Montage : Pivot
Nouvelle

La défense des droits humains, un enjeu délaissé de la campagne, selon Amnistie

Au-delà des appels « nombrilistes » à la liberté individuelle, Amnistie internationale demande aux candidat·es d’en faire plus pour protéger les droits de la personne au Québec.

· ·

L’état des droits humains se détériore au Québec, au Canada et dans le reste du monde, selon un état des lieux récemment publié par Amnistie internationale Canada francophone. Jugeant qu’ils et elles n’en font pas assez, l’organisation interpelle les politicien·nes de la province pour qu’ils protègent mieux les droits des personnes migrantes, des Autochtones et des minorités, en plus d’assurer la justice climatique.

L’état des droits de la personne au pays est préoccupant et les élu·es doivent s’investir davantage dans leur protection si l’on veut que les choses s’améliorent, prévient Amnistie internationale. Dans le contexte, l’organisation a formulé douze recommandations « particulièrement pressantes » aux candidat·es de la présente élection provinciale.

Les droits et libertés : un enjeu collectif, pas seulement individuel

Malgré l’importance de cet enjeu, les discours de campagne ne parlent généralement pas des droits et libertés, observe la directrice générale de la section francophone d’Amnistie internationale Canada, France-Isabelle Langlois. Par exemple, les discussions sur l’immigration ont tendance à déshumaniser les personnes migrantes en devenant des débats de chiffres et en mettant de côté leurs droits à la sécurité ou à l’éducation, illustre-t-elle.

« Ce que l’on entend [sur les droits et libertés] vient de la part de partis comme le Parti conservateur du Québec (PCQ), qui revendique des droits très nombrilistes », déplore-t-elle.

Ce type de discours serait surtout un détournement du langage des droits et libertés servant à protéger la consommation et les aspirations égoïstes. « Ils revendiquent leur “droit” de ne pas se faire vacciner ou leur “droit” de ne pas payer de taxe. Ne pas payer de taxe, ce n’est pas un droit! Nous sommes loin d’un discours collectif d’amélioration du sort de la population en générale et de son bien-être », souligne-t-elle.

Reconnaitre les droits des peuples autochtones

Cinq des douze recommandations offertes par l’organisme appellent à en faire plus pour assurer les droits des peuples autochtones. Elles appellent notamment à reconnaitre le racisme systémique à leur égard, à appliquer les recommandations de la commission Viens et le Principe de Joyce pour revoir la relation entre les services publics et les Premières Nations et à réellement mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA).

« Pour les droits des peuples autochtones, le leadership politique sait ce qu’il faut faire et comment le faire, mais il y a beaucoup de résistance », remarque France-Isabelle Langlois.

Questionnés par courriel, les représentants de Québec solidaire (QS) se sont engagés à appliquer l’ensemble des recommandations concernant les Premières Nations, en fournissant les détails de leur plan pour y parvenir. Ils proposent entre autres de s’assoir avec les représentants de chacune onze nations autochtones du Québec pour décider conjointement d’un plan de mise en œuvre de la DNUDPA et de reconnaitre officiellement le leadership des Premières Nations dans la lutte aux changements climatiques sur leur territoire.

Le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) vont un peu moins loin, promettant de réaliser la plupart des recommandations, mais restant évasifs sur la façon dont ils comptent les mettre en œuvre.

Les libéraux reconnaissent toutefois explicitement l’existence du racisme systémique, ce que ne fait pas le PQ, la CAQ ni le PCQ.

Ces deux derniers, qui n’ont pas répondu à nos sollicitations, n’abordent aucune des recommandations dans leurs plateformes électorales respectives.

Assurer les services aux plus vulnérables

Amnistie internationale demande aussi aux candidat·es d’en faire plus pour protéger les droits des demandeur·euses d’asile et des personnes migrantes à statut précaire ou sans statut. Ils insistent notamment sur l’importance d’accorder à ceux-ci les mêmes services qu’au reste de la population, notamment en ce qui concerne l’accès aux services de santé et aux services de garde.

Une proposition accueillie favorablement par QS et le PQ, qui s’engagent à ce que les services publics soient accessibles à tou·tes, peu importe leur statut. Les trois autres partis n’ont pas pris d’engagement en ce sens.

En faire plus pour la justice climatique

Protéger les droits des populations vulnérables d’ici et d’ailleurs demandera de plus en plus d’efforts au fur et à mesure que les conséquences des changements climatiques se feront sentir, prévient France-Isabelle Langlois. Si l’ensemble des partis politiques font des promesses en ce sens, les actions des gouvernements ces dernières années tendent plutôt à aller dans la direction contraire, prévient-elle.

« De plus en plus de personnes migrantes cherchent un meilleur avenir et vont vers des pays comme le Canada et le Québec pour trouver asile. Elles y sont accueillies de moins en moins bien, alors qu’on remet en question leur humanité et prône des politiques de plus en plus xénophobes et racistes », remarque-t-elle.

Si plusieurs acteurs de la société peuvent intervenir pour réduire les inégalités liées à la crise climatique, le travail devra impérativement passer par une implication forte des États, selon elle. « Ultimement c’est la responsabilité des États de mettre en œuvre les droits humains, ils doivent reconnaitre les problèmes et agir sur ceux-ci », conclut-elle.