À la COP28, un engagement mondial en faveur des énergies renouvelables

118 pays ont signé un accord visant à tripler les capacités mondiales de production d’énergie provenant de sources renouvelables d’ici 2030.
Kamala Harris, Vice-présidente des États-Unis, après avoir pris la parole au sujet des énergies renouvelables à la COP28.

Alors que s’ouvre aujourd’hui, à Dubaï, la cinquième journée consécutive de la COP28, les débats entourant la sortie des énergies fossiles et le recours à des sources d’énergie décarbonées s’accentuent. C’est dans ce contexte qu’un engagement non contraignant visant à tripler la part des énergies renouvelables dans le monde et à doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030 a été signé par plus de la moitié des États représentés. 

Dans son plus récent rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mentionne que, pour remplir l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, il faudrait diminuer d’au moins 43 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. 

Un objectif de moins en moins probable aux yeux des scientifiques qui soulignent que « les gouvernements, dans leur ensemble, prévoient toujours de produire plus du double de la quantité de combustibles fossiles en 2030 par rapport à ce qui serait compatible avec une limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C », selon le Production gap report 2023

C’est dans ce contexte périlleux que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé que le monde triple sa capacité de production d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030, éolien et solaire en tête. 

Cette proposition s’inscrit en continuité des recommandations émises par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) qui prévoient que, pour compenser les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES), les capacités mondiales en énergies renouvelables doivent passer d’environ 3 400 gigawatts (GW) aujourd’hui à plus de 11 000 GW d’ici 2030.

Signé par 118 pays, dont le Canada, cet accord non contraignant en faveur des énergies renouvelables comporte également l’engagement de doubler le taux moyen annuel mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique, passant d’environ 2 % à plus de 4 % chaque année jusqu’en 2030.

« Cet effort doit s’accompagner d’une élimination complète, rapide et équitable des combustibles fossiles. »

Salomé Sané, Greenpeace Canada

Si cet engagement incarne une véritable avancée dans la lutte contre le réchauffement climatique, il semble important de rappeler que celui-ci est non contraignant et que donc, concrètement, rien n’oblige les gouvernements signataires à le respecter. Or, un regard sur les engagements pris lors de précédentes COP montre qu’il existe un décalage probant entre les objectifs affichés par les États et leur mise en pratique concrète.    

Soulignons également que, si plus de la moitié des États présents lors de la COP28 ont signé cet accord, certains pays très émetteurs en carbone, dont la Chine, l’Inde et la Russie ont toutefois refusé de s’y joindre.

« Il n’y a pas d’avenir viable avec les combustibles fossiles et cet engagement est un pas dans la bonne direction pour décarboniser le secteur de l’énergie », remarque Salomé Sané, chargée de campagne climat à Greenpeace Canada, qui souligne cependant que « cet effort doit s’accompagner d’une élimination complète, rapide et équitable des combustibles fossiles ».

La transition énergétique : Une avancée qui stagne

Si les objectifs de cet accord semblent prometteurs en matière d’énergie renouvelable, il ne comporte néanmoins aucune mention liée à une possible sortie des énergies fossiles. Or, un point essentiel lorsque l’on parle de transition énergétique, c’est de s’assurer que les énergies renouvelables remplacent les énergies fossiles et ne viennent pas simplement s’y ajouter. 

« Le Canada prévoit toujours d’accroître sa production de pétrole et de gaz, ce qui nous entraînera encore plus dans le chaos climatique » rappelle Salomé Sané pour qui « cet engagement ne peut donc pas remplacer les réductions d’émissions essentielles nécessaires de la part de l’industrie des énergies fossiles ». 

Cette remarque renvoie à une critique plus globale de la transition énergétique qui, selon Jean-Baptiste Fressoz, historien de l’énergie français, cacherait une forme subtile d’écoblanchiment. 

Chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Jean-Baptiste Fressoz met en garde contre la manière dont le discours de la transition énergétique peut avoir tendance à voiler les changements nécessaires pour faire face à la crise, en premier lieu : le désinvestissement des énergies fossiles. 

Selon lui, la transition énergétique est un « mythe ». On ne passe jamais complètement d’une source d’énergie à une autre. 

« Dès qu’on regarde un peu, on voit que pour plein de secteurs comme le ciment ou l’acier, qui à eux deux suffisent pour nous faire dépasser [un réchauffement de] 1,5 °C, il n’y a pas du tout de décarbonation en cours », soulignait-il en 2022 lors d’un entretien avec Pivot. « Il y a vraiment des piliers de nos économies, de nos infrastructures, qui ne sont pas décarbonables à l’horizon de 30 ans », ajoute-t-il.

« Cet engagement ne peut donc pas remplacer les réductions d’émissions essentielles nécessaires de la part de l’industrie des énergies fossiles.  »

Salomé Sané, Greenpeace Canada

On comprend donc que si l’engagement pris pour tripler la capacité de production d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030 est une avancée importante, celle-ci devra inéluctablement s’accompagner de garantie en matière d’utilisation des combustibles fossiles qui, on l’espère, verront le jour durant la COP28. Sans quoi, la solution viendra simplement contribuer au problème.  

Des garanties largement sollicitées par les organisations de la société civile, telles qu’Amnistie internationale, Réseau action climat (CAN-Rac) ou encore Indigenous Climate Action (ICA), qui accusent les gouvernements de proposer de « fausses solutions » sans s’attaquer au problème à sa source. 

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