de réseaux sociaux comme Twitter. Le fait de ne pas couvrir les nouvelles quotidiennes, de donner la parole à d’autres que ceux qu’on entendait partout dans les médias et de prendre un pas de recul sur les événements, tout cela a distingué Ricochet dans l’espace médiatique.
Sans cela, Pivot n’aurait jamais été possible.
Dès le jour un, Ricochet a accompli sa mission grâce à une communauté de journalistes indépendant·es aguerri·es, dont certain·es collaborent encore à Pivot, alors que plusieurs autres ont des emplois dans de grands médias grâce à leur travail publié dans Ricochet.
Média bilingue, structuré en organisation à but non lucratif – un modèle très rare dans les médias à l’époque –, Ricochet était également innovant dans sa forme, avec un site Web au design unique et souvent complimenté, qui s’adaptait déjà à toutes les plateformes.
Ricochet s’était donné la mission de bouleverser le statu quo journalistique. Son équipe a passé sept ans à montrer qu’engagement et qualité de l’information pouvaient être synonymes. Sans cela, Pivot n’aurait jamais été possible.
À l’automne 2021, avec la collaboration des médias Majeur et PressProgress, le volet français de Ricochet est devenu Pivot. Cette transformation visait surtout à pérenniser et faire croître la promesse initiale en solidifiant ses bases humaines et financières pour se doter d’une petite équipe permanente, afin de produire davantage de nouvelles et de couvrir l’actualité de plus près.
Le but, à la fois ambitieux et tout simple, était de faire ce qu’aucun média francophone ne faisait jusqu’alors au Québec : offrir une information journalistique quotidienne dans une perspective résolument progressiste.
C’est aujourd’hui chose faite.
Rigueur et engagement
Pour Ricochet comme pour Pivot, le respect de la rigueur journalistique et l’engagement envers la justice sociale ne se contredisent pas, mais se renforcent mutuellement.
Nous avons affirmé notre indépendance et rappelé que notre adhésion à de grandes valeurs progressistes ne signifie pas que nous sommes lié·es aux campagnes de telle ou telle organisation, au contraire : nous pratiquons un journalisme engagé, mais pas militant.
Nous avons remis au cœur de notre travail et de notre conception du journalisme le devoir de véracité et celui d’esprit critique, bien plus fondamentaux que la prétendue objectivité et la neutralité factice. Nous avons tout de même maintenu la distinction classique entre information et opinion, et si nos journalistes ne cachent pas que leurs préoccupations et valeurs influencent inévitablement le choix et le traitement des sujets, elles et ils s’abstiennent strictement d’exprimer leurs propres interprétations.
Trois ans à réinventer un journalisme résolument indépendant, rigoureux, critique et progressiste.
À l’équilibre artificiel des points de vue, nous avons substitué un souci d’équité, qui demande certes de donner la parole à toutes les parties intéressées, mais dans la mesure de ce qui leur revient : cela veut dire mettre en lumière les mensonges, les secrets et les tromperies de ceux qui aimeraient se faire passer pour respectables, et accorder une attention particulière à celles qui sont négligées et méprisées par les pouvoirs politique et médiatique.
Encore aujourd’hui, nous sommes parfois regardé·es de haut par certain·es, des institutions qui refusent de répondre à nos questions, des autorités qui malmènent nos journalistes ou des collègues qui rechignent à nous parler d’égal à égal, mais de plus en plus, nous avons nos entrées un peu partout – des groupes communautaires jusqu’à l’Assemblée nationale – et nous pouvons faire notre travail. D’autres médias reprennent nos histoires ou invitent nos journalistes à parler des leurs, ce qui doit bien vouloir dire que nous avons quelque chose d’intéressant à raconter.
Nouveaux défis, nouveaux formats
Pendant ce temps, nos activités et les contenus que nous proposons à nos lecteur·trices ont évolué.
Au départ, Pivot misait surtout sur des contenus courts, permettant de couvrir davantage de sujets plus rapidement, tout en rendant nos articles accessibles au plus grand nombre. Mais l’expérience nous a confirmé que les contenus plus longs suscitent davantage d’intérêt, sûrement parce qu’ils sont plus à même de rendre justice aux sujets complexes que nous abordons, d’aller au-delà des impressions de surface pour mettre en lumière les mécanismes sociaux et politiques qui demandent à être transformés.
