Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Les règles de couverture des grands médias et la relativement courte durée des campagnes électorales font que la grande majorité des 21 partis provinciaux reconnus par Élections Québec ne reçoivent pas ou très peu d’attention médiatique. Voici un tour d’horizon des propositions des formations politiques méconnues qui présentent des candidat·es dans au moins dix circonscriptions.

Climat Québec, pour une république pro-climat

Le parti dirigé par Martine Ouellet mise sur son projet d’établir une république du Québec dont la priorité serait de répondre à l’urgence climatique. S’il en venait à prendre le pouvoir, Climat Québec mettrait en place une assemblée constituante pour déterminer une constitution du Québec qui serait ensuite adoptée par voie référendaire, cimentant la séparation de la province du reste du Canada.

« Voter pour Climat Québec, c’est de dire qu’il faut arrêter de foncer dans le mur, qu’il faut revenir au bien commun », explique Martine Ouellet en entrevue. « Actuellement, comme je le disais, les partis sont bien trop complaisants ou même complices des lobbies. C’est du gaspillage éhonté d’argent public », poursuit-elle.

« Voter pour Climat Québec, c’est de dire qu’il faut arrêter de foncer dans le mur, qu’il faut revenir au bien commun. »

Martine Ouellet, Climat Québec

« Toutes les décisions doivent être prises à travers le prisme du climat, le prisme du bien commun, dans une perspective d’équité sociale et économique », répond-elle lorsque questionnée sur ce qui fait la particularité de son parti.

Climat Québec présente des candidat·es dans 52 circonscriptions. Le parti compte utiliser la majorité des fonds obtenus grâce aux votes qu’il recevra pour appuyer des luttes citoyennes liées à l’environnement.

« On est le seul parti présent avec les citoyens, on les outille, on les appuie », clame Martine Ouellet.

Le Parti nul, faire parler l’abstention

En participant aux élections, la volonté du Parti nul est d’offrir une case « j’annule mon vote » sur les bulletins que rempliront les électeur·trices. Rappelons que le système québécois ne comptabilise pas les votes annulés par des procédés comme cocher plusieurs cases sur le bulletin, même si cette pratique est bien ancrée dans les usages.

« Ça vaut la peine de prendre le vote, non pas pour cautionner le système, mais pour revirer cette arme contre le système lui-même », explique en entrevue Renaud Blais, co-dirigeant du parti.

« La population n’est pas dupe du fait que notre système électoral n’est pas pleinement démocratique, ou du moins les choses sur lesquelles on a une emprise en tant que société sont principalement des choses sur lesquelles tout le monde est déjà pleinement d’accord, qui sont présentées comme exemple de consensus démocratique, puis de collaboration entre les partis », poursuit-il.

« Mais quand il est question de remettre en cause les privilèges d’une élite qui se maintient au pouvoir, puis le système économique, puis les vraies causes de la crise écologique, on n’est jamais capable d’avoir de l’emprise là-dessus, peu importe sur qui on vote », poursuit-il.

« J’ai l’impression que le néolibéralisme a complètement bouché nos imaginaires. »

Jenny Cartwright, Parti nul

« C’est important d’arrêter de placer tous nos espoirs dans un système électoral qui fonctionne exactement la manière qu’il est fait pour fonctionner, c’est-à-dire pour canaliser le pouvoir entre les mains de ceux qui l’ont déjà », ajoute-t-il.

« J’ai l’impression que le néolibéralisme a complètement bouché nos imaginaires », ajoute Jenny Cartwright, l’autre co-dirigeante du Parti nul.

« On est incapable de se projeter dans une autre façon de vivre, mais on n’a pas le choix parce que la manière dont on vit en ce moment n’est pas tenable. C’est vrai au niveau des élections, mais aussi au niveau de plein d’autres aspects de nos vies. Et peut-être que si le Parti nul peut faire rêver un peu, puis semer des graines de possibles dans la tête des gens, on aura déjà fait notre travail », illustre-t-elle.

Entre les élections, le Parti nul compte utiliser les fonds associés aux votes qu’il recevra pour braquer les projecteurs sur des groupes qui cherchent à penser l’exercice du pouvoir citoyen autrement. Il souhaite aussi tisser des liens entre ces groupes.

