« On respectera les murs quand vous respecterez nos corps », collage sur un mur de Montréal, septembre 2020

Stoppées par la police pour des collages en mémoire de femmes assassinées

Pour avoir collé des affiches sur les murs, le groupe Collages Féminicides Montréal a été interpellé par la police et mis à l’amende.

Mardi soir dernier, les membres de Collages Féminicides Montréal sont sorti·es dans les rues, équipées de feuilles de papier, de farine et d’eau, raconte Camille, qui appartient au groupe. Les colleur·euses allaient apposer sur les murs de la ville des affiches à la mémoire des cinq femmes tuées par leur conjoint depuis le début de l’année 2022 au Québec.

Mais au moment d’installer leurs messages, les membres du groupe ont été abordé·es par une passante visiblement en désaccord avec leurs actions. S’en est suivi un échange animé, puis la passante est repartie en annonçant qu’elle appellerait la police.

Une demi-heure plus tard, les forces de l’ordre ont interpellé le groupe. Affirmant que les colleur·euses avaient « endommagé de manière permanente le bien public », les policiers ont imposé des contraventions à toutes les personnes présentes, relate Camille.

Pour payer les amendes, pour racheter le matériel confisqué et pour soutenir des organismes luttant contre les féminicides, le groupe a mis sur pied une campagne de sociofinancement mercredi. Celle-ci a atteint son objectif en quelques heures à peine. Jeudi après-midi, 450 personnes avaient contribué pour soutenir les colleur·euses.

Ce n’est pas la première fois que Collage Féminicides Montréal est ciblé pour ses activités. En 2020, la police avait brutalement arrêté deux colleur·euses et leur avait imposé plus de 2 500 $ d’amende. Dans une lettre publiée à cette occasion, les membres du groupe rapportaient aussi qu’à un autre moment, un automobiliste les avait poursuivi·es à bord de son véhicule, menaçant de les percuter.

Se réapproprier l’espace public

« Nous sommes […] en colère de ne pas pouvoir coller en mémoire de ces femmes, en colère parce que la police encore une fois se préoccupe plus de nous punir pour des feuilles de papier sur un mur que de lutter contre les féminicides », peut-on lire dans le message accompagnant la levée de fonds.

« Il y a tellement peu de ressources qui sont consacrées [aux violences sexistes]. Il n’y en a pas suffisamment, et elles sont mal placées », insiste Camille.

« De voir que deux policiers nous cherchent activement pendant une demi-heure, qu’ils prennent de leur temps, de leurs ressources pour nous arrêter, alors qu’on dénonce un problème systémique… je me demande à quoi elle sert, la police », se désole la colleuse.

À peine trois agressions sexuelles déclarées sur 1000 donnent lieu à une condamnation, rappelle-t-elle. La réception des plaintes par les forces policières fait partie du problème, selon des intervenantes.

À lire :
« Tribunal spécialisé en violences sexuelle et conjugale : ce qui change et ce qui ne change pas »

Par ailleurs, les colleur·euses jugent que la réponse des forces policières face à des collages de papier est « démesurée », dit Camille. « C’est aberrant pour nous. Les collages sont justement un mode de prise de parole qui n’est pas permanent. Avec le temps, la pluie, les intempéries, ils finissent par disparaître. Ça fait partie du concept, c’est une forme d’expression fugitive. »

« On cherche à se réapproprier l’espace public, et aussi à envoyer un message de solidarité. La rue, c’est souvent un lieu où les femmes et les gens de la diversité des genres ne se sentent pas en sécurité », expose Camille. « Alors on veut vivre et montrer que cet espace-là nous appartient tout autant. Moi quand je marche dans la rue et que je vois un collage, je me sens safe et je vois que je ne suis pas toute seule. »

La vague des collages féministes a pris naissance en France au début de 2019, puis le mouvement informel s’est rapidement étendu à différentes villes du monde, notamment au Québec. Cette pratique avait d’abord pour but de sensibiliser à la réalité des féminicides et des violences sexistes, jugées trop invisibles. Aujourd’hui, les collages qu’on peut voir dans nos rues abordent différentes violences sociales, allant de l’homophobie au racisme.

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