Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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La consommation humaine est insoutenable pour les écosystèmes et celle du Canada est plus de deux fois plus friande en ressources que la moyenne mondiale selon des données récemment publiées par des chercheur·euses de l’Université York.

En 2025, notre planète avait la capacité de fournir environ 1,5 hectare de terre par habitant pour subvenir à leurs besoins sans entraver sa capacité à se régénérer. Toutefois, le niveau de consommation moyen à l’échelle globale exige environ 2,5 hectares par personne ce qui est donc bien au-delà de la capacité terrestre, soulignent l’équipe de l’Initiative de l’empreinte écologique menée par des chercheur·euses de l’Université York en Ontario.

Du côté canadien c’est encore bien pire : notre consommation dépasse de plus de quatre fois la limite planétaire, s’élevant à 6,6 hectares par personne. Un niveau de consommation qui nous place au huitième rang mondial des plus grands consommateurs tout juste derrière l’Estonie (6,7) et les États-Unis (7,1).

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Le triste palmarès est dominé par les Îles Faroe (52,1 hectares par habitant), un territoire autonome Danois et l’Islande (23,4 hectares par habitant) : deux populations insulaires nordiques faisant face à des défis logistiques importants, des économies reposant sur des activités à haut impact écologique, et surtout une petite population pour se répartir les effets de la consommation de ses communautés.

D’un autre côté, la grande majorité des pays du Sud global pour lesquels les données sont pour l’instant disponibles avait un mode de vie soutenable pour la planète ou ne dépassant que très peu la limite en 2025.

Voir plus loin que les GES

Cette façon de mesurer les effets de la consommation permet de comptabiliser les effets de la perte de biodiversité et des autres effets sur les écosystèmes planétaires liés à nos rythmes de vie, plutôt que de simplement se limiter aux traditionnels calculs d’émissions de gaz à effets de serre (GES), explique Éric Miller, un des chercheurs principaux du projet.

« On tient compte de la superficie qui est nécessaire pour absorber tout notre CO², mais aussi de l’espace agricole dont ont à besoin pour se nourrir, des coupes forestières, des projets miniers », précise-t-il.

« Ça permet aussi de montrer le cul-de-sac offert par certaines solutions. Par exemple, si on fait du biocarburant à partir de canola pour alimenter des avions ou d’autres solutions du genre, nous n’améliorons pas nécessairement notre sort », remarque-t-il.

La grande majorité des hectares soutenant la consommation humaine reste toutefois liée à l’absorption des GES.

Les données mises de l’avant par l’équipe du chercheur permettent aussi de mettre en lumière les effets du rythme de vie d’une population donnée, puisqu’elle ne se concentre pas seulement sur la production d’un pays comme le font la plupart des indices de ce genre. Par exemple, la production canadienne dans son ensemble demandait 9,33 hectares en 2025, mais puisque nous exportons plus de produits que nous en importons, notre consommation s’avère être moins élevée.

Un déficit qui se fait sentir

Le Canada a pourtant un avantage indéniable du fait qu’il est l’un des pays avec la plus grande réserve de biodiversité au monde avec 13,4 hectares disponibles par habitant en 2025. Par contre cette réserve diminue progressivement depuis les années 1960, loin de leur sommet qui était alors de 27,09 hectares par habitant.

Si l’on regarde pour l’ensemble de la planète, le nombre d’hectares disponibles par personne a diminué de plus de la moitié depuis 1961.

Certaines innovations notamment en gestion des terres agricoles et dans l’efficacité énergétique des produits viennent améliorer le rendement global de chaque hectare de terre disponible, mais ces avancées ne suffisent pas pour compenser l’augmentation de la taille de la population humaine, l’augmentation de la consommation et la destruction des habitats, remarque Éric Miller.

Ainsi, en 1961, la demande totale de l’humanité sur la nature était de 6,73 milliards d’hectares alors que nous disposions de l’équivalent de 9,73 milliards d’hectares pour nous soutenir. Grâce aux innovations et à une meilleure gestion des ressources, ce nombre est passé à 12,15 milliards en 2025, mais est loin de satisfaire notre consommation, qui exigerait l’équivalent de 20 milliards d’hectares pour être soutenable.

« La balance entre les deux, c’est principalement l’atmosphère qui l’absorbe menant au réchauffement et aussi la perte de biodiversité », observe le chercheur.

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