Nouvelle manifestation contre l’éducation sexuelle et « l’idéologie de genre »

Une contre-manifestation aura aussi lieu samedi pour répondre au rassemblement mené par un groupe conservateur.
Manifestation précédente d’Ensemble pour protéger nos enfants, à Montréal, le 20 septembre 2024. Photo: Francis-Hébert-Bernier

Un groupe conservateur aux accents religieux, défavorable aux droits des jeunes trans, organise une nouvelle manifestation samedi à Montréal, deux ans après celles qui ont mené au Comité de sages sur l’identité de genre. Une contre-mobilisation est aussi organisée pour faire face à ce mouvement jugé transphobe.

Le groupe conservateur Ensemble pour protéger nos enfants (EPPNE) appelle à une nouvelle manifestation contre « l’idéologie de genre dans les écoles », ce samedi 20 septembre au matin, au centre-ville de Montréal, près de la station de métro Guy-Concordia.

« Nous demandons un moratoire sur l’enseignement du cours de Culture et citoyenneté québécoise, tant que l’idéologie du genre y sera enseignée », précise Isabelle Laurin, secrétaire d’EPPNE, par courriel.

Des groupes LGBTQ+ et antifascistes appellent quant à eux à une « contre-manifestation pour les vies trans » ce samedi, au même endroit. « Nous manifestons pour défendre nos communautés », peut-on lire dans l’appel.

« Nous sommes les enfants qu’EPPNE dit vouloir protéger », ajoute en entrevue Celeste Trianon, l’une des co-organisatrices de la contre-manifestation. « Mais nous n’avons qu’été harcelé·es et injurié·es par eux depuis deux ans », critique-t-elle.

En effet, EPPNE a déjà contribué par le passé à l’organisation de plusieurs manifestations similaires depuis deux ans, dont celles tenues à l’automne 2023, qui avaient fait face à une importante contre-mobilisation de manifestant·es LGBTQ+ et de leurs allié·es.

Ces mobilisations avaient mené le gouvernement Legault à mettre sur pied, en décembre, son « Comité de sages » pour examiner les « questions sensibles liées à l’identité de genre ». Pivot avait d’ailleurs révélé qu’EPPNE avait rencontré le comité, dont les travaux ont finalement mené à un rapport faisant craindre des reculs pour les droits des personnes trans dans la province.

Plusieurs des précédentes manifestations d’EPPNE s’inscrivaient dans des mobilisations pan-canadiennes – les Million Marches for Children – mais, cette fois, il semble plutôt s’agir d’une sortie isolée, tenue deux ans jour pour jour après la première grande manifestation du genre.

Pas de genre à l’école

EPPNE estime qu’il n’est pas approprié de parler de dysphorie et de transition de genre dans les écoles primaires et secondaires, puisque ces questions ne concerneraient « qu’une petite minorité de la population » et que les connaissances à ce sujet seraient insuffisantes.

« Un tel sujet de débat n’a pas sa place dans les écoles et une option ne peut être imposée aux enfants », dit Isabelle Laurin. Elle avance que « les réponses développées dans les programmes scolaires relèvent de traitements expérimentaux, au mieux, de la maltraitance au pire ».

Rappelons que les bienfaits du soutien de l’entourage ainsi que des soins médicaux existants pour les jeunes trans et non binaires font plutôt l’objet d’un large consensus scientifique.

« Les jeunes trans et queers méritent de grandir dans un monde qui respecte leur existence et leurs vécus », déplore Celeste Trianon, « et non un monde dans lequel leurs réalités sont censurées. »

Au moment de la rentrée cette année, des enseignant·es avaient reçu des tracts distribués par EPPNE dénonçant le programme de Culture et citoyenneté québécoise, qui comprend un volet d’éducation à la sexualité et qui « n’a rien de québécois et représente une menace pour l’intégrité de nos enfants et de nos familles », selon l’organisation.

Un groupe religieux hostile aux droits trans

EPPNE assure ne pas défendre d’idées homophobes ou transphobes.

Isabelle Laurin affirme que les membres du groupe « compatissent envers les personnes souffrant de dysphorie de genre », un « trouble de l’identité […] réel » qui mérite un soutien, selon EPPNE.

« La divergence de vues concerne […] les réponses à apporter à ce trouble de l’identité », enchaîne la secrétaire du groupe, contestant « l’imposition de théories contestées, hautement contestables, comme solution à [c]es souffrances » et plus particulièrement le fait d’y sensibiliser les jeunes.

EPPNE maintient que la transidentité à l’enfance et à l’adolescence « se résorbe naturellement dans la quasi-totalité des cas », ce que démentent les plus récentes études.

EPPNE affiche sur les réseaux sociaux des prises de position remettant en doute l’existence légitime des personnes trans et soutenant la restriction de leurs droits. Le groupe cible tout particulièrement les plus jeunes, notamment en ce qui concerne l’accès aux soins de santé et le changement de nom et de pronoms à l’école, mais certaines publications s’attaquent plus globalement aux personnes trans de tous âges.

« Les jeunes trans et queers méritent de grandir dans un monde qui respecte leur existence et leurs vécus. »

Celeste Trianon

Le groupe qui se dit principalement composé de « parents et de grands-parents » défend aussi les « droits des parents » sur leurs enfants, en particulier en matière d’éducation. « Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants et sont également l’autorité première », argue Isabelle Laurin.

Notons que la rhétorique des « droits parentaux » est étroitement associée aux milieux religieux conservateurs chrétiens, qui en font un fer de lance pour mieux s’attaquer aux droits LGBTQ+ plus largement.

« L’autorité parentale n’est pas absolue », signale quant à elle Celeste Trianon. « Elle s’exerce en fonction du meilleur intérêt de l’enfant et ne peut jamais outrepasser celui-ci – et ce meilleur intérêt inclut le fait de connaître le monde autour d’eux. »

EPPNE entretient des liens avec les milieux religieux conservateurs, surtout catholiques, mais aussi musulmans. Son vice-président, Jean-Léon Lafitte, préside aussi l’Association des parents catholiques du Québec, qui promeut « les valeurs catholiques en matière d’éducation, de famille et de culture » notamment par des démarches politiques.

L’organisation relaie aussi beaucoup d’informations de la Campagne Québec-Vie, qui organise chaque année une grande marche contre l’avortement à Ottawa.

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