Les éducatrices des CPE en grève à Montréal le 12 octobre | Pivot

Grève illimitée dans les CPE : solidarité chez les parents, malgré les difficultés

Le gouvernement Legault parle déjà d’imposer une loi spéciale au nom des parents, mais plusieurs d’entre eux comprennent que la lutte des employées des CPE vise aussi le bien-être des enfants.

Des milliers de travailleuses en CPE ont voté mercredi pour une grève générale illimitée. Celle-ci serait déclenchée d’ici Noël si les négociations avec le gouvernement Legault ne progressent pas. Elle réunirait alors plus de 3000 travailleuses syndiquées avec la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ).

Cette nouvelle fait suite à plusieurs journées de grèves cette semaine dans les CPE de la province, alors que tous les grands syndicats du milieu débrayaient à un moment ou un autre.

La situation affecte bien des parents, mais plusieurs restent solidaires des travailleuses en grève. « C’est sûr que ce n’est pas facile, mais on a décidé de se focaliser sur l’importance de la lutte », affirme Laura René-Iavarone, dont deux enfants sont inscrits en CPE. « Autour de moi, je ne connais pas de parents qui sont fâchés » contre les grévistes, rapporte-t-elle. « Quand on a vu l’annonce d’une grève illimitée, on a stressé cinq minutes, puis on s’est dit qu’on allait s’organiser », par exemple en collaborant avec d’autres parents touchés, raconte-t-elle encore. 

Son de cloche semblable du côté de Pascale Breault, médecin et mère de deux enfants en CPE : « Je suis de garde cette semaine à l’hospitalisation. C’est un casse-tête familial, mais je soutiens les moyens de pression des éducatrices », maintient-elle.

« C’est tough! Mais bon, si ça passe par là pour garantir des conditions de travail qui ont du sens et qui permettent de valoriser cette profession si importante, ainsi soit-il. »

Les éducatrices demandent un meilleur salaire d’entrée ainsi qu’une réduction de leur charge de travail. Selon un récent sondage auprès des membres de la FIPEQ-CSQ, 80% des éducatrices se disent épuisées. Les travailleuses en grève exigent aussi que le gouvernement offre de meilleures conditions à tout le personnel : actuellement, il n’offre que de faibles augmentations de salaire à celles et ceux qui travaillent dans les cuisines ou à l’entretien, ou encore qui offrent du soutien pédagogique.

Selon les syndicats, c’est uniquement en garantissant de meilleures conditions de travail que le gouvernement peut résoudre la pénurie de personnel, et donc le manque de places et les coupes de services dans les CPE.

La grève « a un impact important sur notre organisation familiale cette semaine », mais « on ne peut pas seulement penser court terme », juge Laura René-Iavarone. Elle a pu constater elle-même l’impact de la pénurie de personnel. « Dans notre CPE, il y a des groupes qui ont dû être fermés cet été », raconte-t-elle. « On le sait que c’est difficile, mais les éducatrices ne nous le font jamais sentir », indique-t-elle toutefois.

C’est aussi ce qu’observe Pascale Breault. « C’est arrivé qu’on ait dû venir chercher les filles plus tôt parce qu’il manquait de personnel un soir. Il y a aussi plus de roulement de personnel », explique-t-elle, ce qui pourrait avoir un impact sur certains enfants à besoins particuliers, « des petits loups pour qui l’attachement et la stabilité sont plus centraux ». Mais Pascale Breault raconte que ni elle ni ses filles n’ont subi les contrecoups de l’épuisement des employées des CPE.

« Leur préoccupation première reste toujours le bien-être des enfants, quitte à brûler la chandelle par les deux bouts. »

Or, il ne faudrait pas que le gouvernement se serve du professionnalisme des employées « pour dire qu’il n’y a pas de problème et donc qu’on peut continuer à faire pareil avec moins de ressources. Ce genre de logique finit par avoir un point de rupture », s’inquiète Pascale Breault.

Jeudi, c’est au tour des membres de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) de décider si elles veulent aussi se doter d’un mandat de grève illimitée. Déjà, la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, parle d’imposer une loi spéciale pour bloquer le droit de grève des travailleuses, au nom des parents.

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