Nouvelle

Dépôt d’une pétition à l’Assemblée nationale pour la reconnaissance du racisme systémique anti-autochtone

La pétition vise à faire reconnaître le Principe de Joyce par le gouvernement du Québec. 

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La co-porte-parole de Québec Solidaire, Manon Massé, a déposé une pétition à l’Assemblée nationale du Québec afin de demander au gouvernement de François Legault de reconnaître le racisme systémique envers les autochtones. Le gouvernement continue de nier l’existence de ce phénomène dans les institutions publiques au Québec.

En conférence de presse à l’Assemblée nationale jeudi, la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, a annoncé le dépôt d’une pétition cumulant près de 4000 signatures visant à faire reconnaître l’existence du racisme systémique et l’adoption du Principe de Joyce. 

Le Principe de Joyce vise à assurer l’accès équitable des personnes autochtones à des soins de santé de qualité dans le système de santé et de services sociaux au Québec, dans le respect et sans discrimination. 

Le Principe fait suite au décès en septembre 2020, de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette. Peu de temps avant sa mort, la femme atikamekw âgée de 37 ans avait diffusé une vidéo sur Facebook Live, démontrant la négligence et les comportements racistes et dégradant du personnel médical.

Joyce Echaquan en 1999.

L’enquête du Bureau du coroner sur cette affaire avait entre autres reconnu la mort de Mme Echaquan comme une preuve du racisme systémique contre les autochtones dans le système de la santé.

Des preuves à l’appui

« On sait que ce gouvernement bloque à chaque fois qu’on parle de racisme systémique, de discrimination systémique », a lancé Manon Massé qui a été appelée à marrainer la pétition.

« Par contre, ce qu’on sait, c’est que sur le terrain des femmes et des hommes ne reçoivent pas les soins auxquels ils et elles ont droit », a-t-elle rappelé en compagnie de l’initiatrice de la pétition, Marjolaine Étienne, présidente de Femmes Autochtones du Québec. Ghislain Picard, Chef régional de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador et Sipi Flamand, Chef de la communauté atikamekw de Manawan ont également pris la parole.

« En reconnaissant le racisme et la discrimination systémique, on travaille sur les sources véritables du problème. De cette façon, on évitera bien des drames », a déclaré Marjolaine Étienne. 

« Qu’attendez-vous pour nous écouter, pour nous écouter et être réellement nos alliés? » a-t-elle demandé en s’adressant au ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit Ian Lafrenière et au premier ministre, François Legault.

M. Lafrenière a réitéré jeudi qu’il ne reconnaîtrait pas le racisme systémique, mais a soutenu que cela ne l’empêcherait pas d’agir. Un projet de loi sur la sécurisation culturelle est d’ailleurs attendu prochainement. 

« Si le gouvernement ne reconnaît pas le racisme systémique […], c’est comme mettre un [pansement] sur une problématique », a rétorqué Sipi Flamand, Chef de la communauté atikamekw de Manawan, d’où Joyce Echaquan était originaire. « Il ne répond pas aux problèmes de fond. »

« La position du gouvernement est exactement le reflet d’une relation qui va dans un sens uniquement, un gouvernement qui impose ses conditions », a remarqué Ghislain Picard en soulignant que les rapports démontrant l’existence du racisme systémique au Québec se multiplient. « Quelle sorte de preuve de plus a-t-on besoin? », a-t-il demandé.

Entretemps, le problème persiste, pense Ghislain Picard en affirmant continuer de recevoir des plaintes contre des institutions hospitalières québécoises. 

« Je pense à demain, à nos générations futures », a affirmé Marjolaine Étienne « [Envisagez]-vous une société comme ça dans 10-15 ans? Bien au contraire, non. »

« Je pense que les jeunes vont pouvoir, et je le souhaite, changer les relations entre les peuples, mais pour y arriver, ça commence par la reconnaissance. » 

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