Fier·es de quoi?

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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Fier·es de quoi?

La parade de la Fierté de Toronto a été interrompue par des militant·es pro-palestinien·nes en juin dernier. Fierté Montréal s’arrange pour que son défilé le soit aussi.

Tout le monde parle de « pinkwashing » ces jours-ci. C’est normal à ce temps-ci de l’année, alors qu’on entame notre deuxième pride. Les fêtes, les défilés, la publicité et les spectacles permettent chaque année à des compagnies d’épargner des millions en impôts tout en se payant un bon coup de pub.

Et il ne manque pas de gais corpos dans les organismes LGBT pour rosir les dollars de TD. La banque a intérêt à s’acheter un peu d’acceptabilité sociale, quand on connaît son implication dans le pétrole et le génocide.

Pour ça, on peut toujours compter sur du monde comme Carlos Godoy. Président de l’organisme Ga’ava, dédié à la communauté juive LGBTQ+, Godoy n’est pas juif lui-même, mais il est férocement sioniste.

Le Gentil sioniste

Je me souviens l’avoir rencontré quelques fois en 2008 quand il était à la Chambre de commerce gaie du Québec. Ça devait être dans des cinq à sept, des trucs du Forum Jeunesse.

L’année suivante, il était allé en Israël avec ma coloc et prédécesseure à la présidence de la Fédération étudiante collégiale du Québec. C’était dans le cadre d’un programme du défunt Comité Québec-Israël (CQI), par lequel des leaders d’organismes jeunesse québécois voyageaient tous frais payés pour constater de leurs yeux les bénéfices du régime d’occupation.

Disons que certaines personnes étaient plus sceptiques que d’autres aux arguments sionistes.

Le prétendu allié attise les flammes de la haine contre les objecteur·es de conscience.

Mais Carlos Godoy était apparemment du genre à mener lui-même la mission après que le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ait remplacé le CQI. En 2015, il a fièrement co-piloté un voyage pour vanter les vertus d’Israël à quelques membres éminent·es de la communauté LGBTQ+, dont la présidente de la fondation Émergence, un journaliste de Fugues et, bien sûr, une représentante des forces policières.

Et si on en croit ses récentes diatribes dans les communiqués de Ga’ava au sujet des ayatollahs et du Hamas, en réponse à une dénonciation par le Conseil québécois LGBT du pinkwashing mené par le gouvernement israélien, il n’y a aucun doute que le gars a bu le Kool-Aid.

Au nom de qui?

Alors qu’il n’est lui-même pas Juif, le président de Ga’ava s’élève contre les milliers de personnes qui ont courageusement bravé les intempéries et la répression alors que les cadavres s’empilent aux portes de l’Égypte dans l’indifférence glaciale de nos élites politiques.

Le prétendu allié attise les flammes de la haine contre les objecteur·es de conscience, notamment juif·ves et queers, qui ne cessent de dirent « pas en mon nom ».

Il prétend qu’un rectangle est un carré en disant que Ga’ava est simplement un organisme juif. Certes, mais c’est aussi un organisme ouvertement sinoniste. Ce manque de courage dans la défense de leurs opinions est typique des peddlers du génocide. Les sionistes se servent toujours de la communauté juive comme bouclier humain pour mener leur campagne suprémaciste.

Il n’y a aucun doute que le gars a bu le Kool-Aid.

Heureusement, nous ne sommes pas dupes et ne faisons pas le genre d’amalgame grossier auquel Godoy lui-même s’adonne quand il répondait « si tu ne veux pas mourir, ne commence pas la guerre » à un commentaire sur Instagram implorant la fin du génocide. Nous luttons aux côtés de nos camarades juif·ves depuis des mois, il n’y a rien d’antisémite à dénoncer le sionisme.

Ga’ava ne fait pas de place aux Juif·ves anti-sionistes dans son organisation, ce n’est rien d’autre qu’un véhicule pour son idéologie violente. Fierté Montréal déclarait à Pivot être pacifiste et défendre la diversité des perspectives, alors il n’y a aucune raison pour que le discours belliqueux et suprémaciste de Godoy passe si facilement.

Ou peut-être que ça fait juste partie de la business.