Les mines du Québec ont utilisé près d’un trillion de litres d’eau entre 2012 et 2023, selon les données sur la consommation d’eau des entreprises récemment rendues publiques par le gouvernement du Québec. Cette consommation doit être prise en compte dans l’encadrement de l’industrie alors que le secteur minier devrait connaître une expansion dans le sud du Québec, prévient le groupe environnemental Eau Secours.
Les mines québécoises ont utilisé près de 943 milliards de litres d’eau entre 2012 et 2023 selon les données récemment dévoilées par le gouvernement du Québec et rendues accessibles par un travail de recoupement effectué par l’organisme Eau Secours. Une consommation qui correspond au volume de 31 427 piscines olympiques, soit l’équivalent d’une piscine toutes les 17 minutes sur la période de 12 ans.
Cette eau a été consommée par les 40 complexes miniers actifs durant la période dans la province (dont certains contiennent plusieurs mines) ainsi qu’une usine de traitement du minerai, incluse dans le calcul par Eau Secours car elle effectue des activités qui sont normalement effectuées sur les sites miniers eux-mêmes.
« Ce sont des données qui sont disponibles pour le public depuis 2024, mais qui ne sont pas facilement utilisables, d’où notre idée de créer un outil pour aider à creuser plus loin et pour comprendre l’utilisation d’eau par secteur », explique Rébecca Pétrin, directrice générale d’Eau Secours.
La majorité de l’eau qui est utilisée par l’industrie minière est utilisée pour concentrer les minéraux qu’elle extrait, détaille Geneviève Dubreuil, chercheuse en science de l’eau chez Eau Secours.
« Il y a plusieurs procédés, mais ils ont tous tendance à utiliser beaucoup d’eau. Par exemple, les mines d’or vont mettre la roche dans de grands bassins d’eau avec des produits chimiques très toxiques comme du cyanure pour séparer les matières », explique-t-elle. « Puis une fois qu’ils ont récupéré l’or, l’eau, qui est alors contaminée, va faire partie de leurs résidus miniers », poursuit-elle.
Les mines utilisent aussi beaucoup d’eau pour arroser durant leurs opérations, de sorte que la poussière, qui contient des particules potentiellement dommageables pour la santé des travailleur·euses, reste au sol.
C’est principalement l’eau consacrée à ces deux usages qui est comptabilisée par Québec et pour laquelle les minières doivent payer des redevances. Celles-ci s’élevaient seulement à 2,50 $ par million de litres d’eau consommée durant la période 2012-2023. Ces frais ont été augmentés à 35 $ le million de litres par le gouvernement Legault en 2024.
Deux grandes assoiffées
La mine de fer Mont-Wright près de Fermont, sur la Côte-Nord, et la mine d’or Canadian Malartic, en Abitibi-Témiscamingue, sont de loin les deux plus grandes consommatrices d’eau du secteur, ayant englouti respectivement 365 et 109 milliards de litres d’eau entre 2012 et 2023.
À elle seule, la mine Mont-Wright détenue par la compagnie ArcelorMittal est ainsi responsable de 39 % de la consommation totale du secteur. À cette somme on peut également ajouter une bonne partie de la consommation de l’usine de bouletage d’ArcelorMittal à Port-Cartier, qui a utilisé 59 milliards de litres d’eau pour traiter du minerai provenant de la mine Mont-Wright ainsi que de celle du lac Fire, appartenant aussi à ArcelorMittal.
Si les deux mines sont loin devant les autres, c’est entre autres parce qu’elles sont parmi les plus imposantes du Québec, tant au niveau de leur taille que de la quantité de minerais qui en est extraite. Par contre, le fait qu’elles soient aussi des exploitations à ciel ouvert semble augmenter leurs besoins en eau.
Par exemple, la mine à ciel ouvert Canadian Malartic, opérée par Agnico Eagle, consomme plus de quatre fois plus d’eau que la mine Laronde, une mine souterraine de la même région, détenue par la même entreprise, mais ne produit que deux fois plus d’or par année que cette dernière.
