Trouver du logement abordable lorsqu’on travaille au salaire minimum est de plus en plus improbable au pays, selon une récente analyse. Un phénomène qui devrait continuer à s’envenimer tant que des mesures efficaces de contrôle des loyers ne seront pas mises en place.
Presque partout au Canada, une personne qui travaille au salaire minimum, 40 heures par semaine, 52 semaines par année, doit débourser plus de 30 % de son revenu (soit le seuil considéré comme étant abordable), pour acquitter le loyer d’un trois et demi moyen.
C’est le cas dans 53 des 62 régions métropolitaines du pays, selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) réalisé avec des données d’octobre 2023.
De plus, le loyer moyen d’un quatre et demi est inabordable pour les travailleur·euses au salaire minimum dans toutes les villes du pays sauf trois, Saguenay, Trois-Rivières et Shawinigan, toutes situées au Québec. Une situation qui pourrait ne pas durer, toutefois, puisque ces villes sont parmi celles où les loyers augmentent le plus vite dans la province.

Les travailleur·euses au salaire minimum composaient 4 % de la force de travail au Québec en 2023, selon l’Institut de la statistique du Québec.
Incontrôlés, les loyers montent plus vite que le salaire minimum
En 2023, les travailleur·euses québécois·es gagnant le salaire minimum auraient dû gagner 4,79 $ de plus de l’heure pour qu’un logement moyen de deux chambres leur soit abordable, selon l’analyse.
L’écart qui est creusé par rapport à l’année précédente, où il était de 4,46 $ (+0,33 $), et ce, même si le salaire minimum a été bonifié d’un $ l’heure durant la même période.
En fait, les loyers augmentent plus vite que le salaire minimum dans toutes les provinces sauf deux, le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard, souligne Ricardo Tranjan, co-auteur de l’analyse. « Ce n’est pas une coïncidence : ce sont les deux seules provinces qui exercent un contrôle du prix des loyers sur les logements vacants », explique-t-il.
Pour le chercheur, ces données mettent en évidence toute l’importance de mettre en place des mesures de contrôle des loyers fortes si on veut enrayer la crise.
Des conséquences pour les plus vulnérables
« Pour l’instant, ce sont les locataires qui subissent tous les risques et les propriétaires qui font le profit, ça ne peut pas continuer », remarque Ricardo Tranjan.
Il déplore notamment que la situation actuelle mène les logements disponibles à être beaucoup plus chers que la moyenne, puisque les propriétaires profitent du changement de locataires pour gonfler les prix, ce qui restreint la capacité des travailleur·euses moins nanti·es à déménager.
« Ça crée toutes sortes de problèmes : pour des situations de violence conjugale où les femmes ne peuvent pas partir parce qu’elles ne trouvent pas de loyer abordable, mais aussi pour les travailleur·euses qui ont des problèmes avec leur employeur et qui n’osent pas aller chercher de l’emploi ailleurs pour ne pas avoir à déménager », illustre le chercheur.