Photo : FestiQueer de Rimouski
Entrevue

Quels enjeux pour les personnes queers en région?

Le Mouton noir a posé la question à Boud et Jowi, deux jeunes de la communauté queer qui se sont installé·es au Bas-Saint-Laurent.

Alors que les milieux queers se développent dans le Bas-Saint-Laurent, les lieux pour se réunir se font encore rares. Les rencontres amoureuses, sexuelles ou amicales sont aussi parfois complexes dans une communauté certes grandissante, mais encore restreinte.

Boud, originaire de Montréal, s’est installé·e l’hiver dernier à Trois-Pistoles après avoir habité à Rimouski. Iel utilise tous les pronoms, il-elle-iel. Jowi, qui utilise le pronom iel, vient de Québec et habite depuis trois ans à Rimouski où iel travaille dans le domaine culturel.

En parlant des enjeux de la communauté queer en région, Jowi souligne que sa réalité peut être très différente qu’une autre personne 2SLGBTQIA+ : « On est beaucoup et on est tous et toutes différent·e·s, on a tous et toutes des réalités différentes. Donc moi, ma réalité en tant que personne non binaire queer qui passe pour femme blanche va être vraiment différente que pour une autre personne. Il y a tellement d’intersections lorsqu’on parle d’enjeux de la communauté, c’est un grand chapeau, mais il a plein de branches, il y a vraiment différentes branches. »

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Un manque de lieux pour se réunir

Un des enjeux qu’iels observent, c’est notamment un manque de lieux pour que la communauté queer puisse se rassembler dans la région.

Boud précise que c’est « surtout pour les gens qui arrivent et qui ne connaissent pas nécessairement d’autres gens. Une fois que tu as plusieurs ami·es dans la communauté, c’est facile de rencontrer d’autres gens, mais quand tu arrives, c’est quand même dur de s’intégrer à des communautés qui ne sont pas accessibles physiquement. »

Iel voit toutefois d’un œil favorable l’ouverture des Bains publics, un cabaret culturel à Rimouski.

« Quand tu arrives, c’est quand même dur de s’intégrer à des communautés qui ne sont pas accessibles physiquement. »

S’il n’y a pas de lieu spécifique pour les personnes de la communauté queer, il y a aussi un manque de toilettes non genrées.

Les propriétaires de lieux publics pourraient ainsi ajouter de toilettes non genrées ou simplement retirer les panneaux hommes-femmes, ce qui pourrait être facilitant pour les personnes non binaires ou trans : « Comme ça, ça évite à quelqu’un de toujours devoir se questionner, regarder : “bon, dans laquelle faut-il que j’aille?” Autant pour les personnes non binaires que les personnes trans, c’est un enjeu important », souligne Jowi.

Respecter les pronoms

Bien qu’elle soit autant présente en région qu’en ville, la question des pronoms reste un enjeu. Pour Jowi, « c’est de me sentir interpellé·e, qu’on parle bien à moi, qu’on utilise le bon pronom, qu’on prenne le temps de me demander mes pronoms parce que j’essaie d’avoir comme habitude de toujours demander le pronom aux autres ».

Boud souligne toutefois qu’en région, la question des pronoms s’accompagne d’une certaine résilience : « je pense que les gens qui habitent en région, qui sont queers, qui sont non-binaires, trans, ça vient avec une certaine résilience. Tu ne vas pas te battre à tous les jours pour tes pronoms et au pire, t’en laisses passer un petit peu plus. »

Un bassin restreint

Un des enjeux de la région, pour Boud, c’est aussi que le bassin de personnes queer est assez restreint et cela pose un défi pour les rencontres amoureuses.

« Le bassin de personne queer est assez restreint et il y a beaucoup de personnes dans le polyamour ou dans la non-monogamie. Ça vient avec un enjeu, parce que si je veux rencontrer des gens, si je veux dater, ça risque d’être mes ami·es, les ami·es de mes ami·es – qui vont éventuellement devenir mes ami·es, parce que tout le monde finit par se connaître – ou les partenaires de mes ami·es ou les partenaires de mes partenaires… »

« Tout le monde se connaît, tout le monde est invité au même party. »

« Donc, ça prend beaucoup de communication pour que ça fonctionne parce que, veut veut pas, ça peut créer des tensions, des frustrations. Je pense que ça force les gens à mieux gérer leurs relations interpersonnelles, qu’elles soient amoureuses, sexuelles ou amicales, parce que tu vas recroiser les gens. Tout le monde se connaît, tout le monde est invité au même party. »

Boud observe aussi qu’il y a peu d’hommes gais dans la région : « Pour les gais, il y a Grinder, qui est une application de rencontre – qui n’est vraiment pas comme Tinder, contrairement à ce que beaucoup d’hétéros peuvent penser : il n’y a pas d’algorithme de swipe à gauche, swipe à droite. Tu vois les cent profils les plus proches qui ont été actifs récemment et tu peux juste écrire à tout le monde. Ça facilite beaucoup les choses, mais en même temps, tu regardes là-dessus et tu vois que rapidement tu tombes sur quelqu’un à Tadoussac, quelqu’un au Saguenay, qui n’est vraiment pas loin dans ta liste de personnes les plus proches. »

Iel souligne ainsi qu’il faut généralement avoir une auto pour rencontrer les gens.

En développant de nombreuses initiatives dans la région par et pour les personnes 2SLGBTQIA+, Boud souhaite qu’il y ait de plus en plus de personnes queers qui viennent s’installer dans la région et qu’elles puissent « vraiment s’intégrer à la communauté qui est ici ».

Cet article est d’abord paru sur le site Web du journal indépendant Le Mouton noir.

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