Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Il aura fallu à peine plus d’une journée aux dirigeants d’entreprise les mieux payés de la province pour excéder la rémunération annuelle moyenne des travailleur·euses. De plus, leur rémunération basée sur des primes les place dans une situation favorable vis-à-vis du reste de la population active.

À 10 heures 11 minutes ce 2 janvier, alors que la majorité des Québécois·es profitent des derniers jours de la pause des fêtes en contemplant le retour imminent au travail, les 21 dirigeant·es les mieux rémunéré·es de la province avaient déjà empoché plus que le salaire annuel moyen au Québec, soit 57 900 $, selon une analyse conjointe de l’Observatoire québécois des inégalités et du Centre canadien des politiques alternatives (CCPA).

Ces grands dirigeants, parmi lesquels on ne retrouve qu’une seule femme (Tracy Robinson, PDG du CN), ont gagné en moyenne 13,1 millions $ en 2022, soit 226 fois plus que la moyenne provinciale.

« C’est la première fois qu’on fait l’analyse pour le Québec, mais on sait que c’était une année record à l’échelle canadienne et que l’écart de rémunération grandit d’une année à l’autre », explique Geoffroy Boucher, économiste à l’Observatoire québécois des inégalités.

À l’échelle canadienne, les 100 dirigeant·es les mieux rémunéré·es (dont seulement quatre sont des femmes) ont gagné 14,9 millions $ en moyenne en 2022, soit 623 000 $ de plus que l’année précédente et 246 fois plus que la moyenne canadienne (60 607 $). C’est donc dès 9 h 27 ce matin qu’ils avaient empoché le salaire annuel moyen de leurs concitoyen·nes. 

« Les directeurs généraux gagnent maintenant plus de deux fois le salaire qu’ils avaient en 2007, année où le CCPA a commencé à compiler ces données », souligne le rapport.

Profiter de l’inflation et de la fiscalité

De plus, 86 % de la rémunération des haut·es dirigeant·es canadien·es était principalement composée de différentes formes de primes, s’ajoutant à leur salaire conventionnel. Or, ces formes alternatives de rémunération les placent dans une situation encore plus avantageuse par rapport au reste de la population, prévient Geoffroy Boucher.

« Alors que l’inflation fait mal aux familles, elle augmente les profits des grandes entreprises, et puisque les primes des haut·es dirigeant·es sont basées sur les marges de profits, leur rémunération a connu un grand bond en avant cette année », remarque-t-il. Ce seraient ces bonis qui expliquent que ces PDG ont vu leur rémunération augmenter de 623 000 $ (+4,2 %) tandis que les travailleur·euses moyens ont dû se contenter d’augmentations de 1 800 $ (+3 %), précise-t-il.

De plus, une grande part de ces primes étant versées sous la forme de programme de rachat d’actions, elles sont moins imposées que si elles étaient versées en argent, ce qui réduit considérablement la contribution de ces multimillionnaires au trésor public, ajoute l’économiste.

« Ça montre bien toute l’importance de revoir les règles fiscales si on veut s’attaquer aux inégalités », remarque l’économiste. « Et il faut le faire des deux côtés, parce qu’il y a non seulement toutes sortes de règles qui avantagent les mieux nantis, mais en plus il y en a d’autres qui viennent nuire aux plus démunis », conclut-il. 

Par exemple, la règle faisant que les prestataires d’aide sociale perdent leurs prestations dès lors qu’iels accumulent 1500 $ dans leur compte de banque apparaît comme particulièrement injuste à la lumière de cette réalité, remarque Geoffroy Boucher.

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