Les dirigeants des cinq plus grandes banques canadiennes | Montage : Thibault Carron, Pivot

Hausse de rémunération de 15 millions $ : les patrons des banques canadiennes bénéficient de l’endettement des ménages

La rémunération des chefs des cinq plus grandes banques canadiennes a grimpé de 28 % en 2021, les revenus de ces institutions ayant connu une forte croissance en pleine pandémie.

Les dirigeants de banques ont empoché des sommes record en 2021 au Canada. Ils ont eu droit à de généreux bonus, leurs entreprises ayant eu une année profitable. Les banques ont en effet bénéficié de la bulle immobilière et de l’endettement des ménages en temps de crise pandémique. Pendant ce temps, l’écart de rémunération entre les dirigeants et les employé·s continue de se creuser fortement.

Ensemble, les chefs des cinq plus grandes banques canadiennes ont touché 66 millions $ en 2021, une augmentation de près de 15 millions $ par rapport à 2020. Leur rémunération a donc bondi de plus d’un quart (+28 %) en une seule année.

C’est l’agence Bloomberg qui a compilé ces chiffres concernant l’année fiscale 2021, qui se terminait en octobre 2021.

Le dirigeant de RBC, David McKay, a touché le plus gros montant, soit 15,5 millions $. La plus grosse augmentation est allée à Darryl White, de la Banque de Montréal : il a vu son salaire grimper de 37 %, passant de 9,3 à 12,7 millions $.

RÉMUNÉRATION DES DIRIGEANTS DE GRANDES BANQUES CANADIENNES, 2021

David McKay (RBC) : 15,5 millions $ (+25 %)
Bharat Masrani (TD) : 13,4 millions $ (+28 %)
Victor Dodig (CIBC) : 12, 8 millions $ (+32 %)
Darryl White (Banque de Montréal) : 12,7 millions $ (+37 %)
Brian Porter (Scotia) : 11,4 millions $ (+19 %)

En comparaison, les employé·es des grandes banques du pays ont eu droit en moyenne à une augmentation salariale d’un peu plus de 6 %, indique Bloomberg. Pour la population générale au Québec, le salaire horaire moyen n’a augmenté que de 2,2 % en 2021, tandis que le coût de la vie grimpait de 3,8 %.

« On constate un accroissement des inégalités à l’intérieur même des organisations », remarque Audrey Laurin-Lamothe, professeure à l’Université York, spécialisée en sociologie de l’économie et de la finance. Les employé·es des banques ont eu droit à de meilleures augmentations que les travailleur·euses au pays, mais leur situation s’inscrit tout de même dans une tendance généralisée à « l’appauvrissement relatif des classes moyennes à l’avantage des dirigeants d’entreprise, qui se sont négocié de nouvelles façons de justifier leurs rémunérations », analyse la chercheuse.

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C’est que l’essentiel de l’argent récolté par ces chefs d’entreprise ne provient pas de leurs salaires de base, mais plutôt de toutes sortes de bonus qui leur sont versés en fonction des bonnes performances de leur entreprise. Et les banques, en l’occurrence, se portent très bien : les revenus nets amassés par les cinq plus grandes institutions canadiennes ont atteint 54,5 milliards $ en 2021, une croissance de 39 %. La valeur de leurs actions a aussi généralement connu une bonne croissance annuelle, mentionne Bloomberg.

Les banques ont notamment profité de la bulle immobilière et des difficultés qu’elle représente pour les consommateur·trices, pointe Audrey Laurin-Lamothe. « Les banques tirent des revenus des prêts hypothécaires importants contractés par les ménages » qui cherchent à se loger, explique-t-elle.

En d’autres termes, si les patrons sont récompensés pour la bonne performance financière de leur institution, celle-ci ne dit rien sur les bénéfices réels que l’entreprise apporte à la collectivité, rappelle Audrey Laurin-Lamothe.

« Les banques sont des entreprises financières, c’est-à-dire qu’elles ne produisent rien de tangible. » Elles font une bonne part de leurs profits à partir du crédit et de l’endettement de la population, expose la chercheuse.

Après la crise pandémique, l’endettement des individus a été favorisé par l’absence de plan de relance équitable, axé sur « le réinvestissement dans les services publics, la construction de logement social, le développement communautaire », expose Audrey Laurin-Lamothe. « On individualise nos stratégies de résilience », ce qui profite ultimement aux banques à leurs patrons, insiste-t-elle.

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