Quand l’extrême droite carbure à la misère humaine

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Quand l’extrême droite carbure à la misère humaine

La crise politique européenne autour des personnes migrantes est l’un des foyers de l’embrasement du monde.

Dans un texte publié en mai dernier dans le cadre de la Journée mondiale des migrant·es et des réfugié·es, le pape François écrivait que « migrer ou rester devrait être un choix libre ». Une déclaration qui reprend tout son sens quand on sait que l’ecclésiastique argentin est lui-même fils de migrant·es italien·nes arrivé·es en Argentine à la fin des années 1920 pour fuir la dictature fasciste de Benito Mussolini.

Si je cite le pontife ici et maintenant, c’est qu’il prend part ces jours-ci aux Rencontres méditerranéennes tenues à Marseille, où sont également attendu·es des dizaines de milliers de jeunes catholiques, dans une ville faisant figure centrale des grands enjeux internationaux qui secouent le paysage politique français, dont les guerres et les migrations qu’elles engendrent.

Mais j’en parle également parce que tout récemment, dans une énième manifestation d’unité politique avec l’extrême droite, le régime macroniste, par la bouche de son petit gendarme à cravate Gérald Darmanin, a déclaré que la France fermera ses portes aux migrant·es arrivé·es récemment par milliers sur l’île italienne de Lampedusa.

Le gouvernement Macron marche donc main dans la main avec les fachos du Rassemblement national et les néo-pétainistes d’Éric Zemmour. Tout ce beau monde est salué, bien sûr, par notre sociologue en chef qui compare le flux migratoire au siège et à la chute de Constantinople en 1453, rien de moins! 

La « liberté » exportée à l’occidentale

Dans son rapport mondial pour l’année 2022, Human Rights Watch rapporte qu’entre janvier et septembre 2021, 46 626 Libyen·nes ont franchi les barrières des centres de réception des réfugié·es sur les îles de Lampedusa et de Malte.

Depuis le début de la guerre civile en 2011, ce sont 12,3 millions de Syrien·nes qui ont fui leurs maisons, dont une grande partie a pris la route de l’Europe, selon l’édition 2023 de ce même rapport.

Sur l’île de Lesbos en Grèce, les réfugié·es afghan·es affluent vague après vague, fuyant un pays complètement ravagé par près d’un demi-siècle de guerres successives.

Human Rights Watch rapporte également que sur la Méditerranée, l’Union européenne sous-traite la traque et la destruction des bateaux de migrant·es à la garde côtière libyenne, notamment, en lui fournissant un soutien matériel et logistique ainsi qu’une surveillance aérienne avec des appareils militaires. C’est-à-dire que les citoyen·nes européen·nes financent le massacre de milliers de civil·es innocent·es.

Libres de partir ou de rester, vous dites?

Qu’ont en commun ces trois pays – Libye, Syrie, Afghanistan? Ils ont été et sont toujours, dans une large mesure, le théâtre d’une catastrophe humanitaire made in Occident qui prend désormais des proportions mondiales.

N’étions-nous pas censés « libérer » ces pays? Nous ne les avons libérés que de leur dignité humaine, selon toute vraisemblance.

Les groupes djihadistes ont aussi été libérés de leurs contraintes et font désormais la loi sur de larges territoires. Nous avons aussi libéré les ressources pétrolières de Syrie pour le plus grand bénéfice des pétrolières américaines, comme l’avait souligné Donald Trump en 2019.

Et toujours en Libye, un rapport de l’ONU rappelle la commission de crimes contre l’humanité et le retour de l’esclavage dans un pays autrefois prospère. Et comme je vous en entretenais dans ma précédente chronique, l’invasion de ce pays et le renversement du gouvernement de Mouammar Kadhafi ont contribué à déclencher des crises politiques et des guerres civiles d’abord au Mali, puis plus récemment au Burkina Faso et au Niger.

N’étions-nous pas censés « libérer » ces pays?

Comme produit d’exportation, cette « liberté » armée à l’occidentale représente un véritable poison pour les populations qui la subissent, mais une lucrative manne pour les multinationales du pétrole et les complexes militaro-industriels.

Libres de partir ou de rester, vous dites?

Du carburant pour l’extrême droite

Bien sûr, Mathieu Bock-Côté et ses consorts de l’extrême droite française tels qu’Éric Zemmour et Marion Maréchal Le Pen ne mentionneront rien de tout ça. Ils omettront la racine du problème pour mieux en exploiter les conséquences, parlant « d’invasion » et « d’immigration massive » qui menaceraient les peuples européens ainsi que le Québec, provoquant notamment l’actuelle crise du logement qui nous frappe de plein fouet.

Pour eux, ces guerres étaient pleinement justifiées au nom, entre autres choses, d’une lutte à finir contre l’islam et le socialisme (alors que la Syrie et la Libye étaient des républiques laïques).

Partout en Europe, les partis d’extrême droite gagnent du terrain en se servant de cette crise fabriquée de toutes pièces, genèse d’une de nombreuses dystopies qui nous menacent.

Ne tombons pas dans ce panneau.

Cette chronique est la première d’une série intitulée « Au confluent des dystopies », qui explorera les grandes crises faisant actuellement trembler le monde.