La rivière Magpie | Photo : Boreal River
Nouvelle
Source : Le Manic

COP15 : alliance pour protéger la rivière Magpie contre un possible barrage

Une coalition défendra la protection de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, lors de la prochaine Conférence de l’ONU sur la biodiversité, à Montréal.

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Les protecteur·trices de la rivière Magpie ne laisseront pas passer l’occasion de défendre le cours d’eau, dans la mire de la Coalition Avenir Québec pour de futurs développements hydroélectriques malgré une vive opposition du milieu.

« Hydro-Québec avait inscrit la rivière Magpie dans son Plan stratégique 2009-2013 en vue d’un développement hydroélectrique potentiel. Le projet n’a jamais eu lieu et depuis, un large consensus régional et national s’est bâti pour la protection de cette rivière et son développement récréotouristique. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a par ailleurs recommandé à trois reprises la protection de la rivière », rappellent les membres de l’Alliance Muteshekau-shipu.

La Société pour la nature et les parcs (SNAP) Québec, la communauté et le Conseil des Innus de Ekuanitshit, la MRC de Minganie et l’Association Eaux-Vives Minganie sont impliqués au sein de l’Alliance. Ils espèrent un engagement officiel envers la protection de la rivière Magpie en lien avec la tenue, à Montréal, de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) du 7 au 19 décembre prochain.

Des représentant·es de l’Alliance seront sur place, dont la militante écologiste Uapukun Mestokosho, qui revient tout juste d’Égypte où elle a participé à un panel sur la protection des rivières du Saint-Laurent via les statuts légaux.

« C’est frustrant de se dire qu’ici, chez nous, dans notre région, on s’est dit ensemble, “non, on ne veut pas de développement sur cette rivière” et le gouvernement continue sans prendre en considération ce qu’on veut, ce qu’on vit. Ils pensent juste à l’argent. Ce n’est pas à la terre de subir les conséquences de comment on vit… C’est à nous de s’adapter. On va être très vigilants », indique Uapukun Mestokosho.

Rappelons que l’Alliance a investi temps et efforts afin que la rivière Magpie obtienne, en février 2021, un statut de personnalité juridique. L’Alliance Muteshekau-shipu est d’ailleurs sélectionnée comme finaliste au Prix Droits et Libertés 2022 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour cette initiative. Un vote du public est en cours jusqu’au 2 décembre. Si vous souhaitez voter, vous pouvez le faire ici.

« C’est frustrant de se dire qu’ici, chez nous, dans notre région, on s’est dit ensemble, “non, on ne veut pas de développement sur cette rivière” et le gouvernement continue sans prendre en considération ce qu’on veut, ce qu’on vit. »

Uapukun Mestokosho

La SNAP Québec sera également largement impliquée dans cet événement international. « La protection de la rivière Magpie est une des revendications que le Collectif COP15 porte au niveau politique avec des partenaires autochtones sur les enjeux de protection du territoire et des modes de vie traditionnels », indique Charlène Daubenfeld, directrice des communications de SNAP Québec.

La 15e Conférence des parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies réunit des représentant·es de gouvernements du monde entier afin qu’ils et elles établissent de nouveaux objectifs et un plan d’action décennal pour la nature.

Une « épée de Damoclès » sur le développement récréotouristique 

Les velléités à peine voilées du gouvernement québécois de harnacher la rivière Magpie dans un objectif de développement hydroélectrique sont un frein au développement récréotouristique de cette rivière, classée parmi les cinq meilleures au monde pour les activités sportives en eaux vives. 

« Si on veut du développement durable dans les régions, il va falloir agir en ce sens. La Côte-Nord, on pense qu’on a beaucoup donné dans les barrages. En plus, pour la Magpie, on avait un BAPE qui dit à Hydro-Québec et au gouvernement “vous devez protéger dans la région une rivière équivalente à la Romaine” et la Magpie est la seule qui nous reste », indique le préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël.

Le potentiel de la rivière Magpie n’est plus à prouver. « Elle est dans le top au monde pour les activités d’eaux vives », rappelle le préfet Noël. « Oui, on veut faire du développement pour profiter de cet atout là, mais avec la Magpie, tant que l’épée de Damoclès du développement hydroélectrique plane, la municipalité de Rivière-Saint-Jean, la MRC, on ne peut pas investir. »

« Si on veut du développement durable dans les régions, il va falloir agir en ce sens. »

Luc Noël, préfet de la MRC de Minganie

L’Alliance n’est pas sans rappeler celle qui s’était formée contre le développement pétrolier de Pétrolia à Anticosti. « Ce n’est pas une première chez nous que les Innus, les élus, les groupes écologistes s’unissent. La protection d’Anticosti contre le développement pétrolier, on l’a portée et ça a fonctionné. Quand le gouvernement ne prend pas les bonnes décisions, il faut agir. » 

Le préfet Noël souhaite laisser à la nouvelle députée de la circonscription de Duplessis « le temps de s’installer » avant d’aborder la question avec elle. « On lui en a parlé en campagne et c’est certain qu’on va l’aborder dès que ce sera possible », conclut Luc Noël.

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