Policiers en marge de la manifestation pour dénoncer les solutions policières à la crise sanitaire, le 6 février 2021 | André Querry
Nouvelle

Le SPVM a dépassé de 54 millions $ son budget pour 2021

Les forts effectifs et les nombreuses heures supplémentaires gonflent les dépenses de la police montréalaise.

Le budget autorisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour l’année 2021 était de 679 millions $. Or, le SPVM aura finalement dépensé pas moins de 733 millions $. L’organisation policière a donc dépassé de 54 millions $ le budget qui lui avait été reconnu.

C’est ce qu’on apprend dans un document rendu public mercredi par le SPVM. L’organisation s’adressait jeudi aux élu·es de la Ville de Montréal, qui se penchent sur son budget pour l’année à venir.

La principale cause du dépassement budgétaire en 2021 réside dans les heures supplémentaires réalisées par les policiers. Le SPVM y a alloué plus du double de ce qui était prévu : elles devaient coûter environ 25 millions $, mais ce sont finalement tout près de 55 millions $ qui y sont passés. Le SPVM explique ce dépassement majeur par une « mobilisation massive […] dans la lutte aux violences par armes à feu ». On note toutefois que le SPVM dépasse son budget d’heures supplémentaires chaque année depuis au moins dix ans : de 9 millions $ en moyenne entre 2011 et 2020.

Depuis six ans, le SPVM a systématiquement dépensé plus que le budget global qui lui était alloué : 27 millions $ en moyenne. Les deux dernières années ont donné lieu à des dépassements particulièrement importants : de 29 millions $ en 2020 et de 39 millions $ en 2019.

Ted Rutland, professeur à l’Université Concordia et spécialiste des questions policières, s’inquiète que le SPVM s’autorise constamment à dépenser plus que ce qui lui est alloué par les élu·es. « Si la police n’est même plus redevable à l’Hôtel de Ville, c’est grave! » lance-t-il en entrevue.

« Ça veut dire que nous avons une institution supposément publique qui est hors de contrôle. »

« Ça fait longtemps que la Ville met un peu de pression sur le SPVM pour qu’il diminue les heures supplémentaires, mais ça ne marche pas », rappelle-t-il. « Soit la Ville n’est pas capable, soit elle n’a pas le désir d’y arriver, et je ne sais pas ce qui est le pire entre les deux », se désole Ted Rutland.

« Et déjà qu’il y a beaucoup de policiers à Montréal, s’ils font plus d’heures supplémentaires, ça commence à faire pas mal d’agents dans nos rues. »

Plus d’argent pour plus d’agents

Pour 2022, le budget déposé par l’administration Plante accorde 724 millions $ au SPVM, une hausse de 45 millions $ par rapport à l’année précédente. La majeure partie des fonds supplémentaires serait consacrée à la hausse des rémunérations et aux embauches. Ce sont 97% des dépenses du SPVM qui vont à la rémunération des policiers et du personnel civil. Notons que Montréal est la deuxième ville au Canada qui compte le plus d’agents par habitant.

En campagne électorale, Valérie Plante avait promis d’embaucher 250 nouveaux policiers. Une partie de ces embauches serviront finalement à compenser des départs, mais ce sont tout de même une centaine d’agents supplémentaires qui s’ajouteraient aux forces du SPVM cette année, pour un total de 4784 policiers, selon le budget municipal. Toutefois, la Ville et le service de police ne s’accordent pas : devant les élu·es, jeudi, le directeur du SPVM Sylvain Caron a plutôt indiqué que les nouveaux fonds permettraient d’engager 60 agents supplémentaires et que le total des forces policières s’élèverait à environ 4370 agents.

De nouvelles escouades font aussi leur apparition au SPVM, notamment dédiées à gérer la question des violences par armes à feu. Ces escouades sont en partie subventionnées par le ministère provincial de la Sécurité publique.

« La police peut justifier ses dépenses par les fusillades ou par les interventions liées à la pandémie, mais au fond ça montre un problème général », croit Ted Rutland.

« Dans notre société, on a tendance à répondre aux problèmes sociaux avec la répression. Au bout du compte, on a financé plus de contraventions et plus d’emprisonnements. »

« Imaginez ce qu’on pourrait faire si on donnait tous ces millions aux groupes communautaires qui aident les jeunes marginalisés ou les femmes victimes de violence. Imaginez », conclut-il.

*L’article a été mis à jour pour inclure les chiffres présentés par le SPVM quant au nombre de nouveaux agents. Une correction a aussi été apportée : le SPVM dépasse son budget depuis six ans, et non dix.

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