Manifestation pour la gratuité scolaire, le 22 mars 2022, à l'occasion des dix ans de la grève étudiante de 2012 | Photo : André Querry
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Article de l'Initiative de journalisme local Voir plus

La gratuité scolaire pour « seulement » 1 % du budget du Québec

Réduire l’ensemble des frais de scolarité de la province à zéro serait tout à fait réalisable, selon une nouvelle étude.

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Le Québec aurait les moyens de mettre en place la gratuité scolaire dans l’ensemble de son réseau d’étude postsecondaire, selon une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Une telle mesure serait accueillie positivement par les associations étudiantes de la province, qui rappellent l’importance de protéger l’accessibilité aux études postsecondaires pour tous et toutes.

Instaurer la gratuité scolaire dans l’ensemble du réseau québécois coûterait 1,2 milliard $ annuellement, selon les derniers calculs de l’IRIS. Cette somme représente essentiellement l’ensemble de frais actuellement payés par les étudiants nationaux et internationaux chaque année.

La gratuité scolaire serait abordable et réalisable lorsque l’on considère que cette somme ne représente que 0,9 % des dépenses prévues au budget de la province pour 2022-2023, rappelle le coauteur du rapport Éric Martin. « Il suffit de regarder les coûts pour réaliser que ce n’est pas une grosse affaire, c’est tout à fait réalisable », remarque le chercheur.

Un constat partagé par la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Maya Labrosse.

« En sachant que pour 1,2 milliard $ ce serait possible d’atteindre la gratuité scolaire, nous réalisons que ça prendrait seulement un peu de volonté politique pour être capable de le faire », observe-t-elle.

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Une question d’accessibilité

L’étude se penche aussi sur les conséquences de la tarification actuelle des études universitaires. Les frais de scolarité créent un effet d’aversion qui décourage les personnes moins privilégiées de poursuivre leurs études, rappelle Éric Martin.

Cette barrière à l’accès est exacerbée par la hausse du coût de la vie pour la population étudiante, explique la présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Samy-Jane Tremblay.

« La précarité financière est une grande préoccupation dans la communauté étudiante et nous savons qu’elle a aussi de grands impacts sur la santé psychologique des étudiant·es », rappelle-t-elle.

Les associations étudiantes nationales rappellent que la situation est pressante et encouragent le gouvernement qui sera élu en octobre prochain à agir rapidement pour protéger et améliorer l’accessibilité des études supérieures. « Ce serait toutefois plus facile de bonifier l’aide financière aux études pour s’assurer que les étudiant·es en situation précaire puissent subvenir à leurs besoins, et ensuite d’y aller de la gratuité complète », remarque Maya Labrosse.

L’aide financière, qui vient souvent en grande partie sous forme de prêts, n’a toutefois pas la même portée que la gratuité, prévient Éric Martin. « Si je vous dis que vous allez sortir de vos études avec 20 000 $ à 40 000 $ de dettes, ça risque de vous décourager. Surtout si vous venez d’un milieu pauvre », explique le chercheur.

De plus, l’endettement pousse les étudiant·es vers les domaines qui offrent les emplois les plus rémunérés plutôt que vers ce qui les intéresse et leur permettrait de s’épanouir, remarque-t-il.

« C’est voulu comme ça. L’endettement et les frais de scolarité sont des outils qui permettent de contrôler les étudiants en les contraignant à se diriger vers les programmes jugés profitables pour les entreprises et l’innovation technique », dénonce-t-il.

L’exception plutôt que la règle

Loin d’être la norme à travers le monde, les systèmes d’éducation supérieure exigeant d’importants frais de scolarité seraient plutôt l’exception, remarque aussi l’étude. « La gratuité ou la quasi-gratuité scolaire est la norme pour l’essentiel de l’Europe et dans les pays scandinaves. Même l’Angleterre n’a rompu avec ce modèle qu’en 1998 », précise Éric Martin.

En Amérique du Nord, l’éducation supérieure serait plutôt perçue selon un modèle « néolibéral » de l’éducation, prévient le chercheur. Celui-ci pousse les universités à se considérer comme des entreprises qui cherchent à augmenter constamment leur marge de profits, ce qu’elles font en consommant toujours plus de ressources et en augmentant toujours plus les frais de scolarité, dénonce-t-il.

« Potentiellement, il y aura une augmentation toujours plus grande de ce qui est demandé aux individus et aux ménages qui devront s’endetter de plus en plus pour étudier. C’est une politique sociale insoutenable qui est tout sauf rationnelle », prévient-il.

Un modèle à revoir

Les dangers d’une logique marchande en éducation sont aussi perçus par les étudiant·es engagé·es qui travaillent à en endiguer les effets. La FECQ va même jusqu’à demander une réforme complète de l’enseignement supérieur, explique sa présidente.

« Il est grand temps de s’assoir collectivement pour réfléchir à ce qu’on veut faire avec notre réseau de cégeps et d’universités. Il faut trouver de nouvelles solutions pour qu’il soit accessible pour tous et qu’il réponde aux vrais besoins de la population étudiante », réclame Maya Labrosse.

Au minimum, pas de nouvelles hausses

Ces préoccupations sont partagées par l’UEQ, qui compte profiter de la campagne électorale pour rappeler aux politicien·nes les risques associés à toute nouvelle hausse des frais de scolarité. « Ça coûte déjà très cher de faire des études au Québec et l’indexation annuelle [des frais] fait déjà très mal à la population étudiante », rappelle Samy-Jane Tremblay. Pour elle, le plus critique, c’est qu’il n’y ait pas de nouvelles hausses. « Nous nous rappelons ce qui est arrivé en 2012 et nous ne voulons pas revivre ça », prévient-elle.

Correction : Le nom de Samy-Jane Tremblay, porte-parole de l’UEQ, a été corrigé. (25-08-2022)

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