Faisant suite à l’enquête menée par Deb Haaland, la première autochtone à diriger le ministère de l’Intérieur des États-Unis, le 25 octobre dernier, le président Biden a présenté des excuses pour le rôle du gouvernement américain dans le système des pensionnats autochtones.
Cette enquête a révélé que près de 18 000 enfants autochtones ont été enlevés de force de la garde de leurs parents afin de fréquenter des écoles qui avaient pour objectif l’assimilation des peuples autochtones.
Après ces excuses, on ignore si des mesures compensatoires et transformatrices seront mises en œuvre. Or, pour que des excuses soient porteuses de changement, il faut non seulement reconnaitre la faute, mais surtout métamorphoser des relations fondées sur la colonisation des Autochtones. Renouveler les relations requiert non seulement la réparation, mais surtout la reconnaissance des conséquences des torts. Ultimement, il faut faire des choix politiques différents.
Au Canada, ce processus a débuté en 2007, avec la mise en œuvre d’une convention de règlement prévoyant une approche holistique qui se déploie notamment dans des dédommagements financiers, des mesures de soutien et de guérison ainsi que la mise sur pied de la Commission de vérité et réconciliation. En effet, une politique d’assimilation similaire a eu cours chez nous, où plus de 150 000 enfants autochtones ont été séparés de leurs familles et de leurs communautés pour être forcés à fréquenter les pensionnats indiens.
Le but ultime du règlement est la réconciliation.
Le 11 juin 2008, le premier ministre Harper prononçait des excuses pour le rôle joué par le Canada dans les pensionnats autochtones, reconnaissant les effets de politiques qui ont été funestes et qui ont « causé des dommages durables à la culture, au patrimoine et à la langue autochtones ».
Revenons sur l’histoire et sur l’avenir de la réconciliation au Canada.
Une lutte de longue date, encore actuelle
En septembre dernier, l’architecte des excuses et du règlement visant les pensionnats indiens, l’ex-chef national des Premières Nations Phil Fontaine a célébré son quatre-vingtième anniversaire. Faisant preuve d’un courage exemplaire, il fut le premier à dénoncer les sévices physiques, sexuels et psychologiques qui avaient cours dans ces institutions.
Pour cela, le député de Winnipeg-Sud, Terry Duguid, a souligné à la Chambre des communes que « Phil Fontaine est l’un des plus grands leaders autochtones de l’histoire du Canada. […] Il s’est élevé contre la pauvreté et la cruauté des pensionnats pour s’opposer à la discrimination et au colonialisme aux plus hauts niveaux du pouvoir politique et religieux. »
« Grâce à son leadership, la Commission de vérité et réconciliation a ouvert la voie à un dialogue national sur la guérison et la justice. Il a contribué à remodeler la façon dont le Canada affronte son passé, en favorisant la compréhension, le respect et la reconnaissance mutuelle. »
Cette entente a tracé la voie pour d’autres règlements, et pas seulement pour les Autochtones.
Au-delà des pensionnats indiens, l’ex-chef national des Premières Nations a exposé le traitement des enfants mis sous la tutelle étatique. Aujourd’hui, sa dénonciation s’inscrirait dans un mouvement #MeToo dénonçant les violences sexuelles contre les enfants, plus particulièrement ceux confiés à l’État, sujet des plus brûlants alors que le Québec commence à prendre connaissance des sévices sexuels qui ont cours dans les centres jeunesse et qui ne datent pas d’hier.
Prendre acte d’une histoire complexe
Tenant compte des souffrances vécues par les survivant·es des pensionnats, une approche holistique et novatrice a été déployée pour prendre acte de l’ensemble des dommages causés aux enfants et aux peuples autochtones. Cette approche visait non seulement la compensation pour les sévices subis par les enfants victimes de multiple forme de violences, mais aussi une reconnaissance des conséquences de cette politique dévastatrice, source des problèmes sociaux des peuples autochtones.
Mon chemin a croisé celui du chef national Phil Fontaine alors que j’avais été mandatée pour négocier le mandat de la Commission de vérité et réconciliation. Il s’agissait là d’un élément de transformation sociale crucial de l’entente, selon Fontaine.
« Grâce à son leadership, la Commission de vérité et réconciliation a ouvert la voie à un dialogue national sur la guérison et la justice. »
Le député Terry Duguid
L’importance de cette commission se faisait déjà sentir lors des excuses de 2008, qui soulignaient qu’il s’agirait d’une « étape positive dans l’établissement d’une nouvelle relation entre les peuples autochtones et les autres Canadiens, une relation basée sur la connaissance de notre histoire commune, sur un respect mutuel et sur le désir de progresser ensemble, avec la conviction renouvelée que des familles fortes, des communautés solides et des cultures et des traditions bien vivantes contribueront à bâtir un Canada fort pour chacun de nous ».
Cette commission a permis que soient dévoilés les faits historiques dans toute leur complexité pour dévoiler une vérité qui tient compte finalement des expériences des survivant·es.
Des progrès insuffisants
Le but ultime du règlement est la réconciliation.
Des progrès ont été effectués, mais il faut reconnaitre qu’ils sont insuffisants. Selon un rapport de l’Institut Yellowhead, huit ans après la publication des 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, 81 appels restent inachevés. Fait préoccupant alors que l’an prochain, ces appels à l’action auront dix ans.
Ceux qui luttent pour le droit à l’égalité le savent, les gains obtenus par les plus vulnérables bénéficient à tous. Cette entente a tracé la voie pour d’autres règlements et pas seulement pour les Autochtones. À titre d’exemple, l’entente de règlement concernant la purge LGBT dans les forces armées canadiennes a grandement été influencée par celle des pensionnats indiens.
Pour qu’il y ait un changement de paradigme durable, il faut par exemple reconnaitre l’effacement de la présence et du rôle des peuples autochtones dans la création du Canada. La conception historique voulant que les Britanniques et les Français soient les deux peuples fondateurs est erronée. Dans l’esprit de réconciliation, il est temps de dénoncer les silences de l’histoire.
Des actions s’imposent pour corriger les injustices historiques qui se perpétuent. Pour ce faire, l’ex-chef national Phil Fontaine et la professeure Kathleen Mahoney sont les parrains d’un projet de loi, afin de remédier à cette erreur historique.