L’or et le fer bien avant l’économie verte
Lorsque l’on répartit la consommation d’eau par rapport au principal minerai extrait sur un site, l’extraction du fer arrive en tête, les quatre mines ainsi que l’usine consacrée au traitement de ce minerai ayant englouti 476 milliards de litres durant la période 2012-2023.
L’or arrive en deuxième place avec 273 milliards de litres, principalement puisque plus de la moitié (24 sur 41) des sites miniers de la province sont consacrés à l’extraction de ce métal précieux.
Les métaux généralement associés à la transition énergétique, comme le graphite (4,5 milliards de litres), le lithium (2,8 milliards de litres) et le nickel (13,9 milliards de litres) arrivent très loin derrière. Notons par contre que plusieurs mines d’or extraient aussi du nickel en petite quantité en marge de leurs opérations. L’utilisation en eau consacrée à l’extraction de ces ressources devrait toutefois augmenter dans les prochaines années, si le boom minier attendu se concrétise.
Une petite portion de l’impact sur la ressource
La situation préoccupe l’équipe d’Eau Secours qui invite le gouvernement et la population à se poser des questions sur l’utilisation de l’eau par les minières.
« En ce moment, c’est un enjeu qui passe largement inaperçu parce que les mines sont dans des régions où il y a amplement d’eau. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut la contaminer sans s’en soucier, mais la question se pose différemment dans des régions où les sources d’eau sont déjà utilisées », remarque Rébecca Pétrin.
D’autant plus que la consommation d’eau comptabilisée par le gouvernement ne représente qu’une infime partie de l’impact d’une opération minière sur les milieux hydriques, prévient-elle.
« Le principal enjeu, celui pour lequel les citoyen·nes viennent vers nous quand ils apprennent qu’on prévoit une mine dans leur région, c’est la destruction de kilomètres carrés de rivières, de lacs et de milieux humides reliés à la construction de la mine et au stockage de ses déchets, » ajoute-t-elle.
De plus, les mines ont souvent de grands effets sur les nappes phréatiques de leurs environs qui peuvent considérablement affecter une région, prévient Geneviève Dubreuil. « Quand on creuse une mine, il y a de l’eau qui s’infiltre et que l’on doit constamment pomper, à la longue ça finit par diminuer les niveaux de la nappe phréatique et c’est là qu’on commence à voir des impacts sur les puits aux alentours », explique-t-elle.
Une fois pompée, cette eau s’ajoute à celle utilisée pour les procédés miniers et est souvent rejetée dans l’environnement après avoir été traitée par la minière. Un traitement améliore significativement la qualité de cette eau, mais ne la retourne pas non plus à un état naturel exempt de tout contaminant, confirme la chercheuse.
« En ce moment, c’est un enjeu qui passe largement inaperçu parce que les mines sont dans des régions où il y a amplement d’eau. »
Rébecca Pétrin, Eau Secours
« C’est certain qu’il y a toujours des métaux lourds et d’autres matières en suspension qui peuvent avoir des effets cumulatifs, surtout dans les régions où il y a une grande activité minière », remarque la chercheuse. « Par exemple, en Abitibi, il y a des rivières qui ne pourront tout simplement plus jamais être utilisées pour des activités comme la pêche ou la baignade. »
« C’est une question à laquelle nous ne sommes pas habitués de penser parce que nous sommes habitués d’avoir beaucoup d’eau au Québec, mais nous sommes rendus à une époque où on multiplie les projets qui sont aussi de plus en plus gros, parce que le minerai est toujours plus profond et dans de la roche qui en contient de moins en moins », poursuit Geneviève Dubreuil.
« Chose certaine, c’est qu’en ce moment, le cadre législatif au Québec et au Canada n’est pas suffisant pour permettre que les nouvelles minières en viennent à utiliser des technologies ou des façons de faire qui utilisent moins d’eau », conclut Rébecca Pétrin.