Les statues de l’histoire : John A. Macdonald, l’empreinte du passé

On a appris dernièrement que la statue de John A. Macdonald, jetée à terre en 2020 lors d’une action contre le racisme, ne sera pas réinstallée par la Ville de Montréal. C’est la moindre des choses.

L’histoire se dissémine tant par les canaux formels qu’informels. En effet, elle s’écrit non seulement dans les musées, les fêtes nationales, mais aussi dans les films, les séries, les journaux, et les statues.

Les statues érigées dans nos villes ne sont donc pas des symboles anodins. Elles témoignent d’une lecture de l’histoire, une lecture qui glorifie certains récits en laissant les autres dans la marge. C’est ainsi que le pouvoir s’exprime et se renforce. Bien que silencieuses, les statues ont une voix tonitruante et une présence omniprésente.

L’histoire est intimement liée au pouvoir. L’histoire, c’est le récit du pouvoir, celui des vainqueurs. Ainsi, elle reproduit le pouvoir et ses déséquilibres. Le discours historique véhiculé par les statues est imprégné des inégalités sociales et raciales.

Le récit national passe par la sacralisation de certains personnages qui deviennent par le fait même historiques. Quels sont les récits que l’on choisit de canoniser? Comment éliminer les silences de l’histoire? Comment pourrait-on décider collectivement qui doit entrer dans le récit national?

L’histoire est intimement liée au pouvoir. L’histoire, c’est le récit du pouvoir, celui des vainqueurs.

Ces questions sont importantes puisque ces statues mobilisent non seulement des fonds publics, mais aussi des places publiques qui influencent la société civile. Elles permettent au passé d’imprégner le présent. Ce faisant, elles maintiennent un certain statu quo.

En monopolisant cet espace, elles empêchent une lecture inclusive de l’histoire prônée notamment les Commissions de vérité et de réconciliation. En comblant les silences de l’histoire, ces commissions cherchent à rendre accessible une histoire plus complexe qui met l’accent sur une vérité multidimensionnelle, étape fondamentale pour pouvoir envisager la réconciliation.

Réconciliation

Sir John A. Macdonald est intimement lié aux politiques à la source des pensionnats autochtones, politiques qualifiées de génocides culturels.

Les prémisses de la politique établissant ces pensionnats reposaient sur la prétention que les cultures et les croyances autochtones étaient inférieures à celle des descendants des Européens. Dans l’enceinte de la Chambre des communes, c’est en ces termes que sir John A Macdonald a justifié la politique sur les pensionnats :

« Lorsque l’école se trouve sur une réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont des sauvages; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et à écrire, ses habitudes, son développement et sa manière de penser restent indiens. Il est, simplement, un sauvage qui sait lire et écrire. On m’a fortement recommandé, en tant que chef de ce département, de préserver le plus possible les enfants indiens de l’influence parentale, et la seule façon d’y arriver serait de les envoyer dans des écoles de formation industrielles et centralisées, dans lesquelles ils pourront acquérir les habitudes et les modes de pensées des hommes blancs. »

Ainsi, lorsqu’on regarde sa statue, il faut l’appréhender à travers les yeux de ceux qui subissent encore aujourd’hui les effets intergénérationnels des politiques dont son gouvernement était l’instigateur. C’est ainsi que les perspectives des peuples autochtones qui ont été victimes de ces politiques doivent être au cœur de notre analyse. Cette analyse doit nous amener à nous interroger : c’est ce que requiert la justice sociale.

Aujourd’hui, comment peut-on justifier la présence de Macdonald alors que la Commission de vérité et réconciliation a mis au jour des segments volontairement occultés de l’histoire en donnant une voix aux opprimé·es, aux survivant·es.

On ne peut que se demander pourquoi cette désacralisation a dû passer par des actes de vandalisme et non par les actes des autorités gouvernementales.

Certes, rien n’empêche d’être fier·e de son histoire tout en reconnaissant que des actes posés par certains de ces acteurs, qui pouvaient parfois sembler légitimes à l’époque, se sont avérés catastrophiques en tenant compte des droits humains.

La vérité, la réconciliation exigent que celles et ceux dont ils avaient socialement fait taire la voix puissent s’exprimer et ultimement commencer à être entendu·es.

Leurs récits font maintenant et enfin partie du récit national. Les silences de l’histoire commencent à être comblés. Les angles de mort de l’histoire sont dévoilés, il est devenu difficile, voire impossible, de sacraliser Macdonald, symbole d’oppression.

Le retrait officiel de la statue de Macdonald

On ne peut que se demander pourquoi cette désacralisation a dû passer par des actes de vandalisme et non par les actes des autorités gouvernementales qui ont érigé ces statues ou encore en ont autorisé l’édification.

Par une désacralisation officielle de Macdonald, les torts historiques auraient trouvé une reconnaissance. Une cérémonie impliquant les diverses autorités gouvernementales, les leaders autochtones, les descendant·es autochtones touché·es par les politiques culturellement génocidaires et les ainé·es aurait pu être tenue.

Un tel évènement aurait permis de remettre en question l’histoire, de combler ses silences ainsi que sensibiliser la population. Cela aurait eu pour conséquence de rendre la société plus consciente des torts historiques et des effets dévastateurs de ces politiques non seulement sur les communautés autochtones, mais sur tous les Canadien·nes.

Réconciliation

Pour tracer le chemin de la réconciliation, il faut non seulement retirer la statue de Macdonald, mais aussi revoir les conséquences contemporaines de ses politiques.

Ainsi, le retrait définitif de la statue est le symbole d’une ouverture qui indique que le travail de réconciliation et de justice pour les personnes opprimées par les politiques de Macdonald ne fait que commencer!