À l’occasion du Mois de l’Histoire des Noir·es, la Clinique juridique de Saint-Michel, qui a pour mission de rendre justice aux victimes de profilage racial, organise un spectacle bénéfice afin de sensibiliser au profilage racial et de récolter des fonds. Cinq humoristes racisé·es seront sur scène à cette occasion.
La Clinique juridique de Saint-Michel organise le spectacle d’humour Profil comique dans un objectif de sensibilisation, mais aussi pour lever des fonds destinés à l’accompagnement juridique des personnes victimes de profilage racial ainsi qu’à divers projets d’éducation.
Le 24 février prochain, l’Olympia de Montréal accueillera les humoristes, Erich Preach, Eddy King, Douaa Kachache, Garihanna Jean-Louis et Richardson Zéphir.
« Comme le rire est universel et transcende les barrières sociales et culturelles, l’humour nous paraît être le meilleur outil pour aborder un enjeu aussi sensible que le profilage racial », rapporte Fernando Belton, directeur général de la Clinique.
Contrer un système
En amont du spectacle, et toujours pour sensibiliser, la Clinique juridique de Saint-Michel diffuse aussi sur les médias sociaux, chaque jour depuis le 1er février, des vidéos de témoignages de personne ayant vécu une situation de profilage racial.
Parmi celles-ci figure le témoignage de Joseph-Christopher Luamba.
« Le profilage racial, ça part souvent de quelque chose de très banal. Tu as brûlé un arrêt-stop, tu n’as pas besoin d’aller en garde à vue pour ça, mais pourtant, ça peut escalader à des niveaux assez extrêmes », explique Joseph-Christopher Luamba, un jeune homme noir connu pour avoir interpellé la Cour supérieure du Québec sur la question du profilage racial par la police.
Il avait lui-même été interpellé par la police une dizaine de fois sans raison apparente en seulement 18 mois après l’obtention de son permis de conduire.
C’est à la suite de ces interpellations que, du haut de ses 22 ans, il décide, avec l’aide de l’Association canadienne des libertés civiles, de s’attaquer à un article du Code de la sécurité routière qui autorise, depuis plus de 30 ans, la police à intercepter aléatoirement les véhicules.
« Si ce n’est pas ma cause qui fera un changement, au moins je sais que j’ai peut-être parti une lancée pour les prochaines générations, puis elles par la suite pourront faire un changement », exprime le jeune homme.
Le jugement de la Cour supérieure, rendu en octobre 2022, avait finalement permis d’invalider le droit des policiers à effectuer des interpellations routières aléatoires, jugées inefficaces et discriminatoires. La décision a toutefois été contestée par le gouvernement du Québec en novembre, et se trouve depuis devant la Cour d’appel.
« Le premier ministre du Québec, qui est censé nous représenter en tant que société, n’est même pas capable de reconnaître que le racisme systémique existe », s’inquiète Joseph-Christopher Luamba.
Faire valoir ses droits
Parmi ses mandats, la Clinique juridique de Saint-Michel a pour mission d’aider les personnes victimes de profilage racial. En effet, pour le directeur de la Clinique, Fernando Belton, le profilage racial est encore assez mal compris par le système de justice, et c’est pour cela qu’il est nécessaire d’orienter et d’accompagner le plus possible les victimes.
« On va les aider dans la rédaction de leur processus, dans le dépôt de leur plainte, on va être en mesure d’évaluer la preuve qu’ils pourront faire devant la cour », explique Fernando Belton.
Bien que le profilage racial soit avant tout un problème systémique, pour le directeur de la clinique, « il faut qu’il y ait des gens qui portent plainte, qu’il y ait des sanctions plus importantes qui soient données et qu’il y ait des réparations plus importantes qui soient octroyées par les tribunaux » afin de voir le nombre de cas de profilage racial diminuer.