Photos : CPAC / Daniel Case (CC BY-SA 3.0) | Montage : Pivot

Montée des cas de COVID-19 : la faute aux immigrants, selon le ministre Boulet

Une déclaration du ministre a soulevé un tollé sur les réseaux sociaux.

Dans un tweet publié lundi midi, le ministre de l’Immigration Jean Boulet établit un lien entre le chemin Roxham et la nouvelle vague de COVID-19 associée au variant Omicron. Il demande donc au gouvernement fédéral de fermer ce passage par lequel transitent des demandeurs d’asile.

« Il faut fermer le chemin Roxham. Nous devons tous nous mobiliser devant la remontée des cas de COVID-19 afin de ne pas surcharger notre système de santé! » a-t-il écrit.

Les propos du ministre ont provoqué une vague de réactions indignées sur les réseaux sociaux. Les élu·es et les internautes accusent Jean Boulet de tenir des affirmations infondées et de vouloir mettre la faute sur les plus vulnérables pour détourner l’attention de la responsabilité du gouvernement.

Le tweet du ministre a été relayé par la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, ainsi que par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon. Ce dernier semblait adhérer aux thèses du ministre Boulet, suggérant simplement que l’indépendantisme de son parti constituait une meilleure solution au prétendu problème de la COVID-19 aux frontières.

« Ça fait preuve d’un très grand manque d’humanité », affirme France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone. À ses yeux, « la pandémie devrait plutôt nous inciter à être plus accueillants » envers les gens qui fuient des contextes sociaux difficiles pour trouver refuge au Canada.

Un risque sanitaire?

Qui plus est, « la déclaration du ministre repose sur une grave méconnaissance de la situation », ajoute-t-elle. Les personnes qui entrent au Canada par le chemin Roxham « ne se volatilisent pas dans la nature » : elles « sont accueillies et prises en charge » comme il se doit, précise-t-elle. Elles doivent en effet passer un test de dépistage de la COVID-19 et des mesures de quarantaines sont prévues.

De toute manière, « il n’y a pas des pays ou des types de personnes qui propagent plus le virus que d’autres », insiste France-Isabelle Langlois.

Les personnes demandeuses d’asile « ne sont pas des dangers publics », lance-t-elle.

Plusieurs personnes entrées au Québec par des voies irrégulières telles que le chemin Roxham ont même œuvré comme « anges gardiens » dans le réseau de la santé au cours des premières vagues de la pandémie, en échange de la régularisation de leur statut.

Fermer le chemin Roxham?

Malgré tout, le gouvernement Trudeau envisagerait bel et bien de fermer le chemin Roxham d’ici quelques mois, selon des informations obtenues par Radio-Canada. On ignore toutefois comment il compte s’y prendre précisément.

Mais « si on fait comme ça, les personnes vont trouver d’autres moyens » pour passer la frontière de manière irrégulière, par exemple en traversant de nuit ou en suivant des sentiers dangereux, craint France-Isabelle Langlois. « Elles vont mettre à risque leur sécurité, et on ne saura pas non plus où elles sont, qui elles sont ni comment elles vont » et si elles ont besoin de soins pour la COVID-19, explique la représentante d’Amnistie internationale.

« Si on ne veut plus que les gens passent par [le chemin Roxham], il faut revoir notre entente avec les États-Unis pour permettre aux gens de passer par des postes frontaliers officiels », affirme France-Isabelle Langlois.

Actuellement, l’entente signée entre le Canada et les États-Unis prévoit que les personnes qui fuient leur pays doivent déposer leur demande d’asile dans le premier pays « sûr » qu’elles traversent. Comme les États-Unis sont jugés « sûrs », les personnes qui se présentent à un poste frontalier canadien pour déposer une demande d’asile sont donc automatiquement refoulées.

Si elles n’ont pas de statut migratoire régulier aux États-Unis, elles tombent alors entre les mains des services policiers américains et sont incarcérées, « souvent dans des conditions lamentables », précise France-Isabelle Langlois.

« Les États-Unis ne sont pas un pays sûr », juge-t-elle. Le pays « ne respecte pas le droit international en matière d’immigration et de protection des droits des personnes demandeuses d’asile ».

En fin de compte, les personnes refoulées à la frontière canadienne risquent d’être tout simplement retournées dans le pays d’où elles arrivent. Là, leur sécurité et leur vie sont fréquemment en danger.

Le système canadien, quant à lui, n’est pas parfait, mais « il fonctionne », estime France-Isabelle Langlois. C’est pourquoi autant de gens empruntent le chemin Roxham pour entrer au pays. Cela leur garantit qu’ils ne seront pas retournés aux États-Unis et que leur demande d’asile sera reçue et examinée par le Canada.

Amnistie internationale, avec d’autres organismes, conteste devant les tribunaux canadiens l’entente sur les pays sûrs signée avec les États-Unis. La Cour suprême doit entendre la cause prochainement.

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