Milliardaires canadiensTobias Lütke, Joseph Tsai, David Baszucki, Jimmy Pattison | Montage Pivot

La fortune des ultra-riches grandit et les inégalités aussi

La finance dérégulée et une faible imposition de la richesse ont contribué à l’enrichissement des milliardaires du Canada en 2021.

Cette année, les quatorze milliardaires les plus fortunés du Canada se sont encore enrichis d’un autre 17 milliards $ collectivement. La fortune de ce petit groupe d’ultra-riches représente désormais un peu plus de 115 milliards $ au total.

C’est ce qu’indiquent les chiffres compilés par l’agence Bloomberg, qui recense les 500 personnes les plus fortunées à travers le monde.

À elle seule, la famille Thomson, qui possède le conglomérat médiatique Thomson Reuters, a ajouté 12 milliards $ à sa fortune. Les six membres de la famille qui figurent au tableau de Bloomberg (Taylor, Peter et David Thomson, ainsi que Sherry Brydson, Linda Cambell et Gaye Farncombe) détiennent désormais ensemble un total de 54 milliards $.

Les milliardaires du Canada tirent leur fortune de l’industrie numérique (Joseph Tsai, d’Alibaba; Tobi Lütke, de Shopify; David Baszucki, de Roblox; David Cheriton), de l’exploitation des ressources naturelles (James K. Irving) ou encore de la vente de voitures (James Pattison), d’alcool (Anthony von Mandl) ou de matériel sportif (Chip Wilson, de Lululemon).

Inégalités croissantes au Canada

Pendant ce temps, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres au Canada est loin de se réduire, selon le dernier rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales.

Les revenus des 1% les plus riches ont fortement grimpé depuis 40 ans : en 1981, cette élite économique ne récoltait « que » 8,5% des revenus totaux du pays, mais cette année, elle a engrangé 14,8% du total national.

Cela signifie qu’en 2021, les 1% les plus fortunés ont encaissé ensemble des revenus quasiment équivalents à tout ce qu’a pu obtenir la moitié la moins nantie de la société (15,6%).

« Depuis les années 1980, la financiarisation, la dérégulation et une imposition plus basse ont contribué à une hausse des inégalités » au Canada, écrit le Laboratoire.

L’écart est encore plus marqué quand on observe toute la richesse détenue (actions, immobilier, etc.), et pas seulement les revenus. À l’heure actuelle, les 1% les plus riches ont accumulé 25% de la richesse totale au Canada. La moitié la plus pauvre de la population, quant à elle, ne détient que 6% de la richesse nationale.

La Laboratoire décrit le Canada comme un « pays riche, mais ayant un niveau élevé d’inégalité de richesse ».

D’où viennent ces fortunes?

Dans la majorité des cas, les ultra-riches sont des chef·fes de grandes entreprises. Leur richesse provient d’abord de leurs importants salaires et des actifs financiers profitables qui leur sont offerts à titre de rémunération, explique Julia Posca, chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Or, au fil des années, ces rémunérations ont connu une hausse « disproportionnée en comparaison avec les gains salariaux » des travailleur·euses, précise-t-elle.

Il est aussi plus facile de s’enrichir quand on est déjà riche, rappelle la sociologue. D’abord, la fortune familiale qui se transmet d’une génération à l’autre « contribue à faire gonfler la richesse des personnes au sommet de la pyramide », souligne-t-elle. Ensuite, les plus nantis ont les moyens de beaucoup investir en bourse et d’en retirer d’importants gains. 

« En plus, ces avoirs sont moins imposés que les revenus du travail », quand ils ne sont pas tout simplement cachés dans des paradis fiscaux, ajoute Julia Posca.

Ainsi, « ce n’est pas le talent ou la prise de risque qui expliquent la richesse », analyse la chercheuse : c’est  « la position qu’occupent certains dans la structure économique et leur capacité à mettre leur argent à l’abri de l’impôt ».

La fiscalité joue tout de même un rôle : « sans la redistribution, les écarts seraient bien plus grands », juge Julia Posca. Mais pour lutter véritablement contre les inégalités, « il faudrait aussi limiter l’accaparement de la richesse en amont », croit-elle. « Le plafonnement des salaires » et « une meilleure imposition des patrimoines » permettraient de « limiter cet enrichissement indécent », affirme Julia Posca.

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