Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Bien que l’entreprise embauche des enfants qui n’ont pas l’âge minimal pour travailler, Ado-Actif n’a pas reçu d’amende. C’est ce que révèle une demande d’accès à l’information auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

La CNESST n’a imposé aucune amende à Ado-Actif, qui poursuit ses activités de vente de chocolats dans les rues et les parcs de Montréal cet été. Pivot a appris, par le biais d’une demande d’accès à l’information, que l’entreprise avait fait l’objet de deux signalements depuis avril dernier et de deux inspections de conformité, toutes dates confondues.

De son côté, le cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet, a indiqué qu’une enquête de la CNESST était en cours et que des constats d’infraction avaient été signifiés à l’entreprise, sans qu’ils ne soient accompagnés d’amendes. Ils auraient été émis après la demande d’accès à l’information de Pivot, a spécifié Alice Trahan, attachée de presse du ministre.

Questionnée par Pivot, la CNESST n’a pas voulu confirmer ces informations, ni spécifier la nature des infractions.

L’été dernier, une enquête de Pivot avait révélé que l’entreprise embauchait des jeunes n’ayant pas l’âge minimal de quatorze ans pour travailler au Québec.

Ceux-ci sont payés à la commission, soit 1,50 $ par tablette de chocolat vendue au coût de 6 $. Un dépliant présenté par les jeunes vendeur·euses lorsqu’iels abordent des client·es indique même que les pourboires et les dons ne sont pas permis.

Si l’entreprise affirme être un « programme » visant à « éloigner les adolescents des problèmes de la rue », elle opère toutefois comme une entreprise à but lucratif.

En septembre dernier, Pivot avait révélé qu’Ado-Actif avait précédemment fait l’objet de deux plaintes auprès de la CNESST, liées à des salaires impayés. La CNESST n’avait alors pas non plus voulu indiquer si elle menait ou avait mené des enquêtes suite à ces plaintes.

@pivot.media

L’entreprise de vente de chocolat Ado-Actif, qui avait fait l’objet d’une enquête dans Pivot, continue d’embaucher des enfants qui n’ont pas l’âge minimal pour travailler. Notre journaliste Léa Beaulieu-Kratchanov revient sur les avancées du dossier et fait le point en vidéo.

♬ son original – Pivot Quebec
La journaliste de Pivot Léa Beaulieu-Kratchanov résume les grandes lignes du dossier Ado-Actif.

Que fait la CNESST?

« L’une des faiblesses de la CNESST, ça a toujours été l’inspectorat », critique le porte-parole de Québec solidaire en matière de travail, Alexandre Leduc, déplorant que l’organisme attende souvent un signalement avant de lancer ce processus. « Avec les ressources limitées qu’ils ont, c’est sûr que c’est une organisation qui va beaucoup fonctionner sous forme de plaintes. »

Le travail d’inspection pourrait être d’autant plus ardu qu’Ado-Actif est une entreprise itinérante ne disposant pas de bureau physique, ajoute-t-il.

N’empêche, cela n’explique en rien l’absence de sanctions, juge-t-il.

Pour Alexandre Leduc, qui a travaillé aux changements législatifs ayant instauré un âge minimal pour travailler au Québec, il ne fait aucun doute que l’entreprise commet une infraction en embauchant des jeunes de douze et treize ans.

« J’espère qu’il y a quelque chose qui se trame du côté de la CNESST pour intervenir, parce que, quand c’est de l’exploitation crasse comme ça, on ne peut pas tolérer ça. »

« Ce sont des dossiers qui sont longs, pour lesquels il faut accumuler de la preuve », défend Nicolas Bégin, porte-parole de la CNESST, qui a toutefois refusé de commenter le cas précis d’Ado-Actif.

« Ce n’est pas parce qu’un dossier est en cours de traitement qu’il y a un constat d’infraction qui va être émis à la fin », nuance-t-il aussi. « Il y a un cadre juridique d’émission des constats d’infraction et nous, on travaille à partir de ce cadre-là. »

Il précise que les inspections peuvent notamment être initiées à la suite d’une plainte ou d’un signalement. Si celles-ci sont fondées après vérifications, cela active le processus d’inspection, lors duquel les inspecteur·trices se rendent « sur place ».

Dans le cas d’une entreprise de vente de rue comme Ado-Actif, « on s’ajuste, il y a différents moyens de recueillir l’information pour monter le dossier », explique-t-il, sans donner plus de détails.

Mise à jour : Les réponses du ministère du Travail, obtenues après la parution initiale de l’article, ont permis de préciser que des plaintes avaient mené à des constats d’infraction après la période visée par la demande de Pivot auprès de la CNESST. (18-08-2025)

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