Le Parti nul compte 38 candidat·es à la présente élection.

Le Parti vert du Québec, un projet écosocialiste

Le programme du Parti vert est présenté dans un document de 80 pages qui détaille ses propositions dans toutes les sphères de compétence provinciale. Le programme est plus détaillé que ceux de la majorité des cinq grands partis. En résumé, le Parti vert se veut « un programme social où personne n’est laissé pour compte » en plus d’un programme environnemental.

« Le parti a adopté un programme écosocialiste qu’on développe depuis 13 ans maintenant », précise en entrevue Alex Tyrrell, le chef du parti.

« C’est ça que j’aime au Parti vert : il permet vraiment d’intervenir sur l’ensemble des enjeux de la politique québécoise, même parfois canadienne et internationale, de parler d’environnement, de politiques antiguerres, et de faire le lien entre les deux. Je pense que c’est une organisation qui peut contribuer beaucoup à l’avancement des projets de gauche », poursuit-il.

« Puis on fait tout ce qu’on peut pour influencer le débat et tirer l’ensemble de la politique québécoise vers l’environnement, la justice sociale, l’antiracisme, l’inclusion et les valeurs progressistes. »

Alex Tyrrell, Parti vert

Le parti a été qualifié de « pro -russe » à plusieurs reprises pour avoir appelé à une cessation immédiate des hostilités en Ukraine, en pliant à plusieurs demandes de Moscou. « Le Parti vert du Québec a toujours été pour la paix. Ça déplaît à certaines personnes qui voudraient une escalade de cette guerre-là. Mais nous autres, on est fiers de défendre une voie pour la paix », se défend Alex Tyrrell.

« Les gens qui dénoncent des guerres sont toujours qualifiés de pro-ennemis. Ce qui est vraiment dommage, c’est que malgré le fait que le Canada s’en va vers une escalade en consacrant 5 % du PIB à l’armement, c’est absent du débat », ajoute-t-il.

Interrogé à savoir ce que son parti fera avec les allocations d’Élections Québec en raison des votes que son parti recevra, Alex Tyrrell répond : « Entre deux élections, le parti joue le rôle d’un groupe militant. Donc, on se promène à travers le Québec, on rencontre des gens qui se battent pour l’environnement, des gens qui s’opposent à des projets miniers, des communautés autochtones qui résistent à l’extractivisme ».

« Puis on fait tout ce qu’on peut pour influencer le débat et tirer l’ensemble de la politique québécoise vers l’environnement, la justice sociale, l’antiracisme, l’inclusion et les valeurs progressistes », explique-t-il.

Le Parti vert présente 37 candidat·es à cette élection.

Le Parti canadien du Québec, l’unité nationale avant tout

Le Parti canadien du Québec n’a pas fait suite à nos demandes d’entrevue mais, sur son site, le parti se présente comme « le seul parti entièrement fédéraliste du Québec ». Il dit vouloir renforcer les droits des minorités et combattre la montée de l’antisémitisme. Sa plateforme mise aussi sur une réduction drastique de l’impôt aux entreprises de 11,75 % à 5 % pour les grandes et de 2 % pour les PME, en plus de réduire l’impôt des particuliers.

Le parti veut entre autres stimuler la construction de logement dans le secteur privé, garantir l’accès à un système de santé public, « protéger les propriétaires d’armes à feu respectueux » et prévenir la criminalité juvénile avec des programmes de mentorat jumelant « les jeunes à risque de recrutement par des gangs » avec « des entrepreneurs, des gens de métier, des athlètes, des vétérans et des leaders communautaires ».

Le parti présente 29 candidat·es aux élections.

Démocratie directe, fini les ministres

Démocratie directe n’a pas fait suite à nos demandes d’entrevue. Sur son site, le parti affirme croire « en la puissance du peuple québécois ».

Sa mission : « bâtir une démocratie directe, moderne et accessible à tous. Nous voulons donner à chaque citoyen le pouvoir réel d’agir, de décider, de transformer l’avenir du Québec. Ensemble, nous forgeons une société plus juste, plus forte, plus visionnaire ».

