La prévention du crime et les fausses promesses de Projet Montréal

Lors des plus récentes élections municipales, Projet Montréal a cherché à se démarquer de son rival Ensemble Montréal en accordant une plus grande place à la prévention du crime dans sa plateforme de sécurité publique, plutôt que de miser seulement sur la répression policière. Malheureusement, les actions du parti depuis les élections semblent très différentes de ses promesses.

La prévention du crime est une catégorie très large. Au cours des quarante dernières années, elle a inclus des actions allant de l’installation de lumières à l’extérieur des habitations (pour réduire la probabilité d’une effraction) jusqu’à la création d’emplois d’été et de programmes de médiation des conflits (pour prévenir le crime et la violence).

Les avantages de la prévention sont évidents. Si le crime est mauvais, il vaut mieux l’empêcher de se produire que de le punir après coup.

En matière de violence, les avantages de la prévention sont particulièrement frappants.

Des décennies de recherche montrent que des programmes communautaires efficaces peuvent réduire considérablement la violence, tandis que la répression policière ne fait que déplacer la violence (d’une zone à une autre) tout en aggravant les conditions sociales pénibles qui sous-tendent cette violence.

Depuis la résurgence du mouvement Black Lives Matter en 2020, la prévention a acquis une nouvelle signification. Black Lives Matter a placé l’objectif du définancement de la police et du réinvestissement dans les communautés au centre des débats politiques et a obtenu un soutien majoritaire pour cette vision dans de nombreux endroits, y compris au Canada

Une vision tordue du définancement

En réponse, de nombreuses organisations policières ont cherché à tordre le sens de la revendication à leur avantage. La Fédération de la police nationale du Canada, par exemple, a annoncé qu’elle soutenait le définancement de la police « en principe », quand le définancement ne visait « pas à retirer des fonds à la police et à la sécurité publique, mais à refinancer des services sociaux indispensables ». Ici, définancer la police, c’est investir dans la prévention (services sociaux) tout en préservant les budgets de la police.

À Montréal, la même définition tordue du définancement a été reprise par Projet Montréal. Alain Vaillancourt, responsable de la sécurité publique au comité exécutif, s’est fait demander en janvier comment son parti pouvait justifier de continuer à augmenter le budget du SPVM alors que la majorité des Montréalais avaient appuyé le définancement. Il a répondu : « S’il y a une chose sur laquelle nous sommes tous d’accord, c’est que la prévention est essentielle pour lutter contre le crime et la violence dans la ville. » 

À l’instar de la Fédération de la police nationale, Projet Montréal considère que le définancement de la police signifie principalement une prévention accrue du crime, et le parti a toujours vanté ses investissements dans la prévention lorsqu’il est attaqué pour l’augmentation du budget policier – y compris la plus forte augmentation au Canada en 2022

Une prévention qui laisse à désirer

Le problème, cependant, n’est pas seulement cette définition déformée du définancement, mais aussi le manque de soutien réel à la prévention. À l’automne, le parti a fait campagne sur une approche « équilibrée » de la sécurité publique, avec deux engagements majeurs en matière de prévention.

Le premier était d’augmenter les dépenses pour la prévention communautaire de la violence, pour la faire passer de 2,6 millions $ à 5 millions $ par année. Dans la pratique, cependant, peu de cet argent est allé à la prévention. Des 400 000 $ alloués à Montréal-Nord, par exemple, seulement 80 000 $ a été alloué aux programmes de prévention. De plus, 200 000 $ de l’enveloppe budgétaire ont été alloués au fameux et mal conçu forum sur la violence armée présidé par le SPVM

Le deuxième engagement du parti était d’étendre massivement le programme innovant de l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (EMMIS). EMMIS est une équipe de civil·es qui peuvent être appelé·es pour faire face à des situations telles que l’itinérance et les crises de santé mentale. Il a été introduit en tant que projet pilote dans l’arrondissement de Ville-Marie en 2021. Projet Montréal s’était engagé à étendre le projet à l’ensemble des 19 arrondissements à un coût prévu de 3,75 millions $ par année. 

Bien que décrit comme un programme de prévention, EMMIS est mieux compris comme une alternative à la police. Elle répond à des situations qui n’ont que peu ou rien à voir avec le crime, des situations qui nécessitent un accompagnement ou une médiation plutôt qu’une arrestation. 

Des initiatives comme celle-ci ont un potentiel énorme pour transformer la sécurité publique. Plusieurs villes, dont Seattle et Edmonton, ont conclu que les équipes civiles devraient remplacer la police dans 32 à 50 % des appels au 911. Cela permettrait à la ville d’économiser de l’argent, de réduire des problèmes tels que le profilage racial et la violence policière, et de garantir que les résidents de la ville obtiennent les services et le soutien dont ils ont besoin.

Malheureusement, Projet Montréal semble avoir oublié son engagement de campagne. Plutôt que d’étendre l’EMMIS aux 19 arrondissements, le plan est maintenant d’ajouter un seul arrondissement de plus en 2022.

L’investissement promis de 3,75 millions $ dans l’EMMIS, quant à lui, n’a pas été inclus dans le budget de 2022, et le parti explique maintenant que ce montant sera réclamé au gouvernement provincial.

L’approche « équilibrée » de la sécurité publique promise à l’automne semble donc avoir disparu. Non seulement les investissements en prévention ont été réduits et mal livrés, mais le parti a plus que doublé l’augmentation du financement du SPVM – une augmentation de 45 millions $ en 2022 alors que les promesses préfiguraient plutôt  24 millions $.

Les promesses non tenues de Projet Montréal en matière de prévention sont décevantes. Si nous voulons une ville plus sûre, nous avons besoin d’investissements dans une prévention efficace de la violence et dans des alternatives à la police comme l’EMMIS qui respectent les engagements et vont bien au-delà.

Ted Rutland

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