Le territoire qui est gouverné par les peuples autochtones du Canada contribue significativement au captage naturel du carbone ainsi qu’à la protection de la biodiversité, selon une nouvelle étude. De plus, lorsque les Premières Nations et les Inuit reçoivent du financement fédéral pour les soutenir dans leurs efforts, ces terres tendent à performer mieux que les aires protégées du pays.
Les territoires administrés par les peuples autochtones x et de protection de la biodiversité au Canada, selon une étuderécemment publiée dans la revue scientifique Advancing Earth and Space Science.
Celle-ci démontre que les initiatives autochtones de conservation financées par le gouvernement fédéral ont même une performance environnementale qui dépasse celle des aires protégées administrées par le gouvernement lui-même.
De plus, même sans financement dédié à des fins de conservation, les terres autochtones tendent à contribuer à la protection de la biodiversité et au captage du carbone de façon comparable aux terres protégées par les gouvernements provinciaux ou le fédéral.
« Les plantes et le sol peuvent absorber d’importantes quantités de carbone, mais si on vient perturber le territoire, comme en coupant des arbres, on risque de le relâcher dans l’atmosphère », explique Camilo Alejo, principal auteur de l’étude. « Au contraire, on voit que les peuples autochtones arrivent, en jumelant leurs savoirs traditionnels à la science occidentale, à améliorer la qualité de leurs territoires tout en en faisant usage », poursuit-il.
De la même façon, les terres autochtones tendent à abriter une importante biodiversité comparée au reste du territoire. « Ce que notre étude démontre, c’est que ce ne sont pas juste des territoires où il y a plus d’oiseaux, de mammifères et de plantes, mais ce sont aussi des habitats qui tendent à réunir des conditions qui contribuent à ce que ces espèces continuent de prospérer », précise le chercheur post-doctoral en géographie à l’Université Concordia.
« Les peuples autochtones tendent à avoir une approche holistique dans leur projet de conservation par rapport aux approches normalement utilisées, qui tendent à se concentrer sur une espèce en particulier. C’est ce qui fait leur grande force », poursuit Camilo Alejo.
Un investissement rentable
L’étude suggère également que les systèmes de gouvernance autochtone parviennent à des résultats tangibles avec relativement peu de moyens lorsqu’on les appuie.
La majorité des projets de conservations financés par le gouvernement fédéral recensé dans l’étude l’étaient à travers le programme des gardiens autochtones. Ce programme, qui a financé 240 initiatives de conservation menées par des communautés des Premières Nations, inuites ou métisses entre 2018 et 2024, compte aujourd’hui environ 85 projets actifs.
« C’est un programme qui a de grands impacts, mais qui a le défaut d’offrir du financement qui est souvent précaire et de courte durée », remarque Camilo Alejo. En effet, la plupart des projets financés par le programme ne le sont que pour un an ou deux, et ne se contentent que de quelques dizaines de milliers de dollars pour opérer.
«On voit que les peuples autochtones arrivent, en jumelant leurs savoirs traditionnels à la science occidentale, à améliorer la qualité de leurs territoires tout en en faisant usage. »
Camilo Alejo, chercheur à l’Université Concordia
Ces sommes modiques ne représentent qu’une petite partie des 1,4 milliard $ que le gouvernement fédéral prévoit de dépenser au cours de la décennie 2020 pour mettre en place des solutions climatiques basées sur la nature.
« En voyant l’effet que ces programmes ont sur de très courtes périodes, on peut supposer que si on leur offrait du financement à long terme, leur effet sur l’environnement en serait sûrement décuplé », remarque le chercheur.
De plus, ces initiatives s’accompagnent de plusieurs retombées sociales et culturelles pour les communautés qui les mettent en œuvre, selon l’étude. « C’est la grande force de leur approche holistique. Elle ne se contente pas de choisir entre mitiger les changements climatiques, bâtir de la gouvernance locale ou faire de la transmission de savoir entre les aîné·es et les jeunes : ces projets font tout ça en même temps et même plus », souligne Camilo Alejo.
« C’est vraiment une vision qui allie nature et communauté, et j’irais encore plus loin en disant que ces projets sont un des moteurs qui permet de contribuer à l’autodétermination des peuples autochtones », remarque-t-il.
Un effort souvent ignoré des décideurs
L’étude, la première du genre à être menée au Canada, fait écho à plusieurs autres menées dans le reste du monde, qui soulignent l’importance du travail fait par les peuples autochtones pour le conservateur du territoire qui les soutient.
Un travail qui doit être considéré par les décideurs alors que la majorité des États, dont le Canada, se sont engagés à protéger 30 % de leur territoire d’ici 2030, rappelle l’étude.
Or, la protection du territoire passe souvent par le déni des droits ancestraux des peuples autochtones ou même l’interdiction pour ceux-ci d’accéder au territoire.
« C’est vraiment une vision qui allie nature et communauté, et j’irais encore plus loin en disant que ces projets sont un des moteurs qui permet de contribuer à l’autodétermination des peuples autochtones. »
Camilo Alejo, chercheur à l’Université Concordia
L’absence de reconnaissance des droits ancestraux des autochtones est d’ailleurs une des principales limites à leur action environnementale, souligne Camilo Alejo.
« Dans le cadre de notre étude, nous avons dû nous limiter à étudier les territoires officiellement reconnus par le gouvernement fédéral comme étant des terres autochtones. C’est problématique à plusieurs égards, mais on a dû faire ce choix pour s’assurer de ne pas fausser nos données », explique-t-il.
En effet, si les peuples autochtones du Canada ont souvent un effet bénéfique bien au-delà des territoires qui leur sont officiellement reconnus, ils partagent souvent l’usage des terres qu’ils revendiquent avec des entreprises forestières ou des minières dont les activités ont un effet tangible sur la performance environnementale de ces territoires.
« On sous-estime probablement tout l’effet apporté par le travail d’aménagement du territoire des peuples autochtones sur leurs territoires ancestraux. Mais c’est très difficile à mesurer et encore plus à préserver lorsqu’on ne leur reconnaît pas la pleine possession de ces terres », conclut Camilo Alejo.