Réfléchi par l’ensemble des groupes communautaires et organisations publiques du Sud-Ouest de Montréal, un pôle communautaire venant en aide aux personnes les plus en danger de ce secteur se voit aujourd’hui menacé d’être déplacé sans qu’aucun groupe expert n’ait été consulté sur la faisabilité et les effets d’une telle mesure.
À la suite de quelques publications de traînards sur des groupes Facebook et des interventions iniques au conseil d’arrondissement du Sud-Ouest, la Maison Benoît Labre est aujourd’hui la cible du maire d’arrondissement Benoît Dorais et du ministre Lionel Carmant, qui veulent déplacer son centre de jour.
Tout ça parce que la présence de personnes itinérantes qui sont accueillies en journée par la Maison Benoît Labre importune les bon·nes citoyen·nes du secteur. Un autre beau cas de « pas dans ma cour »!
Qu’est-ce que la Maison Benoît Labre? Il s’agit d’une véritable institution communautaire du Sud-Ouest dont l’histoire remonte en 1952 dans Griffintown. La Maison a traversé les époques et transformé sa mission au gré des changements dans le quartier, en offrant notamment des services aux plus démuni·es lors de la récession économique des années 1980. La Maison Benoît Labre a su adapter sa mission et ses méthodes à travers les années et ses deux récents déménagements illustrent cette résilience.
Ce n’est pas le temps de se diviser et de reculer sur ces projets essentiels. Ceux-ci doivent se multiplier.
Sans aucune analyse, recommandation d’expert·e en soutien aux personnes en situation d’itinérance, ni concertation avec le milieu, les deux élus sont prêts à jeter aux poubelles une dizaine d’années de travail de concertation et d’élaboration d’un pôle de services.
Faisable?
Mais le conseiller et le ministre ont-ils le pouvoir de forcer la relocalisation d’une partie des services offerts par la Maison Benoît Labre?
La réponse courte est non.
À travers les années, les organismes communautaires ont développé une forte et importante autonomie face aux pouvoirs publics. C’est ce qui donne sa résilience à ce réseau d’organisations et lui permet de continuer son travail avec les populations marginalisées, malgré les aléas du cirque électoral et le va-et-vient des élu·es.
Une ressource issue de la concertation
Rappelons-nous que le développement de service 24/7 aux personnes en situation d’itinérance était l’une des recommandations phares du Forum sur l’itinérance et la précarité des conditions de logement tenu en 2015. Différents acteurs communautaires, de l’arrondissement, de la santé publique et du SPVM avaient participé à cet événement et émis quatorze recommandations.
Les deux élus sont prêts à jeter aux poubelles une dizaine d’années de travail de concertation et d’élaboration d’un pôle de services.
Après une décennie de travaux et une étroite collaboration entre les différents paliers de gouvernement et les groupes communautaires du secteur, le déménagement de la Maison Benoît Labre près du marché Atwater allait permettre à ces services tant réclamés dans le quartier d’enfin se concrétiser.
L’impact social du chialage
Rares sont les services pour personnes en situation d’itinérance ou de vulnérabilité qui ne font pas réagir les riverain·es et les traînards d’internet. Avant même l’ouverture du centre de jour, une campagne de salissage s’organisait déjà sur internet et des plaintes contre l’arrivée de la Maison Benoît Labre dans le quadrilatère y pullulaient.
Dès l’ouverture du centre, des commentaires écrits d’avance ont afflué sur les réseaux sociaux, inondant la toile de publications nauséabondes. Cet été, on accusait la Maison Benoît Labre de tout et de rien. « Ses usagers » étaient dépeints de la pire des manières et le centre était rapidement devenu l’origine de tous les problèmes.
Comme si une ressource pour personnes en situation d’itinérance était la cause de l’itinérance.
Un vol de coussins de patio est même devenu l’objet d’une chronique, des plus irréfléchies, publiée dans La Presse.
Quelques jours plus tard, une autre personne accusait, sans preuve aucune, la Maison Benoît Labre d’une entrée par effraction à son domicile.
Comme si une ressource pour personnes en situation d’itinérance était la cause de l’itinérance. Est-ce vraiment à cette logique que souscrivent nos élus?
Brûler les ponts et accuser ceux qui tentent de les traverser
La Ville de Montréal se tire dans les pieds depuis des années en démantelant des campements dans tous les coins de la ville. Chaque fois, cela vulnérabilise davantage les résident·es de ces camps, qui doivent constamment se déplacer et trouver du nouveau matériel pour s’abriter.
Cette fois, on s’apprête à mettre en danger un service essentiel. Si les travailleur·euses du communautaire ne sont pas là pour offrir des services dignes aux personnes vulnérables, qui le fera? Certainement pas les fonctionnaires municipaux ni les traînards d’internet.
Comme l’affirment le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal et le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal, ce n’est pas le temps de se diviser et de reculer sur ces projets essentiels. Ceux-ci doivent se multiplier dans tous les quartiers de Montréal.
L’administration municipale doit soutenir ces projets et ne pas se plier à la pression de quelques-un·es. Dans tous les quartiers, le syndrome du pas dans ma cour se fait entendre. Il faut plutôt multiplier les centres de jour, les ressources d’hébergement d’urgence ainsi que l’offre de logements sociaux destinés aux personnes en situation d’itinérance.