Le blocage des nouvelles sur les plateformes de Meta nous a encore incité·es à nous écarter de la logique de viralité et de la course aux clics pour miser sur du contenu de plus haute qualité. Cela dit, ce blocage continue de poser un sérieux défi de diffusion, en particulier aux médias émergents. Il soulève à nouveau des questions cruciales sur les meilleures manières de rejoindre un public élargi, afin de contribuer à élever le débat public sans s’adresser uniquement à un cercle d’initié·es.
Nous voulons aller au-delà des impressions de surface pour révéler les mécanismes sociaux qui demandent à être transformés.
Cette nouvelle donne touche aussi directement à la question du financement, nerf de la guerre pour tout média, mais encore plus pour les médias indépendants comme le nôtre : en effet, Meta était une façon de faire connaître notre travail et d’ainsi encourager les lecteur·trices à nous soutenir.
Une partie de solution passe certainement par la variété des formats et des canaux de diffusion, qui permet de rejoindre les gens là où ils sont, sous une forme qui leur parle. Pivot publie maintenant des nouvelles d’actualité, des reportages de fond, des enquêtes, des analyses et des chroniques d’opinion, qui se déclinent en format écrit, mais aussi sous forme de vidéos et de balados. Tout cela se retrouve non seulement sur notre site Web, mais aussi dans notre infolettre hebdomadaire et sur les différentes plateformes qui l’autorisent encore.
Bâtir une communauté
Au cours des trois dernières années, notre équipe a pris de l’ampleur, passant de quatre à huit personnes rémunérées pour assurer les activités quotidiennes, de la réalisation des reportages à leur diffusion en passant par l’édition et l’administration. Pivot doit aussi toujours compter sur le généreux soutien de bénévoles et d’allié·es, absolument essentiel·les, dont certain·es nous suivent depuis le jour un – et même avant.
À cela s’ajoutent les nombreux·ses collaborateur·trices – journalistes, photographes et vidéastes pigistes, chroniqueur·euses, animateur·trices de balados, etc. – qui se sont joint·es au projet depuis trois ans et qui font partie intégrante de Pivot, lui conférant son ampleur et sa diversité.
Pivot ne serait rien sans cet écosystème de journalistes déterminé·es et de médias novateurs.
Il faut aussi mentionner que Pivot n’a pas eu à inventer seul, de toutes pièces, le journalisme progressiste. Au contraire, notre média appartient depuis le début à une mouvance en plein essor, sur laquelle nous avons pu compter pour trouver inspiration et support. Au Canada, une multitude de petits médias indépendants anglophones se font un point d’honneur d’user des outils du journalisme pour défendre avec sérieux et conviction la justice et la démocratie.
C’est ainsi qu’au fil des années, nous avons collaboré avec PressProgress et avec le volet anglais de Ricochet, mais aussi avec The Breach, The Maple ou The Rover pour produire des reportages et des enquêtes originales, ou encore pour traduire et diffuser le travail essentiel de nos collègues.
Pivot ne serait rien sans tout cet écosystème de journalistes déterminé·es et de médias novateurs dans lequel il prend racine.
La suite des choses
Évidemment, on ne se le cachera pas, pour maintenir un tel niveau d’activité, la question financière demeure encore et toujours un défi, d’autant plus que nous tenons à ce que notre travail soit accessible gratuitement à tou·tes.
Il y a environ un an, Pivot a été reconnu comme une « organisation journalistique canadienne qualifiée », ce qui veut dire que le sérieux de son travail lui donne droit à certaines formes d’aides publiques. Mais cela est loin de couvrir l’ensemble des besoins d’un média comme le nôtre, qui doit non seulement rémunérer ses travailleur·euses et ses collaborateur·trices, mais aussi louer des locaux, acquérir du matériel et payer toutes sortes de frais qui s’accumulent rapidement – alors que l’inflation a rarement été aussi sévère qu’au cours des trois dernières années.
Les lecteur·trices qui nous offrent généreusement un soutien récurrent nous apportent ainsi une aide essentielle : nous les en remercions sincèrement et vous invitons à vous joindre à elles et eux si vous n’en faites pas déjà partie.
À ce sujet, restez à l’affût : au cours des prochaines semaines, nous aurons de grandes nouvelles à vous annoncer pour marquer les trois ans de Pivot et le passage à une nouvelle étape dans la solidification du projet.
Nous espérons que vous continuerez à nous suivre et à nous encourager pour encore trois ans, dix ans – et plus encore.