Le parti offre une plateforme concrète où il dit entre autres vouloir augmenter la productivité de l’économie du Québec et combattre l’inflation; s’appuyer sur la technologie pour révolutionner le domaine de la santé; investir massivement en éducation et dans les transports collectifs; encadrer l’IA sans étouffer l’innovation et construire 150 000 logements abordables d’ici 2030.

Mais le cœur de leur projet politique consiste à une revue en profondeur du système de gouvernance québécois, qui éliminerait la fonction de ministre pour la remplacer par des directeurs choisis par des citoyen·nes pour leurs compétences et redevables auprès d’elleux.

Démocratie directe présente des candidat·es dans 28 circonscriptions.

Présence Québec, miser sur la vitalité humaine

Présence Québec se dit un parti « d’inspiration philosophique ». « Ce qu’on voit et qui nous fait mal de voir, c’est qu’il y a beaucoup de problèmes de santé mentale, les gens souffrent », confie le chef du parti, Guillaume Tremblay, en entrevue.

« On ne cherche pas le pouvoir, il va venir à nous si on est assez pertinent, philosophique, parce qu’on veut retourner au sens des choses avant de proposer des programmes pour avoir un projet de société », répond-il lorsque questionné sur la proposition politique de son parti.

« On ne cherche pas le pouvoir, il va venir à nous si on est assez pertinent. »

Guillaume Tremblay, Présence Québec

« Quand il y a une crise économique, c’est parce qu’on manque de vitalité économique, mais ça veut aussi dire que ça manque de vitalité humaine. Nous, on veut tourner tous les organismes gouvernementaux vers la vitalité humaine, ça va créer une richesse économique et sociale incommensurable, mais ça va nous faire du bien dans le processus », précise-t-il.

Le parti qui présente des candidat·es dans 18 circonscriptions veut utiliser l’argent qu’il collectera grâce aux votes pour organiser des conférences et des formations sur l’écoute active et la communication non-violente en attendant la prochaine élection. « C’est une façon de redonner son argent au peuple », explique Guillaume Tremblay.

Les communistes, en double

Deux partis s’affichent comme ouvertement communistes durant la présente campagne : le Parti communiste du Québec qui présente 10 candidat·es et le Parti marxiste-léniniste du Québec qui en présente 12.

Le parti communiste du Québec, affilié à celui du Canada, vise la mise en place du socialisme et le renversement complet du système capitaliste, peut-on lire sur son site. Stéphane Doucet, candidat du parti dans Laurier-Dorion, explique que son parti existe en continuité avec la mouvance communiste internationale du début du XXe siècle. « Notre programme, c’est la lutte », clame-t-il.

Plus précisément, son parti veut valoriser le travail contre le capital, étendre le droit de grève plutôt que de le restreindre, mettre en place une économie planifiée, mettre un monopole de l’État sur les services publics, recadrer le rôle du Québec à l’international, notamment en fermant le bureau du Québec à Tel-Aviv et en rouvrant celui à La Havane.

« Notre programme, c’est la lutte »

Stéphane Doucet, Parti communiste du Québec

En dehors du cycle électoral, le parti travaille à faire avancer la cause des travailleur·euses et s’implique dans des organisations comme le Mouvement québécois pour la paix et la Table de concertation Québec-Cuba, explique Stéphane Doucet.

Le parti veut ultimement instaurer un système socialiste au Québec et au Canada même s’il est bien conscient que cela n’arrivera pas à ce cycle électoral, confie Stéphane Doucet.

Le Parti marxiste-léniniste reste flou sur ses intentions, sinon celles d’humaniser l’environnement social et naturel, de renouveler les institutions démocratiques et de transférer « l’aide aux riches » aux mouvements sociaux. Appelé à préciser sa plateforme et ses positions, le parti n’avait pas eu le temps de nous revenir au moment d’écrire ces lignes.

Quant à savoir quelle est la différence entre les deux partis communistes qui participent aux élections en cours, Sébastien Doucet concède que les différences idéologiques entre les deux partis sont bien réelles, mais possiblement trop nichées pour l’essentiel de l’électorat.

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