La chroniqueuse Barbara Kay prenant la parole à une édition passée de la conférence Civitas | Photo : Civitas Canada)
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Autodétermination et territoires autochtones : de grandes promesses pour peu d’espoir

Lors d’un débat sur les enjeux autochtones, quatre partis se sont prononcés, en une minute, sur l’autodétermination des peuples et le sort des territoires.

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À l’occasion d’un débat électoral sur les enjeux touchant les Premières Nations, les partis ont dit vouloir agir pour l’autodétermination des peuples, le partage des ressources financières ou encore la meilleure gestion du territoire. Mais leurs déclarations de bonnes intentions n’ont pas convaincu les leaders autochtones présent·es.

« Ils nous disent : “on vous donnera plus d’autonomie”. On ne veut pas plus d’autonomie, on veut une totale autonomie! » La réaction du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, ne s’est pas fait attendre à la sortie du débat sur les enjeux autochtones organisé mardi à HEC Montréal.

L’APNQL avait invité les cinq partis principaux à s’exprimer sur les enjeux qui les touchent au plus près. Étaient présent·es la candidate solidaire Manon Massé, le candidat caquiste Ian Lafrenière, le candidat libéral Gregory Kelley et le candidat péquiste Alexis Gagné-Lebrun. Seul le candidat conservateur manquait au rendez-vous.

En préambule, le chef de l’APNQL a convié les quatre candidats à ne « pas [faire] en sorte que le débat soit une parenthèse à travers la campagne électorale ».

L’autodétermination et les territoires au cœur du débat

L’autodétermination, le partage des ressources dans les projets d’extraction, la co-gestion des territoires : pendant une minute par question, les candidat·es ont pu exposer la vision de leur parti sur chacun de ces enjeux.

À plusieurs reprises, les candidat·es ont réitéré l’importance d’une relation « de nation à nation » entre le Québec et les nations autochtones.

Selon Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones au sein de la CAQ, cette approche a même le potentiel de « régler plusieurs enjeux » autochtones, notamment à travers la mise en place de nouvelles aires protégées d’initiative autochtone, comme à Wendake.

Ian Lafrenière a aussi qualifié d’« entente prometteuse » un nouveau traité en voie d’être signé entre l’État québécois et un regroupement de communautés innues. Il s’est également félicité du Fonds d’initiative autochtone, qui « permet de redonner à des entreprises dans les communautés les moyens de leurs ambitions ».

Mais si le candidat caquiste s’est vanté de ces réalisations, le parti a pourtant fait l’objet de vives critiques de la part de l’APNQL pour s’être souvent opposé à l’autonomie des Autochtones au cours de son mandat. Par exemple, suite à l’adoption de la Loi 96 sur la langue française, Ghislain Picard avait ainsi déploré dans une lettre ouverte que la nouvelle loi imposait « un revers historique aux droits linguistiques des Premières Nations ».

De son côté, Manon Massé a remis en question l’expression de « nation à nation », qui « ne veut pas dire la même chose pour tout le monde », dit-elle avoir remarqué en discutant avec plusieurs nations autochtones. La candidate solidaire a préféré parler de relation « d’égal à égal ».

Interrogés sur le partage des retombées financières dans les projets d’exploitation des ressources en territoires autochtones, le candidat péquiste Alexis Gagné-Lebrun et le libéral Gregory Kelley ont évoqué la Paix des braves. Si l’entente, signée en 2002 par le gouvernement du Québec et les Cris, permet qu’une part des revenus engendrés par l’exploitation des ressources reviennent aux communautés, ils se sont engagés à en « faire plus ».

Selon Alexis Gagné-Lebrun du PQ, les nations autochtones doivent pouvoir « se développer avec les ressources de leurs territoires, créer une économie qui est la leur et qui n’est pas dépendante de la nation québécoise ». Il a ainsi rappelé que « le contraire de l’indépendance, c’est la dépendance, la pire des choses pour une nation ».

« Les nations autochtones et québécoises n’ont pas la même relation avec les territoires, il faut le nommer », a reconnu le candidat péquiste.

Les candidat·es ont aussi mis un point d’honneur à renforcer la consultation avec les communautés autochtones. Mais « la consultation ne peut pas être superficielle », a prôné Gregory Kelley. « Trop souvent, j’entends [de la part des entreprises] que les projets n’avancent pas à [leur] vitesse. Mais peut-être qu’elles n’ont pas respecté leur devoir de prendre le temps de consulter les nations », a-t-il poursuivi. Une attitude qui le « fatigue », alors qu’il faudrait « plus de respect ».

« C’est pourquoi cela va faire du bien d’adopter certains principes de la Déclaration des Nations Unies [sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA)] dans les lois au Québec », s’est exclamé le candidat libéral.

Au niveau fédéral, la Loi sur la DNUDPA est entrée en vigueur en juin 2021. Elle exige du gouvernement canadien de respecter les principes de la DNUDPA, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones.

Ces principes proclament entre autres que « les peuples autochtones ont droit à l’autodétermination [et qu’]en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel ». La DNUDPA assure également que toute modification du territoire « ne peut avoir lieu sans le consentement préalable » des peuples autochtones, et assure une indemnisation « juste et équitable ».

Lors du débat, les trois candidat·es d’opposition se sont exprimé·es en faveur de l’application de la Déclaration au Québec. Mais Ian Lafrenière s’est quant à lui interrogé sur la façon dont elle pourrait être appliquée « au quotidien ».

Moins de promesses et plus d’action, réclament les Premières Nations

Si, au cours du débat, tou·tes se sont prononcé·es, en principe, sur la nécessité de donner plus d’autonomie, de pouvoir et d’indépendance aux nations autochtones, certaines réponses ont manqué de fond, selon Ghislain Picard.  Dans un discours concluant le débat, il a regretté que les territoires non cédés n’aient « pas fait l’objet de beaucoup de réflexion » durant la soirée.

« La résolution des Nations Unies du 8 octobre 2019 proclame que le gouvernement doit soutenir les Premières Nations. On en sommes-nous aujourd’hui? J’ai la réponse : nulle part », s’est-il exprimé à la sortie du débat.

« Entendre ces mots est une bonne chose, mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’une action réconciliée et d’une participation de nos peuples à la politique qui façonne notre action », s’est exprimée à la fin du débat Lisa Robinson, cheffe de la Première Nation de Wolf Lake, dans le Témiscamingue.

Elle poursuit : « Nous devons absolument participer davantage à l’élaboration des politiques qui nous concernent. Beaucoup d’entre elles impliquent nos territoires. C’est le cœur du problème : pour nous, la terre fait partie de notre culture, de notre identité, de notre éducation et de notre spiritualité. »

Arben McBride, de la Première Nation de Timiskaming, n’a pas été plus convaincu : « Ils peuvent nous promettre le monde ce soir, mais leurs mots ne sont que des mots. »

Selon lui, les candidat·es qui se sont exprimé·es doivent porter le message plus haut. « Comment vont-ils convaincre leurs chefs? Si ce message n’est pas transmis, tout cela ne sert à rien. »