Airbnb illégal à Hochelaga : que fait l’arrondissement?

Julien Simard Chroniqueur · Pivot
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Airbnb illégal à Hochelaga : que fait l’arrondissement?

Devant l’inaction des autorités face aux locations touristiques qui grugent les vrais logements, reste la pression populaire.

Vous avez peut-être vu l’immeuble neuf vandalisé à la peinture au coin des rues Chambly et Ontario, près du Tim Hortons, dans Hochelaga. C’est que l’édifice neuf est au moins en partie réservé à des locations à court terme sur Airbnb, en pleine crise du logement et alors que cela est illégal dans le quartier.

Cette histoire est un symbole puissant des limites manifestes des pouvoirs municipaux pour endiguer la prolifération d’appartements touristiques à Montréal.

Quand les Airbnb pullulent

Depuis 2023, un règlement établit clairement que « tout hébergement touristique est interdit dans l’arrondissement » Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. « Vous avez seulement le droit d’exploiter un logement pour faire de l’hébergement touristique de courte durée si ce logement est votre résidence principale », lit-on aussi sur le site Web de la Ville.

On trouve plus de 580 annonces Airbnb dans l’arrondissement.

Même si c’était trop peu, trop tard, l’arrondissement avait dû agir pour limiter la perte d’appartements locatifs ordinaires, une des causes importantes de la crise du logement actuelle. Et comme souvent, la réglementation a un effet pour le moins incertain.

En ce moment, selon la plateforme de données InsideAirbnb, on trouve plus de 580 annonces dans l’arrondissement et 70 % de ces offres concernent des appartements entiers. Ce n’est pas tout : le site nous apprend également que plus de 54 % des annonces ne sont pas liées à des permis émis par le gouvernement du Québec, pourtant obligatoires. Une dénommée Julie affiche plus de 17 appartements complets à louer.

Bref, c’est le Far West.

Une entreprise convaincue et un maire défaitiste

Comme nous l’apprenions dans la Presse, le propriétaire de l’immeuble qui nous intéresse, soit les Propriétés Strawberry inc., est tout à fait au courant du règlement. La compagnie a même déposé une poursuite en août 2023 contre l’arrondissement pour faire changer les règles à son avantage. La poursuite se base sur la notion de droit acquis, puisque le règlement est passé alors que le bâtiment était déjà en construction.

En parallèle, trois personnes ont obtenu des permis du gouvernement du Québec pour relouer à court terme des appartements dans l’immeuble, en indiquant qu’il s’agissait là de résidences principales – c’est-à-dire en mentant manifestement.

Cela semble fonctionner pour l’entreprise, car personne ne semble vouloir sévir contre les Propriétés Strawberry inc. L’arrondissement espère peut-être que l’entreprise laissera tomber sa poursuite?

Personne ne semble vouloir sévir.

Plusieurs signalements ont déjà été faits à Revenu Québec, qui a le mandat de sévir contre les locations à court terme illégales. Le problème, c’est que l’arrondissement lui-même s’est contenté de signaler la chose à Revenu Québec, tout en tentant de balayer le problème du revers de la main.

En effet, invectivé déjà au conseil d’arrondissement en décembre dernier, le maire Pierre Lessard-Blais, de Projet Montréal, affirmait qu’avec le nouveau règlement, cette situation n’était pas possible. Il ajoutait également que « rien n’indique qu’il y a des locations à court terme dans ce bâtiment-là », alors que les gens du quartier constataient facilement, depuis la rue, qu’il s’agissait carrément d’un genre d’hôtel. Les annonces sur Airbnb et la poursuite intentée par l’entreprise le démontrent également hors de tout doute.

Pourquoi s’entêter ainsi à garder les yeux fermés et les bras croisés?

Chose certaine, cette histoire a le potentiel de mettre Projet Montréal dans l’eau chaude, en pleine période des évictions et des reprises.

Il faudra de la pression populaire

Peut-être que la notion de droit acquis sera suffisante pour que cette situation perdure et que les Propriétés Strawberry inc. continuent à faire de juteuses affaires. Au-delà du problème constitué par cet immeuble précis, force est de constater que de nombreuses annonces Airbnb dans le quartier ne respectent pas les lois et règlements, dans bien des cas.

Mais si personne à l’arrondissement ne veut réellement sévir, vers qui se tourner?

D’autres arrondissements ont créé des escouades d’inspection pour démasquer les Airbnb illégaux, mais elles doivent se contenter d’imposer des amendes minimes et de faire des signalements à Revenu Québec.

Revenu Québec, qui gère ultimement les amendes salées et les sanctions contre les annonces illégales, semble manquer de mordant, ne distribuant que bien peu de constats d’infraction.

Visiblement, les pouvoirs publics québécois n’ont pas l’intention de limiter les locations à court terme illégales.

Ce sont les plateformes comme Airbnb qui sont responsables de s’assurer que les annonces qui sont affichées sont conformes aux lois locales, selon la loi, et elles ne semblent pas non plus décidées à sévir.

Le gouvernement du Québec, les arrondissements et la Ville de Montréal pourraient pourtant s’inspirer de Barcelone, qui n’hésite pas à sanctionner Airbnb avec des amendes importantes.

Mais visiblement, les pouvoirs publics québécois n’ont pas intérêt à limiter les locations à court terme illégales et ne comptent pas vraiment le faire bientôt.

Reste alors la pression populaire.

Une manifestation est prévue le 6 mars, organisée par Entraide Logement Hochelaga-Maisonneuve.